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Elle a lancé Sydney Brown, sa marque de chaussures responsable et vegan

Pour la présentation de sa nouvelle collection de chaussures vegan, cette designer américaine a choisi Paris. Rencontre. 
© Joseph Cultice
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Lancer une marque de chaussures vegan n’a jamais fait partie du plan de vie de Sydney Brown. Cette Américaine, qui a grandi à Detroit et étudié le français et le cinéma à l’Université d’Aix en Provence, avant de s’installer au Japon pendant 19 ans, n’avait aucune accointance -si ce n’est personnelle-, avec la mode. Son milieu, celui de la musique, la connaît plutôt via sa société de promotion d’artistes électroniques, qu’elle a fermée en 2008, ou pour le festival Taico Club, à Nagano, qu’elle a cofondé et qui a toujours cours. Devenu “le plus gros festival caritatif du Japon”, l’événement, qui soutient des ONG environnementales locales, réunit déjà deux des aspects fondateurs de la marque Sydney Brown: l’engagement d’une part, mais aussi le style, l’allure de ses festivaliers ayant été officiellement adoubée par Vogue

De retour à Los Angeles après la vente de sa société, Sydney Brown a dû compléter tout un parcours initiatique avant de lancer sa marque. Au cours de son master en psychologie spirituelle, débuté en 2008, elle explique avoir fait son examen de conscience de consommatrice. “J’ai commencé à examiner tous les aspects de ma conscience et de ma consommation -ce que je mangeais, ce que je portais, quelles marques je soutenais, etc.” Après un an d’apprentissage auprès d’un cordonnier de Los Angeles, Brown a commencé à fabriquer des chaussures pour ses amis. “J’ai ensuite déménagé en Europe et j’ai travaillé dans des usines de chaussures au Royaume-Uni, au Portugal et en Italie.” Lancée en 2011, la marque Sydney Brown a choisi Paris et la boutique responsable et vegan Manifeste011 pour présenter sa collection printemps/été 2019. En amont de sa visite dans la capitale, on lui a posé quelques questions. 

 

 
 
 
 
 
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Comment es-tu devenue vegan et pourquoi?

Je suis végétarienne depuis l’âge de 16 ans. J’ai grandi à Detroit, à proximité d’abattoirs. C’était terrifiant, on pouvait entendre les animaux hurler en passant devant. J’ai convaincu ma famille d’arrêter de manger de la viande et je n’en ai plus remangé depuis. J’ai toujours eu une grande sensibilité envers les animaux. Il y a assez de souffrance dans le monde et je ne veux y contribuer d’aucune façon. Surtout pas avec la mode. 

Pourquoi as-tu décidé de lancer ta marque?

Ma bonne résolution de l’année 2010 était de ne plus acheter de cuir. Après deux semaines de pratique, j’ai dû assister à un gros événement à Los Angeles et j’ai eu besoin de chaussures. J’ai constaté qu’il n’y a avait aucune option vegan dans le domaine du luxe, à part Stella McCartney. Mais son prix de vente était trop élevé pour moi et mon esthétique personnelle assez différente. J’ai réalisé qu’il y avait un énorme vide sur le marché pour les gens comme moi, qui voulaient des chaussures vegan fabriquées avec un sens du design autant que de la durabilité. 

90% des chaussures dans le monde sont fabriquées avec de la colle issue de la graisse de porc.

Quelles sont tes influences en termes de design?

L’esthétique et le design japonais sont une influence majeure pour moi. La religion nationale au Japon est le shintoisme, au sein de laquelle les gens croient -pour simplifier à l’extrême- que les objets ont une âme. Si tu créées quelque chose, une partie de ton âme est donc intégrée dans l’objet que tu as produit. C’est un concept extrêmement important pour moi, et c’est pour ça que je travaille moi-même sur les chaussures. Il y a une petite part de moi dans chaque paire! J’aime passer du temps avec mes chaussures avant qu’elles s’embarquent dans leurs aventures autour du monde!

Quelles matières utilises-tu pour la fabrication de tes chaussures, et en quoi sont-elles différentes des matières habituelles? 

90% des chaussures dans le monde sont fabriquées avec de la colle issue de la graisse de porc. Développer une alternative qui fonctionne nous a pris plus de quatre ans, et nous y avons travaillé avec des chimistes en Italie, aux Etats-Unis et au Portugal. Par ailleurs, l’imitation de cuir nappa que nous utilisons est écologique et non-toxique. Elle a été développée à partir de polymères, eux-mêmes obtenus à partir de ressources naturelles et renouvelables, comme des graines de légumes. 

 

 
 
 
 
 
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Où sont fabriquées les chaussures Sydney Brown et dans quelles conditions?

Elles sont réalisées dans le nord du Portugal, par de vrais artisans qui bénéficient d’excellentes conditions de travail, qu’il s’agisse des installations ou de leurs salaires. 

Ta marque observe aussi une politique environnementale très stricte, peux-tu nous en dire davantage?

Nous restreignons au maximum l’utilisation de substances toxiques et de ressources non-renouvelables, et nous avons mis en place des procédés de production qui consomment peu d’eau et génèrent un minimum de déchets. Les composants de nos chaussures sont développés avec la plus grande attention pour correspondre à la philosophie de la marque, et on essaye de pousser encore un peu plus loin à chaque nouvelle saison. 

Tes chaussures sont positionnées comme des produits de luxe et très souvent, les prix des marques vegan sont assez élevés. Penses-tu que la mode éthique et durable deviendra un jour accessible à toutes les bourses?

Oui, puisqu’il y a de plus en plus de demande, les coûts vont forcément baisser. De notre côté, on travaille en permanence à la réduction des coûts. 

As-tu l’impression que nos marques de luxe françaises prennent le chemin d’une mode plus éthique et durable?

Absolument, c’est le futur de toutes les marques!

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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