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Article réalisé en partenariat avec la Fondation L'Oréal pour les femmes et la science

8 femmes scientifiques qui vont peut-être sauver le monde

Chaque année, la Fondation L’Oréal pour les femmes et la science décerne des bourses à de jeunes chercheuses pleines d’avenir. On les a rencontrées. 

3% seulement des prix Nobel scientifiques ont été attribués à des femmes. 67 % d’Européens pensent que les femmes n’ont pas les capacités pour mener une carrière scientifique de haut niveau. Révélés à la rentrée, les résultats de l’étude Change The Numbers, qui portait sur la représentation des femmes dans les milieux scientifiques, sont flippants. Et la fondation L’Oréal, commanditaire du sondage, veut tout mettre en œuvre pour changer la donne. 

Depuis 2007, cette fondation d’entreprise développe plusieurs programmes pour encourager la percée des femmes dans les milieux scientifiques: elle a par exemple mis en place le programme For Women in Science, mené conjointement avec l’Unesco, qui récompense chaque année cinq éminentes femmes scientifiques et encourage de jeunes chercheuses grâce à des bourses. Les 20 lauréates 2015, des doctorantes ou post-doctorantes sélectionnées par un jury indépendant parmi plus de 821 candidates, sont venues à la rencontre des journalistes début octobre, pour parler de leurs passionnants travaux. Nous avons rencontré huit d’entre elles. 

 

Anaïs Orsi, 34 ans: documente le réchauffement climatique en Antarctique

Anaïs Orsi boursière fondation l'oréal antarctique scientifique

DR 

Tes recherches expliquées aux nuls?
Aujourd’hui, on a un réchauffement climatique. Moi, je m’intéresse aux régions polaires car, en mesurant la température de la glace en Antarctique, on arrive à savoir quelle était la température il y a 50, 200 ans, ou au dernier âge glaciaire. Je peux par exemple vous dire qu’en Antarctique de l’ouest, on a pris un degré et demi en cinquante ans. Et au nord du Groenland, trois degrés ces trente dernières années.

Quels risques impliquent ce réchauffement?
Il y en a plusieurs mais par exemple, quand la glace des régions polaires fond, ça fait augmenter le niveau de la mer. Si l’on fait tout fondre en Antarctique, l’élévation potentielle est de 70 mètres. Pour vous donner une idée, avec une élévation de 50 centimètres seulement, on perdrait déjà la moitié de la Floride!

Une découverte scientifique que tu aimerais connaître de ton vivant?
Je pense que ce qui aiderait l’humanité, c’est de pouvoir prendre des décisions de manière rationnelle. Aujourd’hui, on décide encore trop en fonction de ses peurs ou de son bagage culturel. Un outil qui permettrait de décider autrement, je pense que ça changerait complètement le monde.

Un modèle féminin scientifique?
Dans mon domaine, il y a une Danoise qui s’appelle Dorthe Dahl-Jensen. Elle a une cinquantaine d’années et c’est l’une des premières femmes glaciologues. Elle est désormais directrice de son labo au Danemark et elle le gère comme une grande famille où tout le monde se sent bien. C’est à la fois un super modèle de leadership et un super modèle scientifique.

 

Anahi Molla-Herman, 33 ans: tente de comprendre les causes de la stérilité

 Anahi Molla Herman boursière fondation L'Oréal femme scientifique laboratoire

DR

Tes recherches expliquées aux nuls?
Dans notre laboratoire, on s’intéresse à la naissance des cellules qui vont mener à la formation de l’œuf. On utilise la drosophile comme modèle: la drosophile, c’est la petite mouche du vinaigre que vous avez dans les fruits chez vous. Ce sont un peu vos ennemies mais pour nous, elles sont très utiles car elles atteignent leur maturité en 10 jours, ce qui nous permet de répondre rapidement aux questions que l’on se pose. En étudiant leur génome, on essaie de comprendre les mécanismes qui mènent à la stérilité.

La découverte scientifique marquante de notre génération?
Celle des ARN, qui sont en quelque sorte le système immunitaire du génome, découvertes il y a dix ans. Je suis très contente de vivre cette période d’avancées qui est très excitante. Les nouvelles technologies, et la bio-informatique en particulier, y sont pour beaucoup dans ces progrès.

