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Née dans une favela de Rio, son école de mode forme des stylistes en banlieue

Les métiers de la mode sont difficiles d’accès car les quelques écoles publiques sont très sélectives, et les cours privés coûteux. Inspirée par son expérience brésilienne, Nadine Gonzalez a décidé de s’affranchir des milieux sociaux et des zones géographiques pour débusquer des talents issus des banlieues.  
Les étudiants entourent Diane Pernet venue donner un cours à la Casa 93 © Rahabi Ka pour Cheek Magazine
Les étudiants entourent Diane Pernet venue donner un cours à la Casa 93 © Rahabi Ka pour Cheek Magazine

Les étudiants entourent Diane Pernet venue donner un cours à la Casa 93 © Rahabi Ka pour Cheek Magazine


Les élèves sont absorbés. Face à eux, leur professeure, Diane Pernet, figure légendaire de la mode surnommée “la veuve noire”, arbore comme à son habitude un total look black, des lunettes de soleil et un chignon surmonté d’un voile. La journaliste américaine présente le festival international du film de mode qu’elle a créé en 2008. D’autres intervenants de renom viennent enseigner ici comme le créateur de sacs Jérôme Dreyfuss ou encore Maroussia Rebecq, fondatrice de la marque Andrea Crews. Nous ne sommes pourtant pas dans une grande école de mode parisienne. Tout se passe à Saint-Ouen dans le 93. Les cours y sont gratuits et les intervenants tous bénévoles. Depuis septembre, la Casa 93 accueille des jeunes issus en priorité des quartiers politiques de la ville, comprenez de la “cité”. L’école les forme aux métiers de la mode et de la création. Une alternative aux cours privés dont le tarif avoisine 12 000 euros par an. C’est ce qui a bloqué Miguel, 18 ans. Malgré son bac mention Très bien en poche, il échoue à  l’oral au concours d’une école publique. Le Montreuillois se résigne alors à étudier la philosophie alors qu’il rêve de mode: “La sélection en école est faite par l’argent, je n’avais pas les moyens de payer. J’ai vu la Casa 93 comme une sorte de miracle qui pourrait me donner une formation”, commente le jeune homme.

Quand on n’a pas d’argent, on doit faire preuve de créativité.”

À la Casa 93, les jeunes sont accueillis sans conditions de diplôme mais “doivent respirer, transpirer la mode, être doués manuellement ou dans la création”, explique Nadine Gonzalez, la fondatrice de l’école. Recruter Nathan, 18 ans, était donc une évidence. Perché sur ses bottes compensées, le jeune homme raconte son parcours scolaire chaotique jusqu’à ce jour où il comprend que la mode fera partie de sa vie: “J’avais 15 ans, quand j’ai visité la maison de Christian Dior à Granville. Cela a été une révélation. Aujourd’hui je réalise mon rêve”. À la Casa 93 les profils sont aussi variés que les projets professionnels. À 20 ans, Njeri est photographe de mode, elle est ici pour compléter sa formation. Elle a été séduite par la philosophie de l’école qui valorise le travail de groupe.

casa 93 mode banlieue rio crédit Virginie Nomis

Nadine Gonzalez et Aline Afanoukoe © Virginie Nomis

Dans les autres écoles, tout est basé sur l’individuel. À la Casa 93, on mise sur le collectif, le partage”, commente Nadine Gonzalez, qui est-elle même passée par Esmod. Dans cet esprit, les élèves planchent pour juin sur une collection collective dont l’objectif est de valoriser la banlieue tout en étant éco-responsable. Car l’école s’inscrit aussi dans un mouvement qui remet en question la mode et son industrie. Parmi les intervenants, plusieurs font partie du mouvement Fashion Revolution, qui prône des moyens de production éthiques.

De plus, la Casa 93 mise sur le potentiel créatif des jeunes de banlieues: “Ils ont les mêmes envies que tous les autres jeunes. Ils veulent consommer, être reconnus et briller, mais quand on n’a pas d’argent, on doit faire preuve de créativité, c’est le système D”, analyse Nadine Gonzalez, qui a déjà une certaine expérience en la matière. Il y a cinq ans, la Française montait en effet avec la même énergie la Casa Geração, une école de mode à Vidigal, cette favela qui surplombe la plage d’ Ipanema.

Ces quartiers regorgent de talents inexploités, et quand on leur donne une chance, ils la saisissent.

À Rio ou à Paris, le constat est le même: la mode reste élitiste et donc inaccessible aux jeunes stigmatisés par leur lieu d’habitation. “Ces quartiers regorgent de talents inexploités, et quand on leur donne une chance, ils la saisissent”, explique Nadine Gonzalez. À Rio, les résultats sont probants: 100 jeunes ont été formés en 5 ans, plus de 80 % travaillent dans la mode et 8 marques ont été créées. Car ce programme de formation prévoit aussi une période d’incubation pour les aider à monter leur marque ou trouver un emploi. L’ancienne journaliste de mode, qui avait tout abandonné il y a dix ans à Paris pour s’installer au Brésil et monter des projets sociaux dans les favelas, a brutalement décidé de rentrer en France après les attentats du 13 novembre 2015: “Je me suis dit qu’il y avait un vrai isolement social dans les banlieues françaises. C’est comme si je m’étais entraînée au Brésil et que je devais poursuivre ma mission en France”, s’enthousiasme-t-elle.

Mais est-ce que le milieu de la mode est prêt à accueillir ces jeunes? Il semblerait que cela aille dans le bon sens. Des poids lourds comme La Fédération de la Haute couture et de la Mode vont financer une partie du projet. Les aides publiques devraient aussi se débloquer d’ici quelques mois. En attendant, Nadine Gonzalez a déjà eu des propositions pour ouvrir des écoles dans d’autres métropoles qui, elles aussi, rêvent d’avoir leur Casa.

Rahabi Ka


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