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Les Yeux
dans les yeux

Avec Claire Tran

10 femmes posent leur regard sur la génération Y: aujourd’hui, Claire Tran, comédienne. 

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Ex-danseuse, Claire Tran est une comédienne à suivre de près. On l’a déjà vue dans le Sils Maria d’Olivier Assayas, l’Eden de Mia Hansen-Love ou Les Salauds de Claire Denis et, comme elle dit elle-même, cela ne fait que commencer. 

L’hymne de note génération?

Spontanément je pense à Around The World, de Daft Punk: ça a vraiment marqué notre adolescence, tout le monde l’a écouté, c’était un phénomène incroyable, l’avènement de la french touch. Et le clip était super. 

Un film qui parle de notre génération?

Je pense tout de suite à La Bataille de Solferino, de Justine Triet, que j’ai adoré. Les personnages, le contexte social, la façon dont ça a été filmé, tout ça nous ressemble énormément. Ça met en scène des trentenaires, ça a été tourné en temps réel, devant le parti socialiste, dans un mouvement de foule. Ce côté vivant et chaotique, ça nous et ça me ressemble pas mal. 

L’événement le plus marquant de notre génération?

La Coupe du monde 98! J’avais 13 ans, j’étais hystérique devant ma télé. Je n’ai pas eu le droit d’aller sur les Champs-Elysées quand la France a gagné, mais ma mère y est allée. 

3 adjectifs qui décrivent bien notre génération?

Choquée, blasée, effrayée. On est choqués parce qu’on a vécu un boum technologique avec lequel on a dû composer, blasés parce qu’il n’y a pas beaucoup de travail et que c’est difficile financièrement. C’est dur de payer son loyer, ses factures… On a quand même le sentiment d’être un peu mal lotis. Et on est effrayés parce qu’on vient de rentrer dans l’âge adulte. On a l’impression d’être encore jeunes mais on ne l’est plus tellement. Moi, ça m’effraie beaucoup de me dire que j’ai 30 ans et que je suis censée avoir fait plein de trucs dans ma vie, alors que pour moi ça commence à peine. 

Comment tu imagines notre génération dans 10, 20 ans?

On sera exactement comme nos parents, mais avec des Google glass et des puces dans le poignet. On a l’impression qu’on va être différents mais en fait, on ne peut pas s’empêcher de reproduire tout le temps des schémas familiaux.  

La célébrité pour notre génération, ça veut dire quoi?

La célébrité, c’est un peu oppressant. On nous a vendu l’idée que c’était nécessaire, et que c’était presque un dû, parce qu’on a connu Loft Story, les quinze minutes de gloire et la téléréalité. En tant que comédienne, c’est clairement une composante du métier, mais ça ne devrait pas être un but. 

Quelles sont les valeurs de notre génération?

La quête du bonheur, l’authenticité et la mémoire. Pour moi en tout cas, c’est important de ne pas oublier l’histoire. Je suis issue d’une troisième génération d’immigrés; mes grands-parents sont nés au Vietnam, mon père aussi, moi je suis née à Londres. La mémoire de leurs voyages, leur péripéties, la façon dont ils sont arrivés en Europe, j’ai envie de la transmettre à mes enfants. 

Le genre pour notre génération, ça veut dire quoi? 

J’espère que ça ne veut plus rien dire.

La chance de notre génération, c’est quoi?

On a la chance de lire encore des livres, et j’espère que ce sera encore le cas de nos enfants. Et puis, l’air de rien, on a la chance de ne pas avoir connu Internet quand on était petits. On se rappelle ce qu’était la vie avant d’être scotchés sur nos téléphones, on connaît la notion de distance et on sait ce que c’est de pouvoir prendre son temps. 

Et la malédiction de notre génération?

Une certaine forme d’inertie de groupe. On ne fait quand même pas grand-chose collectivement, on a du mal à se rassembler. 

Si tu devais incarner au cinéma un personnage qui représente notre génération, comment serait-il?

Ce serait une femme très forte, avocat, qui démissionne, qui reprend des études d’art, qui part faire le tour du monde et qui écrit un bouquin.

Qui est l’icône générationnelle absolue, selon toi?

Michael Jackson!

Quels sont les défis que notre génération doit relever?

L’écologie, mener une politique culturelle digne de ce nom et combattre l’extrême droite.

Ceux qu’elle a déjà relevés?

J’ai l’impression que, depuis janvier 2015, on a quand même réussi à rester dignes et à se focaliser de nouveau sur nos valeurs. On a tenu le coup. 

Qu’est-ce qui pourrait mener notre génération à sa perte?

La bêtise sur les réseaux sociaux, la connerie à la télévision, les phrases toutes faites, le manque de philosophie. Il n’y a plus assez de penseurs, il n’y a plus de place pour les intellectuels et je trouve ça dommage. 

Les moments où tu te sens en phase avec notre génération?

Quand je suis avec un groupe d’amis dans une soirée ou un dîner: on se pose tous les mêmes questions, on a tous peur des mêmes choses. Quand on est entre nous, il me semble qu’on parle le même langage. 

Et à quels moments tu te sens en décalage?

La semaine dernière, j’ai appris ce que voulait dire “YOLO”, j’avais l’impression d’être un dinosaure. Et Snapchat aussi, j’ai rien compris! (Rires.)

A quoi rêve notre génération?

Elle rêve d’être multiple, d’avoir plein de facettes.  Et puis, elle rêve d’être importante, d’avoir du sens. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski