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Interview “Karl vous parle” / Margaux Lönnberg

“Je ne suis aucune mode, je veux voir mes pièces s’user pendant des années.”

Puisque Karl Lagerfeld inspire le monde de la mode, nous avons décidé de soumettre nos créatrices favorites à ses mantras. Profonds, futiles, dingues ou drôles, les propos du Kaiser ne laissent personne indifférent. Cette semaine, Margaux Lönnberg, à la tête de la marque éponyme, répond à l’interview “Karl vous parle”.  
Margaux Lonnberg © Lucie Sassiat
Margaux Lonnberg © Lucie Sassiat

Margaux Lonnberg © Lucie Sassiat


Une beauté diaphane qui s’exprime au naturel sous une chevelure blonde en bataille. Une blondeur qui trahit ses origines danoises et suédoises, entre autres. Pas étonnant que Margaux Lönnberg ait tapé dans l’œil des photographes. D’ailleurs, c’est accompagnée d’un ami photographe qu’elle arrive. Enfant, elle “aiguise son goût” auprès d’un père marchand d’art: “Au départ, je ne voulais pas bosser dans la mode, je voulais bosser dans l’art contemporain.” S’enchaînent alors une maîtrise en histoire de l’art et une école de commerce de l’art, pour ensuite assister son père pendant deux ans. “Je me suis ennuyée.

En un an, finalement, j’ai réussi à créer un univers auquel les gens ont adhéré.

Et puis, c’est la rencontre avec Garance Doré qui la photographie plusieurs fois. “Tu sais, les gens aiment beaucoup ta gueule, ton style, ce serait bien que tu montes ton blog”, voilà ce que lui conseille la première des blogueuses, entre deux clichés. Margaux Lönnberg poste ses premières inspirations en 2009: des photos de sa vie, de ses amis, de la musique, un véritable “carnet de bord”. “En un an, finalement, j’ai réussi à créer un univers auquel les gens ont adhéré”, raconte-t-elle. Le compteur affiche aujourd’hui presque 10 millions de visites. En parallèle du blog, “je gardais le rêve de créer un jour ma propre marque”. Après trois ans de posts, elle décide de tâter le terrain avec une ligne de tee-shirts. Un succès. “Je suis passée de 10 à 35 pièces, puis 120 pour cet été.” À 28 ans seulement, Margaux Lönnberg distribue sa marque un peu partout dans le monde. Pas mal pour un début. Dans un café du Marais, le cœur battant de la mode parisienne, elle répond, sans se démonter, à l’un de ses empereurs.

“Je hais les montres, c’est la raison pour laquelle je suis toujours en retard.”

Justement, je ne porte jamais de montre et je suis toujours en retard. Déjà, je n’aime pas l’objet, il ne me touche pas et il n’a pas vraiment sa place dans ma garde-robe. Ensuite, le temps m’angoisse. C’est pour cette raison que je ne dors pas beaucoup, pas plus de cinq heures, et que je préfère bosser la nuit. Je n’ai pas du tout la notion du temps, pour moi, une minute, c’est très long. De toute façon, le temps, c’est nous qui le faisons, pas la montre. Et puis, on a nos portables maintenant, non?

“Je trouve les tatouages horribles. C’est comme vivre dans une robe Pucci 24 heures sur 24.” 

Un peu prétentieux quand même. Et vivre dans une robe Chanel toute sa vie? Comment peut-on juger l’acte du tatouage? C’est tellement personnel. Moi, j’en ai 18. Comment il a pu dire ça?

“Pensez rose, ne le portez pas!” 

Pour penser rose, il faut penser noir aussi. C’est clair? (Rires)

“Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, donc vous sortez en jogging.”

Je ne suis pas d’accord, je porte beaucoup de joggings. Des trucs ajustés, pas des gros machins informes non plus. Je ne vois pas en quoi le jogging est un signe de défaite. À ce moment-là, Jay Z, l’une des plus grosses fortunes mondiales, a raté sa vie: il est toujours en jogging! 

“Si je pouvais être réincarné en un accessoire de mode, ce serait un shopping bag.”

Tu mets quoi dedans? Depuis que j’ai ma marque, je ne fais plus de shopping du tout. Si j’étais un accessoire, je serais une paire de lunettes de soleil. C’est stylé et ça cache les signes de fatigue. Un cache-misère, comme les mecs qui portent la barbe. (Rires.)

“Si tu pisses partout, t’es pas Chanel du tout!”

Je ne suis pas Chanel du tout. 

“Il faut porter une fourrure comme un vulgaire tricot.”

Oui, je suis d’accord. Il ne faut pas la porter avec une robe, mais avec un jean et un débardeur blanc à l’arrache.

“Je suis une sorte de nymphomane de la mode qui n’atteint jamais l’orgasme.”

C’est triste! Moi, je viens à peine de commencer et, à chaque collection, je me surprends de ce que j’arrive à faire. Je ne cherche pas à atteindre l’orgasme, je cherche juste à créer une collection, une histoire qui soit dans l’air du temps, qui me plaise et qui puisse plaire aussi. Pour moi, l’orgasme n’a rien à voir avec la mode. Mais j’ai quand même un objectif, celui de faire toujours mieux, pour être à chaque fois à la hauteur du succès précédent. Le plus important dans le processus de création, c’est de ne pas trop réfléchir et de se laisser aller. Pas forcément évident, car j’ai tendance à toujours tout intellectualiser.

“Si vous me demandiez ce que j’aurais préféré inventer dans la mode, je vous répondrais la chemise blanche. Pour moi, une chemise, c’est la base de tout. Tout le reste passe après.”

Pour moi, le basique, c’est le tee-shirt. Mais, j’ai toujours aimé porter les chemises de mon mec.

“On n’est jamais trop habillé, ni pas assez habillé avec une petite robe noire.”

C’est vrai, tu peux la porter avec tout et n’importe quoi. C’est une pièce que tu garderas toute ta vie. Tu ne pourras jamais la mettre dans un carton pour la vendre.

Propos recueillis par Léandra Ricou

Collection Printemps-Été 2014 - Cheek Magazine
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“Je ne suis aucune mode, je veux voir mes pièces s’user pendant des années.”

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