Une découverte que tu aimerais connaître de ton vivant?
Il y a eu beaucoup de cancers dans ma famille, alors j’aimerais vraiment que ça devienne une maladie comme une autre. Qu’on puisse le soigner sans les effets secondaires qui créent des ravages. Et puis, depuis toute petite, je rêve aussi de téléportation… Mais ça, ce n’est pas dans mon domaine, je le laisse à mes collègues physiciennes et mathématiciennes. (Rires.

Un modèle féminin scientifique?
Vu que je suis à l’institut Curie, je trouve évidemment Marie Curie épatante. Elle était entourée d’hommes, ce qui a dû forger son caractère -une femme très froide, mais elle n’avait pas tellement le choix. Elle avait laissé de côté sa part de féminité par obligation, d’ailleurs elle-même trouvait que ce n’était pas une bonne chose de prendre soin de soi. Dans mon unité, il y a une femme qui s’appelle Edith Heard, elle est extrêmement belle, charmante, très intelligente et dynamique, elle est aussi maman de deux enfants. C’est un modèle à suivre pour nous en tant que femmes scientifiques et jeunes mamans.

Un modèle féminin non scientifique?
J’aime beaucoup Julian Moore et Patricia Arquette, deux actrices engagées, avec de fortes personnalités.

 

Florie Reynaud, 30 ans: travaille sur la naissance des neurones

Florie Reynaud boursière L'Oréal femme scientifique laboratoire

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Tes recherches expliquées aux nuls?
J’étudie le développement du système nerveux central de l’embryon -cerveau et moelle épinière- pendant la grossesse. Je travaille plus particulièrement sur la naissance des neurones, une période très particulière.

Quelles sont les applications directes de tes recherches?
À court terme, apporter plus de compréhension sur la façon dont le cerveau se met en place. Sur le long terme, l’idée est de mettre en lumière de nouvelles molécules, qui pourraient être utilisées pour traiter les maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. Mais aussi pour des patients victimes de lésions, notamment de moelle épinière ou cérébrales, qui surviennent suite à un accident de la route. Actuellement, il n’y a aucun traitement.

Une découverte que tu aimerais connaître de ton vivant?
Si je voyais justement l’une de ces molécules passer au stade de traitement à proprement parler, ce serait parfait! Mais ce sont des recherches qui prennent beaucoup de temps car, même une fois découvertes, ces molécules doivent subir des études cliniques avant d’arriver jusqu’à l’homme. C’est très règlementé.

Un modèle féminin scientifique?
Il y a quelques années, j’ai repris mes études. À cette occasion, j’ai été énormément coachée, motivée et encouragée par ma cheffe, Valérie Castellani, dont j’étais à l’époque l’une des techniciennes. Je lui dois beaucoup. C’est vrai qu’en tant que femmes dans les sciences, on manque de confiance en nous, je le vois avec les autres lauréates. Avoir des gens derrière nous quand on débute, c’est très important.

 

Anne-Caroline Chany, 32 ans: utiliser des anti-cancer issus d’une éponge marine

Anne-Caroline Chany boursière fondation L'Oréal femme scientifique laboratoire

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Tes recherches expliquées aux nuls?
Je travaille sur la recherche de composés qui présentent des propriétés anti-tumorales. Ces composés sont naturellement isolés d’une éponge marine qui les produit en très petite quantité, et ce n’est pas suffisant pour effectuer toutes les évaluations biologiques nécessaires. En tant que chimistes, on doit développer des méthodes simples pour pouvoir accéder à ce composé-là en quantité suffisante. Dans quelques années, on espère aboutir à un nouveau traitement contre le cancer.

La découverte scientifique marquante de notre génération?
Cette molécule, le péloruside A, a été isolée de l’éponge en 2000. Il y a eu ces dernières années énormément de progrès sur les traitements anti-cancer et si on arrivait à avoir des médicaments efficaces tout en diminuant les effets secondaires, ce serait vraiment formidable. 

Une découverte que tu aimerais connaître de ton vivant?
Des traitements efficaces pour toutes les maladies! (Rires.) Une gélule qui soigne tout, un peu comme le paracétamol ou l’aspirine.

