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Entrez dans le business parallèle de la mode sur Instagram

Elles sont vingtenaires, trentenaires et créent des fringues ou des bijoux qui s’arrachent alors que certaines n’ont ni marque, ni boutique. Leur vitrine? Instagram. Leurs clientes? Leurs milliers de followers. Tour de piste, non exhaustif, de ces entrepreneuses-créatrices d’un nouveau genre. 
Nalexthings/Instagram
Nalexthings/Instagram

Nalexthings/Instagram


Le grand public ne les connaît pas mais sur Instagram, ce sont des stars ou presque. Elles font partie de la génération Y, ont entre 20 et 30 ans, sont accros à la mode, parfois encore étudiantes et elles ont décidé de monter leur entreprise et de choisir une vitrine qui n’a pas de limite: Instagram. “Facile d’utilisation”, “intuitif”, elles ne tarissent pas d’éloges sur ce nouvel outil commercial. Certaines n’ont même pas encore lancé leur ligne de vêtements que les followers se comptent déjà par milliers. D’autres ont commencé par poster une photo d’une pièce faite main avant de se retrouver dépassées par des commandes de plus en plus nombreuses. 

Rien d’étonnant à ce qu’il y ait de la demande, à en croire Patrice Duchemin, sociologue spécialiste de la consommation: “Il y a toute une génération de jeunes femmes qui ont toujours vécu avec Zara, H&M et Cie. Tout ça est très uniforme et elles ont envie de différenciation. Sans parler du fait que les acheteurs aiment se raconter qu’ils ne sont pas de simples portefeuilles mais des gens qui soutiennent les petits créateurs.

Ces jeunes femmes “produisent leur propre travail et en plus, c’est un boulot qui leur plaît”.

L’application de photo en réseau, rachetée par Facebook un milliard de dollars en 2012, pourrait-elle devenir un biais alternatif de vente? “Une alternative viable, non, répond sans hésiter Patrice Duchemin, car il ne s’agira jamais des mêmes échelles que celles des marques mainstream.” Cependant, à défaut de concurrencer ces dernières, ces jeunes femmes “produisent leur propre travail et en plus, c’est un boulot qui leur plaît”, continue Patrice Duchemin. Seul bémol, “tant qu’on reste sur une activité hobby, ça va, mais si ça doit devenir plus sérieux, il faut alors assurer la quantité et la qualité et c’est là que ces entrepreneuses peuvent perdre pied car la clientèle, de plus en plus exigeante, ne fera pas la différence entre ces créatrices et un mastodonte du prêt-à-porter comme Zara, elles ne prendront pas en compte le côté artisanal”. Quant au chiffre d’affaires généré par leurs activités, la plupart des jeunes femmes préfèrent ne rien dire, une seule d’entre elles lâche un montant: “Je pense faire 20 000 euros sur l’année.” 

Bienvenue dans le monde parallèle de la mode sur Instagram et de celles qui font du business en images. Focus sur quatre d’entre elles. 

Meleponym

Passée par Esmod, Mélanie Delhaye, aka Meleponym sur Instagram, réalise des robes de mariée sur mesure à Reims. Comme la saison des mariages ne suffisait pas à remplir son carnet de commandes tout au long de l’année, la créatrice de 28 ans a imaginé à côté une petite collection de prêt-à-porter et de maroquinerie. Elle n’a jamais eu de blog et Instagram, elle ne connaissait pas il y a encore quelques mois. “Quand j’ai découvert ce réseau, il n’y a pas longtemps donc-, j’ai tout de suite aimé le principe: des visuels et peu de texte”, explique-t-elle. Elle a ouvert son compte en mai dernier et depuis, elle s’en sert comme d’un véritable outil de travail en y postant ses créations: “Je ne sais pas trop pourquoi tous ces gens me suivent mais je suis ravie, j’ai compris qu’il y avait de la demande.”   

 Instagram mode Meleponym

Meleponym/Instagram

Site: eponym.tictail.com

Followers: plus de 9800.

À quoi on la reconnaît: à ses robes de mariée réalisées sur mesure et ses accessoires en agneau grainé. 

Ce qui casse la baraque: ses tops et ses pochettes. 

Ses prix: entre 60 et 2500 euros.

Pourquoi Instagram? “À la base, c’était pour partager mes goûts et mes trouvailles avec les gens, je n’en attendais rien. Mais un jour, une blogueuse connue a liké l’une de mes photos et là, j’ai gagné 200 followers en une nuit, ça m’a mise dans le réseau. Puis, une autre d’entre elles, Punky B, a acheté l’une de mes pochettes. Au départ, ce n’était pas pour vendre des choses mais j’ai constaté qu’il y avait de la demande et du coup, je créé des petites éditions pour ensuite les poster sur le réseau.

