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Interview “Karl vous parle” / Blondifox

Avec Blondifox, Charlotte Pénide veut habiller la femme enfant

Puisque Karl Lagerfeld inspire le monde de la mode, nous avons décidé de soumettre nos créatrices favorites à ses mantras. Profonds, futiles, dingues ou drôles, les propos du Kaiser ne laissent personne indifférent. Cette semaine, Charlotte Pénide, à la tête de la marque Blondifox, répond à l’interview “Karl vous parle”.
Charlotte Pénide DR
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Presque deux ans se sont écoulés depuis que Charlotte Pénide, 30 ans, a créé la marque Blondifox. C’était en mars 2014. Sa passion pour le vêtement ne date pas d’hier. Ses grands-parents possédaient une boutique de prêt-à-porter à Saint-Sébastien en Espagne du nom de Piccadilly. “J’ai toujours vécu entourée de femmes qui s’habillaient avec goût”, dit-elle. La jeune femme a grandi, bercée par le puissant ressac de l’Atlantique, à Biarritz, avant de déménager à Bordeaux pour étudier à l’Inseec Business School (Ndlr: Institut des hautes études économiques et commerciales), cursus qu’elle a ensuite complété par le master professionnel de l’Université de la mode à Lyon, berceau des soieries françaises. 

Je ne pensais pas en être capable, alors même que j’étais déjà en train créer ma marque.

Charlotte Pénide fait ses armes en marketing et commercial chez les mastodontes régionaux: Quiksilver et Oxbow avant de poursuivre chez Volcom. Ensuite, elle participe pendant trois ans au développement international de la marque Gat Rimon, avant de rejoindre son mec qui vient de décrocher un poste à Londres. Là-bas, la trentenaire concrétise “son rêve absolu” de créer sa propre marque: “Je ne pensais pas en être capable, alors même que j’étais déjà en train de la créer.” Les collections sont à l’image de son vestiaire idéal: “Des vêtements que j’ai envie de porter tous les jours.” Blondifox habille une femme enfant espiègle qui a pleinement conscience de son pouvoir de séduction. “À la fois chic et décontractée, résolument moderne, elle n’a pas besoin d’en faire des tonnes”, résume la jeune femme.

J’aimais bien le contraste entre le côté ingénu blond platine de Debbie Harry et son allure très rock.

Avec Blondifox, Charlotte Pénide habille la femme enfant

Blondifox automne-hiver 2015/2016

Les premières lettres de Blondifox s’écrivent au fil de la lecture du roman Dans les rapides de Maylis de Kerangal qui invite à suivre les tribulations d’un trio d’amies originaires du Havre qui ne se lassent pas d’écouter les envolées rock du groupe Blondie. “J’aimais bien le contraste entre le côté ingénu blond platine de Debbie Harry (Ndlr: chanteuse du groupe Blondie) et son allure très rock”, explique Charlotte Pénide avant d’ajouter: “‘Fox’, c’est pour le côté espiègle.” Sa marque se décline exclusivement en éditions limitées. Pour chaque collection, une quinzaine de pièces sont disponibles en plusieurs coloris. La créatrice tient beaucoup à ce format capsule: “Quand tu achètes un sweat Blondifox, tu ne le retrouves pas sur tout le monde.” Les pièces sont confectionnées à partir de matières naturelles et par des façonniers européens. Charlotte Pénide insiste: “Je suis très vigilante en ce qui concerne les conditions de fabrication.” Même vigilance pour répondre aux douces provocations de Karl Lagerfeld. 

“Je hais les montres, c’est la raison pour laquelle je suis toujours en retard.”

Je ne porte jamais de bijoux. Cela me gêne plus qu’autre chose. À l’exception d’une montre offerte par ma mère que je réserve pour les grandes occasions. La montre en tant qu’objet possède une forte valeur sentimentale. On porte souvent la montre de quelqu’un. Cela ne me viendrait pas à l’idée d’acheter une montre neuve.

“Je trouve les tatouages horribles. C’est comme vivre dans une robe Pucci 24 heures sur 24.”

Je ne suis pas contre les tatouages. Pour le premier lookbook, nous avions décoré le bras de notre modèle en décalcomanies. Cela rendait très bien. Le tout étant de les assumer. Mais peut-être qu’aujourd’hui, c’est encore plus joli de ne pas en avoir du tout, d’assumer le fait d’être à contre-courant de la tendance actuelle.

“Pensez rose, ne le portez pas!”

Je n’aime pas la couleur rose. À 30 ans, j’ai gardé une tête d’enfant. Déjà, personne ne me croit lorsque je dis mon âge alors, si j’en rajoute, n’en parlons pas! (Rires.) Mais, je trouve certains roses très jolis sur d’autres filles. Le rose poudré, par exemple. En fait, je dirais plutôt l’inverse: “Portez rose, ne le pensez pas.” 

“Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, donc vous sortez en jogging.”

Cela dépend comment on le porte. Aujourd’hui, il y a toutes sortes de jogging qui n’ont plus rien à voir avec celui en lycra avec les bandes sur le côté. On peut le mixer avec une pièce plus chic. 

“Si je pouvais être réincarné en un accessoire de mode, ce serait un shopping bag.”

J’adore la mode, mais je ne fais plus beaucoup de shopping, comme si j’étais rassasiée par le fait d’y travailler. Alors, un shopping bag, sûrement pas. Plutôt un chapeau ou des chaussettes de couleurs rigolotes. En ce moment, j’ai une obsession pour le duo chaussettes rouges et chaussures beiges. 

Avec Blondifox, Charlotte Pénide habille la femme enfant

Blondifox automne-hiver 2015/2016

“Il faut porter une fourrure comme un vulgaire tricot.”

Je suis d’accord avec l’idée de dédramatiser la fourrure, de ne pas la porter comme une bourgeoise. Après, je suis assez contre le port de la fourrure pour des raisons éthiques. Mais, s’il faut la porter, autant le faire de manière décalée. Karl Lagerfeld a raison.

“Le vêtement ne doit pas t’aller, c’est toi qui dois aller au vêtement.”

On peut tout porter, à partir du moment où l’on assume ce que l’on porte.

“Je suis une sorte de nymphomane de la mode qui n’atteint jamais l’orgasme.”

En tant que créatrice, c’est vrai que l’on est en permanence dans l’après. Je viens de présenter la collection de l’été 2016 et je suis déjà en train de penser à l’hiver. Au moment de travailler des pièces, il y a une réelle excitation. Celle-ci s’estompe à force de voir et revoir les mêmes pièces. On finit par ne presque plus les voir au final.

“Si vous me demandiez ce que j’aurais préféré inventer dans la mode, je vous répondrais la chemise blanche. Pour moi, une chemise, c’est la base de tout. Tout le reste passe après.”

La chemise blanche, je la porterais plutôt en robe. Pour Blondifox, j’essaye de réinventer la chemise blanche, avec un col claudine par exemple. J’aurais davantage envie de faire porter un smoking à une femme, plutôt qu’une chemise blanche.

“On n’est jamais trop habillé, ni pas assez habillé avec une petite robe noire.”

C’est l’éternel classique, déclinable à l’infini dans toutes les situations. Cela dit, ça peut très vite être chiant la petite robe noire.

Propos recueillis par Léandra Ricou


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