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Portrait

Mathilde Rousseau mêle les corps à la matière dans une performance inédite

Prof de maths dans une première vie, Mathilde Rousseau a tout plaqué pour devenir céramiste et danseuse de tango, des activités qu’elle a réussi à réunir dans son atelier parisien.

Quand on arrive chez Mathilde Rousseau, il faut se déchausser. Normal puisque son appartement du quartier de Belleville est aussi un studio de danse dans lequel elle donne ses cours de tango. Enfin, ça c’est quand elle ne donne pas des cours de poterie, qui ont lieu dans la pièce à côté. Les activités sont dispensées par l’association qu’elle a montée, Senti-Dos, et pour la jeune femme de 32 ans, le lien entre les deux est évident: “La poésie, le toucher, la beauté…” Et puis, donner des cours est une seconde nature pour cette ancienne prof de maths, titulaire d’une agrégation, qui a enseigné au lycée plusieurs années avant de tout plaquer pour partir en Argentine à l’âge de 25 ans. “C’est une rupture douloureuse qui m’a donné envie d’aller vivre à l’autre bout du monde. Je n’avais pas d’expérience à l’étranger, je voulais apprendre une nouvelle langue, et l’une de mes amies m’avait parlé de l’Argentine, alors je me suis jetée à l’eau.”

La sensation que me procurait le contact avec la terre me rappelait des souvenirs d’enfance.”

À Buenos Aires, la future ex-prof de maths qui danse depuis l’âge de trois ans tombe amoureuse du tango, mais aussi de la douceur de vivre et du rapport au temps, bien plus malléable qu’à Paris. “Là-bas, il m’arrivait de croiser mon voisin dans la rue et de m’asseoir avec lui sur les marches pour boire un maté pendant deux heures”, sourit-elle. Lorsqu’elle rentre en France une année plus tard -avec au compteur de nombreuses nuits blanches passées à danser-, Mathilde Rousseau sait que le tango sera désormais au centre de sa vie. Tant pis pour les maths et la sécurité de l’emploi de l’Éducation nationale, elle décide d’arrêter. Alors qu’elle s’installe temporairement dans la Drôme pour quelques mois, elle tombe à nouveau amoureuse, de la poterie cette fois. “Dès le premier cours, cela a été une évidence, se souvient-elle. La sensation que me procurait le contact avec la terre me rappelait des souvenirs d’enfance, quand je m’agrippais aux branches de mon cerisier. J’ai grandi dans les Yvelines et je passais mon temps à courir dans le jardin et grimper aux arbres. Je dansais aussi beaucoup avec ma sœur, finalement tout était déjà là!.

J’ai l’impression, quand on danse dans la terre blanche, que c’est aussi beau que du Rodin.”

Embarquée dans sa nouvelle passion, dont elle sait qu’elle va désormais vivre également, Mathilde Rousseau se perfectionne seule et au contact de potiers aguerris comme Isabelle Roux, chez qui elle s’invite une semaine dans les Pyrénées. En échange d’un accès à l’atelier, la jeune femme propose à la céramiste de faire la cuisine et des massages, un autre de ses multiples talents -“Malaxer de la terre ou des corps, ce n’est pas si éloigné, c’est logique que j’aime les deux!” Très vite, elle découvre qu’elle affectionne particulièrement le travail de la porcelaine, qui lui donne l’impression de travailler “de la crème”. Fascinée par cette couleur blanche et les reflets de la lumière qui s’y incrustent aussi bien pendant le tournage des pots qu’une fois la matière cuite, elle songe parfois à plonger dans cette texture merveilleuse. Jusqu’au jour où, pour cause de grande chaleur et de petite tenue, elle essaye, pour voir. De cette expérience singulière naît une performance qui l’est tout autant et qui consiste à danser dans de la porcelaine non cuite à plusieurs. “Je suis passionnée par les sculptures de Rodin, et j’ai l’impression, quand on danse dans la terre blanche, que c’est aussi beau que du Rodin, sauf que ça bouge, ça vit. C’est très intéressant d’explorer l’impro dans la terre, quand c’est mouillé, c’est un peu comme de l’argile, mais quand ça sèche, la matière se décroche petit à petit et évolue en même temps que la danse.” Avec cette idée originale, Mathilde Rousseau réussit à fusionner les deux passions qui l’habitent et qui n’étaient pas forcément destinées à se rencontrer.

J’ai de la chance d’avoir été un peu rebelle et d’avoir suivi ma voie.”

Si aujourd’hui, elle est sereine vis-à-vis de ses choix, elle reconnaît que ses décisions en ont étonné plus d’un.e autour d’elle. “Finalement, j’ai de la chance d’avoir été un peu rebelle et d’avoir suivi ma voie, conclut-elle. Au début, ce n’était pas parfait, mais maintenant ce sont mes métiers, et je n’ai jamais regretté d’avoir pris des risques.” Une petite nostalgie pour les maths quand même? “Je suis la même personne, et j’ai justement aimé les maths pour leur poésie, qui me permettait de m’abstraire du réel, comme je le fais avec la danse. Tout comme les maths, l’artisanat et la danse ont quelque chose de très répétitif et routinier, et je retrouve le même plaisir physique de m’approprier par le corps des façons de penser, ça me procure un peu la même sensation que quand je découvrais le résultat d’un théorème.” CQFD.

Crédits photos Pascal Bauret / Philippe Gauthier / Thomas Boivin

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