  

Nalexthings

Après avoir étudié le design, Alexandra Diollot, alias Nalexthings sur Instagram, a changé d’avis: aujourd’hui en BTS métiers de la mode et du vêtement, cette Lyonnaise de 22 ans se dirige vers le métier de modéliste. “J’ai toujours voulu faire mes propres vêtements, j’ai eu ma première machine à coudre il y quatre ans”, raconte-t-elle. L’histoire a commencé quand Alexandra Diollot a voulu s’acheter une jupe drapée: “Je trouvais les prix excessifs en boutique, comme chez American Vintage ou Isabel Marant, alors j’ai décidé de la confectionner moi-même.

Un post Instagram plus tard, sa jupe “do it yourself” fait des envieuses et des inconnues lui en demandent: “Je n’aurais jamais pensé que ça prendrait une telle ampleur.” D’autres pièces sont venues s’ajouter à sa collection et aujourd’hui, la jeune femme distille ses créations sur son site et celles qui commandent doivent se montrer patientes, car les délais de confection vont de 15 à 20 jours. 

Instagram mode Nalexthings

Nalexthings/Instagram

Site: nalexthings.tictail.com

Followers: plus de 6200.

À quoi on la reconnaît: à ses jupes, ses robes et ses blouses. 

Ce qui casse la baraque: sa jupe drapée.

Ses prix: Comptez entre 25 et 35 euros pour les pièces basiques (jupes drapées, robes longues, t-shirts), entre 40 et 65 euros pour les pièces en jersey (tuniques) et entre 80 et 90 euros pour les modèles en série limitée dans des matières plus sophistiquées. 

Pourquoi Instagram? “C’est grâce à Instagram que tout a commencé pour moi. C’est un moyen de communication très efficace: il me suffit de confectionner un modèle, de poster une photo et je sais tout de suite si cela plaît, à qui et dans quelles proportions. Ce réseau me permet aussi d’avoir une grande proximité avec mes clientes que j’apprécie beaucoup! Et puis, c’est super pratique car les filles qui portent mes vêtements me font de la pub, de cette façon, je me fais connaître par le bouche-à-oreille. D’ailleurs, je communique davantage sur Instagram que sur Facebook.

 

Haspen_Paris

Adeline Naintré, que l’on retrouve sous le pseudo Haspen_Paris sur Instagram, s’apprête à lancer, avec sa sœur, sa marque en janvier prochain. Après des études de stylisme, cette Parisienne de 23 ans a voulu confectionner des pulls avec des motifs colorés -en coton pour l’été, en laine pour l’hiver- car elle trouvait “que c’était compliqué d’en trouver sur le marché”. Aujourd’hui, son site est encore en construction mais elle a ouvert un compte Instagram en juin dernier et, contrairement aux créations, les followers sont déjà là. 

Instagram mode Haspen_Paris

haspen_paris/Instagram 

Site: haspen.fr

Followers: plus de 2300. 

À quoi on la reconnaît: à ses pulls graphiques et colorés. 

Ce qui casse la baraque: impossible à dire pour le moment puisque la première collection (printemps-été 2015) sortira en janvier prochain.

Ses prix: entre 120 et 150 euros. 

Pourquoi Instagram?Je venais de recevoir les prototypes des pulls et je voulais les montrer à mon entourage. J’ai posté quelques photos de moi, de mes amis et de ma mère portant les pulls pour voir quels allaient être les retours. Je me suis abonnée à des comptes de filles qui sont dans ma cible et beaucoup d’entre elles m’ont retourné l’abonnement. Je ne pensais pas que les gens allaient s’y intéresser tant que ça et que ça prendrait autant en si peu de temps. Maintenant, mon nombre de followers monte assez vite.” 

 

Juste_Juliette

Juliette Nourisson, 31 ans, aka Juste_Juliette, compte des dizaines de milliers de followers. Psychologue de formation, celle qui aime “faire des bijoux depuis toute petite” s’est lancée avec succès sur le réseau il y a deux ans et demi: “Ça permet de ‘teaser’ les gens en images!

Instagram mode Juliette Juste

Juste_Juliette/Instagram

Site: justejuliette.tictail.com

Followers: plus de 14 000. 

À quoi on la reconnaît: à ses bijoux. 

Ce qui casse la baraque: ses bagues, simples et discrètes, qu’on peut accumuler. 

Ses prix: entre 30 et 50 euros. 

Pourquoi Instagram? “À l’origine, j’y suis allée par curiosité et pour suivre les comptes de blogueuses que j’aimais bien. Quelques mois après mon arrivée, j’ai commencé à poster des photos de mes bijoux et maintenant, ça fait un an et demi que j’ai le statut d’auto-entrepreneure. Instagram est devenu un outil de travail pour moi et c’est le réseau qui me rapporte le plus gros de mes visites et de mes clientes.

Julia Tissier


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