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Interview

Ariel Garten a inventé le serre-tête connecté qui lit dans nos pensées

Fascinée depuis son enfance par le fonctionnement du monde qui l’entoure, Ariel Garten conjugue neurosciences et création artistique, ce qui lui a permis de mettre au point le serre-tête connecté Muse qui décrypte notre état émotionnel.

Quand on demande à Ariel Garten les moments qui ont marqué sa carrière de neuroscientifique/artiste/créatrice de vêtements, elle ne voit pas. Et puis, elle nous raconte une anecdote, puis une deuxième, puis une troisième. Et on comprend que, depuis toujours, sa vie a été jalonnée de déclics qui lui ont fait prendre conscience de ses capacités à faire bouger les lignes pour inventer. Ses capacités aussi bien scientifiques qu’artistiques lui ont permis d’inventer le serre-tête connecté Muse, qui permet de mesurer l’activité du cerveau et de transmettre les données à un smartphone ou une tablette. L’objectif? Cerner au mieux notre état émotionnel et nous renseigner sur notre stress, notre concentration et notre mémoire. Pour commercialiser ce produit hors du commun, Ariel Garten a monté sa société, InteraXon au Canada, qui se positionne comme pionnière de la “télépathie technologique”.

Gamine déjà, je voulais comprendre comment fonctionnait le monde, je me demandais d’où venaient le ciel et les fleurs.”

Parmi ses micro-épiphanies, la jeune femme de 37 ans se souvient d’un grand moment de joie, à 6 ou 7 ans. De retour d’un voyage à Rome, au cours duquel elle a pu admirer des sandales aux pieds d’une statue, elle a l’idée saugrenue de transformer ses tubes de Smarties en lanières qu’elle fixe à ses pieds. Une première étincelle mode, mais aussi technique, est née. Quand, une vingtaine d’années plus tard, Ariel Garten obtiendra son diplôme de neurosciences, la première chose qu’elle fera sera de lancer une ligne de vêtements. Une suite logique pour celle qui a cultivé ses passions pour l’art et la mode pendant ses études scientifiques. Impossible d’être à la fois créative et technique? Pas du tout! Pour Ariel Garten, l’un ne va pas sans l’autre. “Pour moi, c’est une évidence, gamine déjà, je voulais comprendre comment fonctionnait le monde, je me demandais d’où venaient le ciel et les fleurs. Et je faisais appel autant à ma sensibilité qu’à ma rationalité pour trouver des réponses.” En emménageant dans son premier appartement, elle décide d’utiliser ses chaises pour en faire des étagères de cuisine. “J’ai ressenti une grande satisfaction grâce à ce geste, car je venais de remettre en question l’usage d’un objet pour en créer un nouveau.” L’anecdote résume bien l’état d’esprit d’Ariel Garten, pour qui rien n’a jamais semblé impossible, encore moins d’être à la fois une neuroscientifique reconnue et une artiste accomplie.

Comment chacune de tes deux activités nourrit-elle l’autre?

C’est difficile pour moi de répondre à cette question tellement elles sont interconnectées. N’importe quelle inspiration dans la vie est suivie par un procédé technique qui permet de l’exécuter. Et n’importe quel procédé technique peut aussi être un acte de joie. Par exemple, quand je peins, je bouge mes mains pour réaliser des dessins; c’est pareil quand je crée un patron de robe. Tout geste artistique est aussi technique.

En quoi sont-elles radicalement différentes?

Elles ne le sont pas. La seule nuance, selon moi, c’est que l’artistique est connecté aux émotions, tandis que le technique est une question d’organisation. Mais encore une fois, je pense que les deux sphères sont liées en permanence.

En quoi sont-elles complémentaires?

La partie artistique de mon travail me procure des émotions et de l’inspiration, tandis que la partie scientifique m’apporte de la rigueur et de la persévérance. Je serais effondrée si je ne pouvais plus créer, l’artistique est vraiment central pour moi, mais la technique me permet de fabriquer les choses et d’être sûre que tout fonctionne.

Quelles qualités requièrent-elles l’une et l’autre?

La partie artistique fait appel à la créativité, la joie. Côté technique, il y a des aspects que j’aime moins, comme la discipline que cela exige. Mais j’ai besoin de tout ça car je me vois comme une créative qui réalise des choses. Tous les artistes ont besoin de cette rigueur pour produire.

En tant que femme, exerces-tu aussi facilement l’une et l’autre de tes activités?

Oui, sans problème. Je n’aime pas l’idée reçue selon laquelle les femmes ne seraient pas compétentes en sciences, ce n’est pas du tout ce que j’observe. Il est vrai, en revanche, que nous avons besoin de plus de role models dans ce domaine pour encourager les jeunes filles à se lancer dans cette voie.

Tu dirais que tu as une approche scientifique du design, ou une approche créative de la science?

Clairement, j’ai une approche créative de la science: l’inverse n’est pas vrai.

Si tu devais ne choisir qu’une discipline, laquelle serait-ce?

Je me débrouillerais pour ne pas choisir. (Rires.) C’est vraiment impossible pour moi.

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