Un modèle féminin scientifique?
LA femme scientifique à laquelle on pense, c’est forcément Marie Curie. J’avais fait un exposé sur elle en première, je m’en souviens bien!

 

Marine Bezagu, 26 ans: cherche de nouvelles méthodes de chimiothérapie

Marine Bezagu boursière fondation L'Oréal femme scientifique laboratoire

DR

Tes recherches expliquées aux nuls?
Les traitements du cancer sont associés à des effets secondaires assez conséquents et mon projet, c’est d’essayer de développer des méthodes pour les atténuer. L’idée de départ était d’encapsuler les molécules qui soignent, et de les déposer directement dans les tumeurs, sans qu’il y ait de contact avec les tissus sains. Pour ça, on associe un véhicule -des capsules assez petites pour pouvoir naviguer dans les canaux sanguins- et une télécommande à distance qui fonctionne avec des ultrasons (Ndlr: On n’est pas loin du film de science-fiction 60’s Le Voyage fantastique, où des médecins miniaturisés étaient envoyés dans le corps humain). Aujourd’hui, on va encore plus loin et au lieu de véhiculer une molécule déjà toxique, on essaye de véhiculer un précurseur, et d’assembler la molécule finale, celle qui va traiter le patient, seulement dans la tumeur. En gros, l’idée c’est de faire du bricolage local.

La découverte scientifique marquante de notre génération?
J’en vois tous les jours, même si ce ne sont pas des recherches forcément connues du grand public. Par exemple, je travaille avec une équipe qui fait de l’imagerie médicale, et ils ont réussi à créer une technologie qui permet de faire 500 images/secondes, ce qui rend possible ma recherche.

Une découverte que tu aimerais connaître de ton vivant?
La téléportation. On est dans un tel phénomène de mondialisation qu’on a envie de tout connaître. Plus on fait de voyages et plus on a envie d’en faire.

Un modèle féminin scientifique?
Je travaille depuis près de 7 ans à l’ESPCI, où Marie Carie a découvert le radium, donc c’est difficile de ne pas la citer. Dans mon parcours personnel, je pense aux chercheuses qui m’avaient accueillie en troisième dans leur laboratoire de chimie pour le fameux stage en entreprise. Elles m’ont transmis leur passion et m’avaient dit “rendez-vous dans 10 ans”.

Un modèle féminin non scientifique?
Peut-être notre ministre de l’éducation actuelle, Najat Vallaud-Belkacem. Elle est jeune, c’est un beau modèle de carrière et de progression.

 

Orianne Dumas, 28 ans: cherche les corrélations entre l’asthme et les produits de nettoyage 

Orianne Dumas boursière fondation L'Oréal femme scientifique livre asthme

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Tes recherches expliquées aux nuls?
L’épidémiologie, c’est l’étude des facteurs qui influencent la santé dans les populations. Moi, je cherche à connaître les produits qu’on utilise à domicile ou dans certains milieux professionnels pour la désinfection, qui représentent un risque pour l’asthme. On sait par exemple que, parmi les produits de grande consommation, tout ce qui est vendu sous forme de spray n’est pas génial, car ça augmente l’inhalation des produits chimiques. Mais tout ça est encore à l’étude et l’on doit mieux comprendre quels sont les produits à risques, car on ne peut quand même pas conseiller aux gens de ne plus faire le ménage. (Rires.) Et puis dans les hôpitaux par exemple, il est important de pouvoir continuer à désinfecter sans risque.

La découverte scientifique marquante de notre génération?
C’est difficile à dire, car la science avance par étapes… Mais je sais qu’il y a de nouveaux traitements pour le cancer par exemple, et ça me touche personnellement car j’ai perdu ma mère d’un cancer ovarien il y a six mois. On parle aussi de plus en plus dans la recherche de notre microbiote, c’est à dire toute la flore microbienne qui nous colonise. Et sans être forcément une découverte, ça ouvre un champ de recherches super intéressant.

