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Reportage

Station F: on a passé une journée au cœur de la start-up nation

C’est le mois d’août, il fait beau, il n’y a plus grand monde dans les bureaux… On en a profité pour aller faire un tour à la Station F, le “plus grand incubateur de start-up au monde” qui a ouvert début juillet à Paris.
© Mathilde Saliou pour Cheek Magazine
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On rejoint la Halle Freyssinet par la station Chevaleret, en plein 13ème arrondissement à Paris. Un peu en retrait du boulevard Vincent Auriol, l’ancienne gare de fret déploie ses 310 mètres de longueur, sauvée par la volonté de Xavier Niel de la transformer en incubateur géant. “Elle est aussi longue que la Tour Eiffel, mais couchée”, explique l’une des employées. Cette phrase fait clairement partie de la com’ du lieu: un truc ouvertement français, mais un symbole international. Et puis du fun, un côté décalé: c’est ça, la Station F. Un hangar ultra moderne où les start-up peuvent croître, arrosées à la culture coworking, aux conversations Slack et à l’entraide. Son nom s’étale en néon blanc sur la façade de 58 mètres de largeur du bâtiment. Une ribambelle de portes vitrées s’y étale, aussi, que l’on finit par ouvrir pour entrer, presque intimidée par les dimensions spatiales de l’endroit.

Une volée de marches descend vers l’auditorium. De part et d’autres de l’ancienne gare, des containers blancs sont prêts à accueillir tout groupe de personne en mal de salle de réunion. C’est neuf, c’est quasi vide, mois d’août oblige, et assez beau dans le genre esthétique instagramable. Nous sommes dans l’espace “Share”, semi-public, qui servira aussi à toutes les opérations évènementielles de ceux qui travaillent ici. Au fond trône une installation de Jeff Koons, près des portes qui mènent à la zone “Create”. C’est un play-doh géant. La pâte à modeler, mais pour les grands. Tout, ici, est fait pour que le travail soit considéré comme un jeu. Du côté des bureaux du pôle évènementiel, on tombe même sur des tables d’écoliers directement inspirées de celles auxquelles on s’asseyait en classe, encrier vintage compris.

station f reportage halle freyssinet paris

© Mathilde Saliou pour Cheek Magazine

Si le mobilier garde ce côté régressif -quelques bornes d’arcades permettent au passant de se lancer dans une partie de space invaders-, ça phosphore dans l’espace “Create”, réservé aux start-up.“Quand il y aura tout le monde, on sera 3000”, annonce Roxanne Varza, la directrice du lieu, dans un sourire. Pour le moment, ils ne sont que 700 à badger régulièrement, mais ça ne dérange pas le responsable en logistique qui passe justement: “Jusqu’à présent, on a délivré 1500 badges, mais c’est l’été. Et nous, ça nous permet de voir ce qui ne fonctionne pas parfaitement, et de l’améliorer pour la rentrée”. En clair, le mois d’août sert de phase bêta à la Station F. Cela n’empêche pas de jeunes entrepreneurs de se regrouper, déjà, à un bout ou à l’autre des vastes tables de bois clair. Il y a des espaces avec machines et imprimantes 3D, plus loin, mais ici, vu la moyenne d’âge et l’ambiance studieuse, on se croirait surtout dans une bibliothèque, les livres en moins. Le seul élément qui rappelle vraiment la vocation de l’endroit, ce sont les produits que certains affichent en bout de table. Il n’y a pas d’heure pour faire sa pub.

 

Une Silicon Valley à la française

Et puis, au bout de la halle, route barrée: l’espace “Chill” est en train d’être terminé. En décembre, lorsqu’il ouvrira, il sera grand public. Un vaste restaurant ouvert à tous par le groupe Big Mamma, Mamma F, y sera capable d’accueillir jusqu’à 1000 personnes, que ce soit dans l’un des deux wagons réhabilités pour l’occasion ou autour. Tout, dans l’ancienne gare de fret, est pensé pour favoriser le passage et le mélange d’idées.

Parmi les partenaires du projet, Microsoft, Facebook ou encore la société de logiciels danoise Zendesk ne s’y sont pas trompés, qui accueillent leurs propres programmes d’incubation. Chez les aspirants startuppers, la demande ne faiblit pas non plus: 2300 candidatures issues de 50 pays différents, 40% de femmes dirigeantes parmi les 200 projets sélectionnés, Roxanne Varza, la directrice du lieu, aligne des chiffres mirobolants pour les début de cette Silicon valley à la française. “On l’a pensée pour qu’elle fournisse tous ce que les startuppers ont tendance à trouver compliqué: ils veulent du soutien? On a regroupé les entreprises par secteur d’activité, avec un responsable Fintech, un responsable Medtech, ou encore le réseau Ashoka qui gère l’entrepreneuriat social. Ils veulent lever des fonds? Nous avons fait venir les capital risqueurs ici.”

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On imagine sans peine l’endroit se transformer en fourmilière de l’entrepreneuriat au plus fort des périodes d’activité. Le rêve de start-up nation d’Emmanuel Macron pourrait-il se réaliser ici? Sorti le temps de fumer une cigarette, Marvin Crot, cofondateur de la start-up Camtoy, est en tout cas ravi de cette logique de verticale d’entreprises adoptée par Station F: “Ça crée de vraies synergies, et puis surtout, ça va nous faire économiser un précieux temps à éviter de reproduire les erreurs que d’autres on fait avant nous!”. Derrière lui, on devine le bruit du chantier où se construisent 600 logements destinés à accueillir des entrepreneurs dès 2018. Mais pour le moment, la station F a plutôt l’air d’un musée du futur. En partant, en passant devant les vitres de l’espace “Create”, on aperçoit même la silhouette d’une sculpture de Ai Weiwei. Décidément, on est dans le temple du cool.

Mathilde Saliou


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