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Sarah Andelman, la discrète à l’origine de Colette, le temple parisien de la hype

De celle que les initiés appellent seulement par son prénom, on sait peu de choses: Sarah Andelman, qui a créé Colette avec sa mère Colette Rousseaux il y a pile vingt ans, préfère parler de ce qu’elle vend plutôt que de ce qu’elle est. Il faudra donc la lire entre les linéaires du concept store le plus célèbre de France.
Sarah Andelman à la soirée des 20 ans de Colette © Jennifer Sath
Sarah Andelman à la soirée des 20 ans de Colette © Jennifer Sath

Sarah Andelman à la soirée des 20 ans de Colette © Jennifer Sath


On dit de Sarah Andelman, 42 ans, qu’elle est discrète, douce, presque timide. On dit qu’elle a les même cheveux courts depuis toujours, qu’elle ne se maquille jamais et ne porte que des jupes, avec des baskets -jamais de talons. On sait qu’elle est mariée depuis 2011 avec le réalisateur de clips Philip Andelman, et qu’ils ont un petit garçon de 4 ans prénommé Woody – pas comme le cinéaste, mais comme le chanteur folk américain Woody Guthrie. On dit qu’elle donne très peu d’interviews, qu’elle refuse de parler d’elle, de sa mère ou de sa famille. Faire un portrait d’elle, c’est donc un peu comme attaquer le Vendée Globe sur une frite en mousse.

Mais on se dit qu’elle acceptera peut-être de lever un coin du voile -collector et numéroté-, maintenant que les festivités du vingtième anniversaire du 213 rue Saint-Honoré sont passées. Pour l’occasion, la nef du musée des Arts Décoratifs à deux pas avait été transformée fin mars en une immense piscine de balles translucides, façon aire de repos dans les McDo de province. Pendant quatre jours, du 21 au 25 mars dernier, quidam, branchés, touristes, (très) jeunes et (assez) vieux ont batifolé dans le même bain –gratuit, et ouvert à tous. Rep à ça, les détracteurs qui font encore de Colette le pléonasme du snobisme.

De loin, elle ressemble à la version adulte d’Eleven, l’elfe badass de la série Stranger Things

La pythie des tendances accepte volontiers de nous rencontrer, et nous voici donc attablée au Water Bar, la cantine du sous-sol relookée pour encore deux semaines par Ikea, avec lequel Colette vient de collaborer. Légèrement nerveuse, forcément, tirant sur les manches de la veste que l’on a passé une heure à choisir, bêtement. Mais on ne rencontre pas tous les jours Nostradamode. De loin, elle ressemble à la version adulte d’Eleven, l’elfe badass de la série Stranger Things. De près aussi, d’ailleurs. Elle porte un col Claudine, une jupe intellectuelle, des baskets insensées et un léger sourire qui semble flotter entre ses fossettes. On bafouille un peu, un ou deux mots trébuchent contre les dents, elle pique un léger fard et sourit gracieusement: timidité, un point partout, la balle au centre. En 1997, sa mère Colette Rousseaux, fille de poissonniers, quitte le Sentier et sa boutique de grossiste en prêt-à-porter pour ouvrir un concept store pointu près d’une station essence, dans une rue St Honoré où l’on ne parle alors que Chanel, Goyard et Costes. L’objectif? Travailler avec sa fille Sarah, alors étudiante en histoire de l’art, et devenir le melting pot des tendances internationales en matière de mode, d’art, street art, design, livres, gadgets high tech, kawaï ou food…

 

 

