mode

Festival de Hyères 2018

La mode fièrement “grande taille” de la créatrice Ester Manas

Finaliste du concours mode du 33e Festival de Hyères, rencontre avec la créatrice française Ester Manas, qui s’est fait remarquer pour sa collection “Big Again” cherchant à célébrer la beauté de la chair et des formes.
instagram.com/estermanas
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“Ces françaises qui ne grossissent pas”: le best-seller de Mireille Giulino, publié en 2007 et traduit en trente-sept langues, n’est que le haut de l’iceberg d’une mythologie solidement ancrée autour des femmes françaises, qui seraient toutes naturellement d’une extrême minceur, une partie constitutive de leur chic imparable. Aujourd’hui, une prise de conscience grandissante autour de la grossophobie transparaît doucement dans la mode actuelle. En tête de file d’un empowerment nouvelle génération, la jeune créatrice Ester Manas. Cette diplômée de la prestigieuse école de la Cambre passée par Balenciaga, Paco Rabanne et Acne, se fait d’abord remarquer sur les réseaux sociaux pour ses créations qui célèbrent les courbes et la chair. Cette finaliste du Festival de Hyères 2018, où nous la rencontrons, y présente une collection, Big Again, allant d’une taille 34 à 50. Elle célèbre tout particulièrement les corps dits “grandes tailles”, auxquels elle veut donner empowerment, fierté, sex appeal, protection.

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Avec des modèles photo ou de podium passant de l’artiste avant-garde Ophélie Coco à la it-Girl Odile Gautreau (OG Queen sur Instagram), elle vise à célébrer la femme autant que son corps. Et c’est une affaire plus féministe qu’on pourrait le croire. “La minceur est plus une affaire d’obéissance que de beauté féminine”, notait Naomi Wolf dans The Beauty Myth. Ester Manas nous encourage donc à désobéir dès aujourd’hui.

 

 

D’ou vient votre intérêt pour la mode dite “grande taille”?

Je fais du 44, et je n’ai en tant que consommatrice, jamais vraiment trouvé chaussure à mon pied. Etudiante, je ne comprenais jamais pourquoi le corps à habiller dans les écoles de mode était toujours celui d’une extrême minceur, lisse, présenté comme une norme mais qui ne ressemblait ni à mes amies ni à moi. J’ai d’abord tenté le concours de Hyères avec une collection en taille 34, que je n’ai pas eu. Au fond de moi, je pense que je ne trouvais pas de sens à dessiner pour une sorte d’élite corporelle, vers laquelle je ne pourrai jamais me projeter.

Alors vous avez eu une sorte de déclic?

Un jour, je feuilletais un catalogue Ikea, et regardais une table avec une rallonge. Ca m’a fait rire, et me suis dit que c’est précisément face aux problèmes qu’on trouve non seulement des solutions mais du sens, et dans mon cas, une envie de réponse au système. Je retenté le concours avec cette collection Big Again, qui célèbre les courbes, la beauté de la chair, la prise de confiance en soi.

“Etudiante, je ne comprenais jamais pourquoi le corps à habiller dans les écoles de mode était toujours celui d’une extrême minceur, lisse, présenté comme une norme mais qui ne me ressemblait ni à mes amies ni à moi.”

A quels a priori avez-vous dû faire face?

Je n’ai pas arrêté d’entendre des phrases terribles, qui sous entendent toujours qu’un corps rond est forcément moins beau qu’un corps mince, du type, “attends, mais tu vas pas quand même choisir une mannequin qui est moche en plus d’être grosse?” Ou des gens autour de moi qui me conseillent de “ne pas shooter une fille plus grosse que moi.” Ca me faisait énormément de peine, et contribuait à me filer une trouille folle quand je présentais mon travail. J’avais l’impression d’être une espèce de clown, une bizarrerie au milieu de créations classiques.

 

Quels sont les plus gros challenges lorsque l’on se lance dans ce marché?

Cela dépend des pays, en Angleterre comme en Amérique ce sont des secteurs pleinement développés et acceptés, mais en France, on continue de me suggérer de ne pas vendre les pièces trop cher: le sous-texte est que si tu es riche, que tu as accès à des objets de luxe, tu as donc forcément un coach et que tu es forcément mince.

Ce qui sous-entend également qu’un corps gros serait tout simplement un corps mince qui aurait grossi et non pas une autre morphologie?

Oui voilà, on oublie que tous genres de corpulences existent, que toutes les femmes naissent avec des différentes ossatures, tailles de bassins, bonnets de poitrine, et que ces courbes sont supposées être là, pas un “laisser aller”! Il y a une taille idéale différente et spécifique à chaque femme!

Quelles sont les différences principales lorsque l’on coupe des vêtements “grande taille”?

Beaucoup de choses changent. J’ai décidé de construire mes patrons de façon inversée, c’est à dire plutôt que de simplement agrandir les proportions d’un vêtement conçu pour un corps filiforme -une solution qui fonctionne rarement car elle oublie toutes les spécificités d’un corps plus rond-, je réduis. C’est plus simple de travailler dans du trop grand dans lequel on coupe, enlève, moule, car cela crée aussi un véritable dialogue avec le corps et la femme: quelles parties de son corps veut-elle mettre en valeur, comment se sent-elle sexy, protégée, armée pour le monde extérieur?

Est-ce donc une démarche engagée?

Je pense que oui. Je voue un énorme culte aux femmes et je pense que défendre tous les corps, et plus largement la fierté de chaque femme, est une démarche politique qui dépasse la mode!

Propos recueillis par Alice Pfeiffer 

Cet article a été initialement publié sur le site des Inrocks. 

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