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Interview

Élise, la blogueuse mode qui plaidait aux Prud’hommes

Il y a deux ans, Elise, avocate en droit du travail, lançait le blog mode Style But Not Least. Comment ces deux activités aux antipodes cohabitent-elles dans la vie de la jeune femme? C’est ce qu’on a cherché à savoir. 

Dans la famille d’Élise, la mode est une affaire de femmes, qui se perpétue de génération en génération. Une grand-mère chic qui cumule “environ 60 ans d’abonnement au magazine Elle”, une mère qui soigne tout autant son apparence, une sœur passée par Esmod: devenir blogueuse mode avait tout d’une heureuse fatalité. Et pourtant, Élise aura attendu d’atteindre l’âge de 32 ans pour se lancer.

A la tête du blog Style But Not Least, qu’elle a mis en ligne en 2015, la jeune femme originaire de Douai a consacré ses études et sa carrière à un tout autre domaine: le droit du travail. Une matière qui s’est imposée d’elle-même pour celle qui se dit à la fois “rationnelle et littéraire”, et qui possède de toute évidence une aisance enviable à l’oral, ainsi qu’un goût prononcé pour la narration: “En droit du travail, la procédure est orale, donc la part laissée à la plaidoirie est très importante. On peut convaincre en racontant une histoire”, explique-t-elle dans un langage sûr et châtié, signe qu’elle exerce quotidiennement ses talents d’oratrice.

“Les conflits en droit du travail sont toujours très passionnés, ce ne sont pas des litiges annexes.”

Souvent, pourtant, Élise quitte la robe d’avocat pour en enfiler d’autres: robes de créatrice pour un photoshoot montmartrois, robe pour mariage à la plage, robe minimale pour working girl surmenée, elle joue autant les modèles que les stylistes sur son blog, qu’elle essaie d’alimenter entre deux visites aux Prud’hommes. Une activité qui lui permet de s’offrir un peu de légèreté, et de renouer avec une joie presque enfantine -“À quatre ans déjà, je posais en photo avec un chapeau et des boucles d’oreilles”, confie-t-elle. À cette femme combative et impliquée dans son job, qui compare volontiers la plaidoirie à un match de boxe et apprécie le fait que “les conflits en droit du travail sont toujours très passionnés, ce ne sont pas des litiges annexes, on est au cœur de la vie des gens”, la mode apparaît comme une soupape indispensable, mais aussi l’endroit où épanouir sa créativité. Explications de l’intéressée.

 

Comment chacune de tes deux activités nourrit-elle l’autre?

L’activité de blogueuse mode nourrit la créativité et l’intuition, contrairement à l’activité d’avocate, où l’on exacerbe son côté rationnel. On raisonne toute la journée, on passe notre temps à dérouler nos syllogismes. Pourtant, dans un procès, il me semble important de garder une part d’intuition, de faire preuve de créativité. Avec un blog mode, on stimule davantage le cerveau droit que le cerveau gauche. À l’inverse, dans mon métier d’avocat, aimer la mode est un atout puisque c’est une profession de représentation, où la séduction joue un rôle important.

En quoi ces deux activités sont-elles radicalement différentes?

Évidemment, la matière première est différente. Mais au-delà de ça, l’approche l’est aussi. Faire un blog mode n’empêche pas de dormir, alors que sur mes dossiers en tant qu’avocate, les enjeux financiers et psychologiques sont importants. On est au cœur de la vie des gens.

“Je suis à la fois très rationnelle et très créative, donc ces deux activités épousent bien mes deux facettes.”

En quoi sont-elles complémentaires?

En tant qu’avocate, il se trouve que j’interviens beaucoup dans le secteur de la mode et du luxe. Puisque je rencontre beaucoup de monde dans ce domaine via mes activités de blogueuse, il arrive qu’ils deviennent mes clients.

Quelles qualités ces deux activités requièrent-elles?

Côté avocate, de la logique, de la rigueur et de la pugnacité, mais aussi de l’empathie et de l’intuition. Côté blog mode, de l’intuition aussi, et puis de la personnalité: il faut bien se connaître, soi et ses goûts, savoir ce qui nous va et s’assumer. Il faut trouver un axe, apporter sa touche, sinon on ne se démarque pas, on est noyée dans les millions de blogueuses mode qui fleurissent sur les réseaux sociaux. 

Ta personnalité s’adapte-t-elle en fonction de l’activité?

Moi, j’ai pris le parti d’assumer mon bagage et ma profession, et de ne pas chercher à être différente de ce que je suis au quotidien. J’essaie de parler de ce qui me plaît, sans me travestir. Je suis à la fois très rationnelle et très créative, donc ces deux activités épousent bien mes deux facettes. En tant que blogueuse j’ai envie que ça marche, je veux faire mon chemin petit à petit, donc mon sens de la gagne et ma combativité ne sont pas totalement éteintes, mais c’est davantage un travail sur le long terme. Le blog mode, je le fais tranquillement.

“Quand tu démarres et que tu es à la fois jeune et femme, il faut se faire respecter.”

En tant que femme, exerces-tu ces deux activités avec la même facilité?

Pour le blog mode, il n’y a vraiment pas de sujet à ce niveau-là. En tant qu’avocate en revanche, c’était compliqué au début: quand tu démarres et que tu es à la fois jeune et femme, il faut se faire respecter, gagner la confiance des clients qui te prennent pour la stagiaire, et aussi celle des confrères. Lors d’une de mes premières plaidoiries, j’étais face à un confrère, un homme assez âgé, et il m’a appelée “mademoiselle” pendant toute la plaidoirie, ce qui ne se fait pas du tout. C’était fait volontairement pour me déstabiliser et me rabaisser. À part ça, c’est comme partout: les femmes sont moins vite associées dans les cabinets, elles sont moins payées. À l’image de notre société, c’est en progression, mais on n’y est pas encore tout à fait.

Si tu devais choisir l’une des deux activités, laquelle serait-ce?

Aujourd’hui, je resterais avocate. Cette activité me stimule davantage intellectuellement et me donne un sentiment d’utilité. J’y suis au service des autres, je fais quelque chose pour mes semblables. Blogueuse mode, c’est plus un loisir.

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