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Dossier Femmes et pouvoir / En partenariat avec le CFPJ

8 clichés sexistes dont les femmes de pouvoir n'arrivent pas à se débarrasser

Cible privilégiée des stéréotypes, la femme de pouvoir est trop souvent malmenée à coup de qualificatifs peu flatteurs. Tour d’horizon des clichés sexistes les plus récurrents.
House of Cards © Netflix
House of Cards © Netflix

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Souvenez-vous, c’était il y a trois ans. Cécile Duflot, alors ministre du logement, se faisait siffler par des députés UMP, pour avoir porté une robe à l’Assemblée nationale. Un an plus tard, la députée Europe Écologie Les Verts (EELV), Véronique Massonneau, y était ouvertement raillée par un de ses homologues masculins lors de sa prise de parole. Ce dernier n’avait rien trouvé de mieux que d’imiter le caquètement de la poule pour se moquer d’elle.

Vénales, intéressées, fourbes, incapables… Aujourd’hui encore, les qualificatifs dévalorisants et autres vieux clichés sexistes ne manquent malheureusement pas lorsqu’on évoque la présence des femmes dans les milieux de pouvoir. Cheek passe à la loupe huit poncifs classiques du genre, avec l’aide de Sophie Cadalen, psychanalyste et écrivain, auteure du livre Les femmes de pouvoir: des hommes comme les autres? 

 

1) Toutes des croqueuses d’hommes

L’imaginaire collectif veut que la femme de pouvoir, emmitouflée dans son manteau de fourrure, porte un diamant à chaque doigt et balaie l’horizon de son regard salace…“Un lieu commun!”, peste la psychanalyste Sophie Cadalen, qui pointe une réalité bien différente. “On ne devient pas puissant sans en avoir envie. Derrière chaque personne de pouvoir, se cache une notion de désir, que l’on confond souvent avec la sexualité.” Et voilà comment naît un bon gros cliché sexiste. Car, note la spécialiste, “l’homme qui joue de sa sexualité, renvoie une image de conquérant. La femme, elle, ne serait qu’une ‘bouffeuse’, prompte à attraper le premier mâle qui passe dans ses filets.”

 

2) Les femmes chefs, ces tyrans

Aux dernières nouvelles, la présence du gène “Dame de fer” n’est pas systématiquement décelable dans l’ADN des femmes de pouvoir, et toutes ne sont pas des Margaret Thatcher en puissance. Même si “certaines peuvent l’être, reconnaît Sophie Cadalen, la plupart reflètent malgré elles une image de femmes dures et intransigeantes du fait de leur position sociale. On imagine que si elles sont au pouvoir, c’est parce qu’elles ont les dents longues. Là aussi, ne pas confondre le fait d’être battante avec l’image de mère fouettarde.” Pas gagné, d’autant que le cliché est également relayé par les autres femmes subalternes. 

 

3) Femmes de pouvoir, femmes complexées

L’époque a changé, les mentalités évoluent. Fini de croire que toutes les femmes atterrissent dans les plus hautes sphères de l’État, poussées par un complexe d’infériorité. Au contraire, comme chez les hommes, la vocation politique féminine répond bien souvent à des convictions et ambitions personnelles.

 

4) Elles ont couché pour réussir

Toutes les femmes politiques ne sont pas séduisantes, ni même séductrices”, souligne Sophie Cadalen. Si l’on en croit la psychanalyste, la séduction serait même encombrante pour la plupart d’entre elles. “Aujourd’hui, être séduisante est devenu compliqué. Prenons l’exemple de Rachida Dati et NKM, longtemps accusées de trop en faire. Mais la question est: en font-elle vraiment trop, si on les compare à un Jack Lang toujours tiré à quatre épingles?” Et puis, entre la séduction de tous les jours et le soupçon de promotion canapé, il y a un très grand pas, qui s’appelle un cliché sexiste.

 

Et si on supprimait les hommes des photos officielles?

Les hommes de pouvoir supprimés des photos officielles par ELLE UK (capture d’écran)

 

5) Des mères sacrifiées par le pouvoir

Mais qui va garder les enfants?”, s’interrogeait Laurent Fabius, suite à l’annonce de la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007. Si tout homme ou femme politique doit situer ses priorités et se résoudre à quelques aménagements dans sa vie familiale, l’éternelle question demeure: pourquoi est-il demandé aux femmes d’assumer tous ces choix, pendant que l’homme poursuit tranquillement ses objectifs?

 

6) Là pour remplir un quota

Certes, le système des quotas a permis à certaines de mettre le pied à l’étrier plus vite que prévu. Mais à un certain niveau de pouvoir, l’argument ne tient plus et s’écroule de lui-même. Non seulement parce que la pratique du pouvoir requiert des qualités intrinsèques, mais aussi parce que la grande majorité des femmes politiques sont soumises, comme les hommes, au résultat électoral. Quota ou pas, celles-ci ne peuvent donc perdurer sans l’assentiment des électeurs.

 

7) Ce sont des intrigantes

Il est vrai que pour se maintenir à un certain niveau de pouvoir, il faut en maîtriser les codes. “Le travail et les capacités intellectuelles ne suffisent plus”, insiste Sophie Cadalen. Il faut savoir se montrer habile, doué pour développer accointances et soutiens, accepter de jouer un jeu parfois impitoyable. Pour autant, la seule intrigue ne permet pas de se maintenir au pouvoir sur le long terme. Et les hommes n’ont rien à envier aux femmes sur ce plan-là.

 

8) Elles sont masculines

Peut-être le plus grand préjugé qui poursuit les femmes de pouvoir. Sous prétexte qu’elle évoluent dans un milieu masculin, toutes se comporteraient comme des hommes. Or, le pouvoir n’est pas indissociable de la testostérone: les femmes, aussi, peuvent être des guerrières! Seulement, aujourd’hui, “plus elles en veulent, et plus cela leur est reproché. Comme si en vouloir était un sentiment indécent, réservé uniquement aux hommes”, regrette Sophie Cadalen.

Carine Bekkache


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House of Cards © Netflix - Cheek Magazine
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