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Portrait

Du surf à la musique, Lee-Ann Curren ne fait que ce qui lui plaît

Surfeuse pro et musicienne, la Française Lee-Ann Curren est double championne d’Europe, assure la basse au sein du groupe Betty The Shark et se lance cet été en solo. Rencontre avec une équilibriste bien dans ses pompes. 

La vie de Lee-Ann Curren semble épouser l’un des principes fondamentaux de son sport fétiche: tout y est question d’équilibre. À 27 ans, cette double championne d’Europe de surf, classée 12ème mondiale en 2010, est aussi une musicienne accomplie. Chaque jour, après la rituelle session de planche matinale, la Biarrote rejoint son home studio pour travailler ses sons. Bassiste du groupe Betty The Shark, qu’elle a cofondé avec un ami de longue date, elle se lance actuellement en solo et sera à l’affiche de plusieurs festivals cet été.

Sa double casquette d’athlète et de musicienne, Lee-Ann Curren la porte depuis toujours ou presque. La glisse a précédé le rock, mais de peu. Fille du surfeur Tom Curren et de la surfeuse Marie-Pascale Delanne, petite-fille de Pat Curren, qui fut l’un des pionniers du surf hawaïen dans les années 50, la jeune femme est pour ainsi dire née avec l’océan au bout des orteils. Si son tout premier souvenir remonte à l’âge de 2 ou 3 ans -elle croit se rappeler qu’un jour, son père l’avait installée à l’avant de son longboard pour une sortie en mer-, elle date sa première véritable envie de surfer à 8 ans. Au cours d’une promenade sur la plage avec l’un de ses frères cadets, elle voit un camarade effectuer un roller (un virage en haute vague): “Je n’en revenais pas que quelqu’un de mon âge fasse ça”, dit-elle. Elle n’a plus alors qu’une seule envie, en faire autant.

“Même si le surf peut-être envisagé comme une forme d’art, je n’y exprime pas les mêmes choses qu’en musique.”

La musique viendra à peine plus tard. Son père étant lui-même musicien en plus de surfer, elle a presque tout autant baigné dedans. Sauf qu’à l’âge de 4 ans, ses parents divorcent et Tom Curren quitte la Côte basque où la famille réside, et repart vivre en Californie. Il faudra attendre les vacances d’été -pendant lesquelles Lee-Ann passait un mois sur la côte ouest des U.S.-, pour que l’enfant puisse de nouveau assister aux concerts de son père ou aux jams entre amis, occasions trop rares de triturer les instruments à portée de main. Heureusement, le gros de l’éducation musicale est aussi assuré à l’année par un beau-père mélomane, détenteur d’une imposante collection de Cds qui réunit les indispensables du moment, de Björk à Radiohead.

Vers l’âge de 14 ans, Lee-Ann Curren intègre son premier groupe, Les Cornichons (ça ne s’invente pas). Elle prétend savoir jouer de la basse mais, en réalité, apprend sur le tas. Parmi les membres de la formation, on trouve entre autres, à la guitare, Sacha Got, qui fondera La Femme quelques années plus tard. Mais c’est aux côtés d’un autre garçon que la musique prend pour Lee-Ann Curren un tour plus sérieux. Il s’appelle Philip Caradona, est franco-américain comme elle et ensemble, ils lancent Betty The Shark alors qu’ils sont encore adolescents. Le groupe, qui compte deux albums à son actif, est actuellement en phase de sommeil, mais Lee-Ann Curren n’a pas abandonné la musique pour autant. De toute façon, elle ne pourrait pas. Pour être bien dans ses pompes, elle explique avoir besoin de jouer et de composer autant que de surfer: “Même si le surf peut-être envisagé comme une forme d’art, je n’y exprime pas les mêmes choses qu’en musique. Il y a peut-être moins d’émotions”, analyse-t-elle avec son phrasé nonchalant.

“Je pense que c’est la régularité sur le long terme qui paye. Pas le sprint.”

Celle qui s’avoue timide trouve aussi dans la musique un bon moyen d’interagir avec les autres, là où le surf, plus individualiste, lui apporte sa dose d’adrénaline et de confrontation aux éléments. Des deux domaines, elle observe en revanche qu’ils requièrent un certain “lâcher prise”, et qu’elle les aborde davantage avec passion et endurance qu’avec rigueur: “Quand j’aime quelque chose, je le fais à 200%. Je pense que c’est la régularité sur le long terme qui paye. Pas le sprint.

Descendante d’une lignée de pionnières -si l’Histoire n’a pas retenu leur nom, ses tantes ont pourtant fait partie des “Tontons surfeurs”, les premiers à se jeter à l’eau sur la Côte basque dans les années 60-, Lee-Ann Curren n’a en effet aucune raison de se presser, elle qui a tout débuté très tôt. À commencer par prendre conscience de sa chance, celle d’avoir grandi dans un environnement idéal: “Être élevée à Biarritz c’est génial, car on est en contact permanent avec la nature. L’été, mes parents me déposaient à la Côte des basques (Ndlr: mythique spot de surf de Biarritz) et je passais mes journées à surfer avec ma bande d’amis. Et puis, découvrir la culture américaine via mon père a été une énorme chance. Il y a pire, comme enfance”, admet-elle.

“J’essaie de vivre en accord avec mes valeurs.”

En parcourant la planète, Lee-Ann Curren a vite compris que tout le monde ne pouvait pas en dire autant: “Je voyage beaucoup, ce qui fait prendre conscience de pas mal de choses”, dit-elle. Il y a quelques années, âgée de 20 ans tout juste, elle était allée jusqu’à créer une fondation au Brésil pour que les enfants des favelas puissent surfer. Le projet, baptisé Titan Kids, a aussi bénéficié d’un documentaire réalisé par ses soins. Engagée, Lee Ann Curren l’est autant qu’elle le peut. Mais, là encore, elle sait que tout est question d’équilibre. “J’essaie de vivre en accord avec mes valeurs. De temps en temps, je me lance des challenges, comme faire un mois sans plastique. Mais je suis vraiment loin d’être parfaite au niveau écologique puisque, pour commencer, je prends tout le temps l’avion.” Ce qui ne l’empêche visiblement, pas plus que le surf, de garder les pieds bien ancrés sur terre.

Crédits photos Roxy – Claudia Lederer 

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