Éclectisme et prescription

Vingt ans plus tard, l’essai est transformé, et bien loin, le temps où les sceptiques haussaient un sourcil dubitatif devant les vitrines où se côtoyaient des robes à 6000 francs, des CDs japonais, des souliers conceptuels et des Carambar. Désormais, Colette est un temple où viennent chaque jour se recueillir (et acheter) des milliers de branchés “et de geeks, d’employés de bureau, d’éboueurs, de personnalités…”, ajoute Sarah Andelman. Nous avons toujours voulu que tout le monde puisse entrer et trouver ici quelque chose qui les surprenne ou les amuse. Cet éclectisme, ce brassage, c’est notre fierté”. Ce jour-là, on n’a pas vu beaucoup d’éboueurs parmi les barbes tatouées et les franges à sacs Chanel ou Mansur Gavriel. Mais on n’a pas vu beaucoup de célébrités non plus, alors que la boutique organise régulièrement des événements exclusifs avec Kanye West, Zlatan Ibrahimovic, Kate Moss ou Martin Parr. Autre motif de fierté: ne pas s’habituer au succès, continuer de se remettre en question tous les jours, et chercher inlassablement “sur Instagram, dans la rue, lors des fashion weeks, partout” les talents de demain, le petit génie qui aura sa place entre Gucci ou Alaïa et des marques ultra confidentielles, japonaises, ukrainiennes, géorgiennes. “Avoir collaboré avec Stan Smith en personne, c’était quand même quelque chose!”, dit-elle. 

 

Une histoire de femmes

Lorsqu’elle évoque Colette-la-boutique-, Sarah Andelman s’anime, détaille, s’enthousiasme, et pique brusquement un fard lorsqu’on lui demande si ce n’est pas compliqué, parfois, de travailler depuis vingt ans avec Colette-la-mère… Elle bredouille, pouffe que non, évidemment, puisque c’était l’idée: travailler ensemble, après avoir fait des stages au très branché magazine Purple puis à la galerie Maeght. Ça fait désormais vingt ans qu’elle exerce ce premier job à plein temps et elle s’entend toujours aussi bien avec sa mère, promis.

Celle-ci, même coupe de cheveux garçonne, même visage nu, même politesse discrète, interrompt alors l’entretien et murmure quelque chose à propos du stock à l’oreille de sa fille, dont le visage s’éclaire d’un sourire, plus explicite qu’un long discours. On voudrait savoir, quand même, si Colette est avant tout une histoire de femmes ou de famille: coup d’oeil inquiet, comme si on venait de lui demander la formule du théorème de Pythagore. Mais où place-t-elle la féminité, ce féminisme si tendance qu’il ne peut la laisser indifférente? Les oreilles écarlates, Sarah Andelman hésite, ne sait pas, ne veut pas répondre à des questions personnelles, mais confie spontanément adorer la série Scandal lorsqu’on lui demande de citer un artiste, une enseigne, un programme télé ou une série mainstream qu’elle aime.

Sarah Andelman dit beaucoup “on”, rarement “je”.

 

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Elle avoue aussi être toujours sensible aux critiques “même si l’on s’y habitue, avec le temps”, s’agace d’entendre encore que tout est cher chez Colette “alors qu’on vend plein d’objets très accessibles”, admet s’être parfois trompée sur un produit en lequel elle croyait: “On n’a pas de boule de cristal, bien sûr qu’on se trompe! Mais comme nos stocks sont limités, les conséquences ne sont pas dramatiques.” Sarah Andelman dit beaucoup “on”, rarement “je”, parle d’un “travail d’équipe” -et de fait, un certain nombre des membres du Colette Squad sont là depuis le tout début. Elle évoque volontiers ses derniers coups de coeur pour les chaussures parsemées de fleurs de Fabrizio Vitti, le directeur artistique des souliers chez Louis Vuitton, ou pour la collection de l’ukrainienne Julie Paskal, inspirée des premières amours, puis nous emmène voir le rouge à lèvres oversize de l’américain Edward Bess, baptisé Big Kiss, à l’étage. Avant de la quitter, on lui souhaite un très bon anniversaire. “Oh, c’est déjà loin tout ça, on est passé à autre chose!”, sourit-elle avant de retourner sur son fuseau horaire, quelque part dans le futur.

Fiona Schmidt 


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