cheek__habillage_desktop
Plus de Vidéos recto verso
Portrait

Avec Emmanuelle Laurent, la psychanalyse est aussi simple qu’un tuto beauté

Avec ses vidéos, Emmanuelle Laurent, aka Mardi noir sur YouTube, aborde des concepts de psychanalyse et des thématiques intimes avec un humour décalé. 

Les chemins tracés à l’encre indélébile angoissent profondément Emmanuelle Laurent. Dès que l’avenir semble planifié, elle stoppe tout et repart dans une autre direction. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de certitudes. Son parcours est à cette image: titulaire d’un BAFA, éducatrice spécialisée, diplômée de psychologie, YouTubeuse et officiellement chômeuse, Emmanuelle Laurent slalome entre les cases pour ne se poser nulle part. “Je ne sais pas trop ce que je suis en train de faire, lâche-t-elle ce jour-là dans un café du XIème arrondissement parisien en sirotant son jus de fruits, sa cigarette électronique dans une main, mais c’est justement ça qui me va.” Si elle, elle ne sait pas, on peut essayer de l’expliquer à sa place: depuis 2015, Emmanuelle Laurent est une YouTubeuse beauté. Oubliez l’image d’EnjoyPhoenix qui vous vient sans doute à l’esprit, Emmanuelle Laurent se sert uniquement du maquillage comme d’un prétexte pour parler psychanalyse avec un brin de cynisme et pas mal d’autodérision: elle appelle ça Psychanalyse toi la face. Ça donne le ton. La trentenaire, alias Mardi noir, nom qu’elle utilisait à ses débuts sur Internet et qu’elle a conservé pour sa chaîne -“J’avais envie d’un truc qui ressemble à une catastrophe économique”, précise-t-elle-, aborde donc des concepts de psychanalyse mais aussi des thématiques intimes et sociales. Elle décrit cet exercice singulier comme “une invention à la croisée de la psychanalyse, de la création et de l’humour”. Pour une fois, cette timide a le sentiment “de [s]’inscrire dans quelque chose, alors qu’avant, je ne faisais que suivre”.

Si ma psy passait la séance à parler d’elle, je lui en voudrais beaucoup!

Pour en arriver là, il faut dire qu’Emmanuelle Laurent est passée par des chemins de traverse. Née à Paris d’un père banquier et d’une mère fonctionnaire, cette fille unique de 33 ans, s’est dit, son bac L en poche, qu’elle allait faire psycho, “mais l’idée d’aller en cours ne me plaisait pas”. Ce sera finalement éducatrice spécialisée. Elle commence par accumuler de l’expérience dans des centres de loisirs avant de passer le concours qu’elle obtient avec facilité. Au bout d’un an, elle se dit “que ce n’est finalement pas [s]on truc”.  De cette époque, elle dit aujourd’hui: “Je n’avais pas envie de m’engager dans un parcours professionnel classique.” Elle continue de travailler “à [s]a sauce”, notamment dans des centres d’animation pour enfants en difficultés, se met en parallèle au théâtre, écrit et met en scène un spectacle. Puis, en 2010, la psychologie revient la titiller et elle s’inscrit à la fac: “Je me suis dit que j’allais devenir psychologue, j’avais la motivation d’obtenir le diplôme.” Cinq ans plus tard, c’est chose faite, mais ses “vieilles angoisses” remontent et quand elle s’imagine face à ses futurs patients, elle panique: “Tant que c’était théorique, ça allait, mais dans la pratique, j’allais déprimer. Ça allait me mettre mal d’écouter les problèmes des autres”, plaisante-t-elle. Plutôt que de prêter l’oreille, la jeune femme a ce “besoin de s’exprimer”, pas franchement compatible avec l’activité de psychologue: “Si ma psy passait la séance à parler d’elle, je lui en voudrais beaucoup!” (Rires.) L’idée d’un blog lui trotte alors dans la tête, mais de quoi va-t-elle bien parler?

Le symptôme, la castration, le transfert, la dépendance affective, voilà autant de sujets traités par Emmanuelle Laurent dans ses vidéos.

Un jour, Emmanuelle Laurent se lance et prend pour exemple ce qu’elle a elle-même l’habitude de regarder “sans trop savoir pourquoi” : des tutos beauté. L’essai n’est pas convaincant: “Je me sentais ridicule, et dès la deuxième vidéo, j’ai su que j’allais parler de psychanalyse car personne ne le faisait.” Mais son premier tuto beauté a laissé une trace: “Je me suis dit que j’allais m’inspirer du maquillage pour parler de psy. Aujourd’hui, il est toujours là dans mes vidéos mais c’est davantage un rituel qu’autre chose.” Le symptôme, la castration, le transfert, la dépendance affective, voilà autant de sujets traités par Emmanuelle Laurent dans ses vidéos qui durent en général entre 8 et 12 minutes. Avec ces 26 000 abonnés, la trentenaire peut espérer plus de 50 000 vues quand une vidéo a du succès.

Celle qui a commencé à suivre une psychanalyse très jeune estime avoir “du mal à [s]e conformer”: “D’une certaine manière, la psychanalyse, c’est assez subversif, elle permet l’ouverture d’un champ des possibles.” C’est certainement ça qui lui plaît avec Mardi noir, ne pas s’enfermer, laisser une porte ouverte… à tout. Elle précise ne pas se voir comme “une vulgarisatrice de la psychanalyse”, et se demande si, un jour, elle arrêtera la sienne. “Peut-être, comme dirait Freud, le jour où j’aurais une stabilité amoureuse et professionnelle. Enfin, bon, c’est pas pour demain!”, sourit-elle. En attendant, cette célibataire assure être “lucide” et n’imagine pas un jour “vivre de YouTube”, elle vivote entre son chômage -elle a bossé comme vendeuse dans une boutique de bijoux en 2015- et des petits coups de pouce de ses parents, et souhaite utiliser Mardi noir davantage “comme une carte de visite” et se verrait bien “collaborer sur des projets qui ne sont pas les [s]iens”. À bon entendeur…

-

NE MANQUEZ
JAMAIS UN ARTICLE

Restez informé(e) en temps réel de chaque nouvelle publication grâce aux réseaux sociaux ! Suivez Cheek Magazine sur Facebook :