Un modèle féminin scientifique?
Je travaille avec beaucoup de femmes, car la santé est un milieu assez féminin: elles ne sont pas toujours aux postes de direction, mais mes deux directrices de thèse, Francine Kaufmann et Nicole Le Moual, étaient des femmes, et c’était très important pour moi d’avoir ces modèles-là. 

Un modèle féminin non scientifique?
Là tout de suite, je pense à Natalie Portman. J’ai découvert récemment qu’elle avait fait Harvard, où je suis allée en post-doctorat. Je trouve que c’est un modèle de femme qui a réussi sur plein de tableaux différents.

 

Caroline Midonet, 28 ans: travaille sur la bactérie responsable du choléra

Caroline Midonet boursière Fondation L'Oréal femme scientifique tableau noir

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Tes recherches expliquées aux nuls?
Le message principal à retenir, c’est que les bactéries évoluent assez vite, car elles sont capables de “capter” du matériel génétique venant de l’extérieur. Elles peuvent par exemple se mettre à résister à des antibiotiques. L’un des moyens pour qu’elles y parviennent, c’est qu’elles soient infectées par certains virus qui s’attaquent spécifiquement aux bactéries et qui s’appellent les phages. Ces derniers incorporent leur ADN dans le chromosome de la bactérie, et du coup ça fait des gènes supplémentaires pour la bactérie. Moi, je travaille sur le cas le plus étudié dans le domaine scientifique, à savoir la bactérie responsable du choléra.  

La découverte scientifique marquante de notre génération?
Bon, ce n’est pas une découverte de notre génération, mais celle de l’ADN me semble très importante. Les gens pensent que Watson et Crick en sont les découvreurs, alors qu’officieusement c’était une femme, Rosalind Franklin

Une découverte que tu aimerais connaître de ton vivant?
Réussir à contourner les mécanismes de résistance aux antibiotiques, car ça commence à poser des problèmes en termes de santé. Des pistes sont étudiées et l’une d’entre elle me semble assez prometteuse: la phagothérapie. Elle est déjà utilisée pour certaines maladies dans les pays de l’Est.

Un modèle féminin scientifique?
J’ai plutôt des hommes en tête. Je n’ai jamais vraiment réussi à m’identifier à une femme jusqu’à présent. Quand j’étais à la fac, un homme, Guennadi Sezonov, a vraiment cru en moi et je lui en suis très reconnaissante. Il m’a poussée à tenter des choses compliquées.

 

Laura Bernard, 26 ans: mieux comprendre le fonctionnement de l’univers

Laura Bernard boursière fondation L'Oréal femme scientifique

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Tes recherches expliquées aux nuls?
J’étudie la théorie de la relativité générale. La théorie de la force gravitationnelle, celle de Newton, qui fait que les pommes tombent, fonctionne bien dans tout le système solaire et grâce à elle, on arrive plutôt bien à prévoir le mouvement des planètes. Mais, à plus grande échelle, ça marche moins bien. Pour améliorer cette théorie, il faut utiliser celle de la relativité générale, proposée par Einstein.

Concrètement, ça sert à quoi?
C’est de la recherche fondamentale, il n’y a pas d’application directe. Mais, par exemple, quand Einstein a proposé la théorie de la relativité générale, il ne pensait pas non plus à une application et aujourd’hui, le GPS en est une. Le but de mes recherches, c’est de mieux comprendre le fonctionnement et la composition de notre univers.

La découverte scientifique marquante de notre génération?
Celle du boson de Higgs, dont on a beaucoup parlé dans les médias. C’est intéressant car une théorie a prédit l’existence de cette particule, mais on ne l’a vraiment découverte que 50 ou 60 ans plus tard. Généralement c’est l’inverse, on découvre quelque chose et on essaie de l’expliquer ensuite par la théorie.

Une découverte que tu aimerais connaître de ton vivant?
Celle de la matière noire. On suppose son existence par le mouvement des galaxies, mais on n’est toujours pas capables de la découvrir.

Un modèle féminin scientifique?
Je n’ai pas beaucoup de modèles féminins, car il y a peu de femmes dans mon domaine… C’est un peu bateau mais Marie Curie est assez impressionnante: elle a découvert des choses exceptionnelles et a réussi à s’imposer dans un univers purement masculin.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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