cheek_societe_habillage_desktop

société

Dossier La génération Y et l'amour / En partenariat avec le CFPJ

Et toi, tu sais pourquoi tu te maries?

Alors qu’un mariage sur trois se termine par un divorce, 241 000 couples se sont dit oui en 2013. Loin d’être tombée en désuétude, cette institution, désormais élargie aux couples homosexuels, reste la meilleure forme d’union pour la majorité des Français. Mais, qu’est-ce qui pousse les couples à se passer la bague au doigt au XXIème siècle?  
DR
DR

DR


Le mariage est la cause principale de divorce”, ironisait Oscar Wilde. Si ces mots sont plus actuels que jamais, le constat est toutefois sans appel: au XXIème siècle, le mariage n’est pas devenu old school. Au contraire. “On se marie parce qu’on s’aime”, “on se marie pour s’engager”, “on se marie pour dynamiser notre couple”… Les motivations varient d’un couple à l’autre, mais il y a fort à parier que les réponses auraient été les mêmes si la question avait été “pourquoi vous pacsez-vous?” ou “pourquoi souhaitez-vous un enfant?” Alors, pourquoi se marier?

Pour la sociologue Florence Maillochon, chercheuse au CNRS, “les gens sont souvent incapables d’expliquer pourquoi ils se marient. On est en couple, on se marie, c’est normal”. Ainsi, si deux tiers des Français estiment que le mariage est la forme d’union la plus souhaitable, c’est avant tout parce qu’il s’agit “d’une pratique traditionnelle ancrée dans l’imaginaire collectif”.

Première hypothèse: on se marie par mimétisme.

“Le Pacs c’est un bout de papier.”

Contrairement à une idée reçue, l’engouement pour le Pacs, dont le nombre a triplé en l’espace de huit ans, ne s’est pas fait au détriment du mariage. Iris, 32 ans, infirmière, qui a épousé Marc après neuf ans de vie commune, est catégorique: “Un Pacs pour moi, c’est un bout de papier pour se simplifier la vie d’un point de vue administratif. Le mariage est bien supérieur en terme d’engagement.” Un avis partagé par Valérie, 26 ans, serveuse dans une brasserie, venue avec ses copines trouver LA tenue de ses rêves dans une boutique du 18ème arrondissement de Paris. “Un Pacs, c’est pas solennel. J’ai envie de pouvoir dire que Nicolas est mon mari et non plus mon copain ou mon conjoint. Ça fait plus sérieux”, ajoute-t-elle en enfilant une robe de princesse un brin meringue. OK, mariage: 1, Pacs:0.

Officialiser son amour

On croit souvent que les couples qui choisissent de se marier reproduisent un schéma familial. Aude, jeune architecte de 28 ans en pleins préparatifs, reconnaît que c’est un peu son cas: “Nos parents sont mariés depuis plus de trente ans, ils sont un modèle pour nous.” Mais attention aux raccourcis rapides. Les enfants de divorcés peuvent eux aussi décider de sauter le pas, à l’instar de Nicolas, 30 ans, qui a épousé Julie l’été dernier. “Le mariage de mes parents a été un fiasco, mais j’avais envie que notre amour ait un statut, que nous soyons mari et femme aux yeux de l’État et aux yeux des autres”, précise le jeune entrepreneur à l’accent marseillais. Officialiser son amour, c’est exactement ce qui rebute Tom, 34 ans: “J’aime Jeanne mais je refuse que l’État vienne mettre son nez dans notre vie privée.”

Deuxième hypothèse: on se marie (aussi) pour les autres.

On se marie quand on est une femme accomplie et plus pour devenir la “femme de”.

Esprit de contradiction oblige, si le mariage est redevenu une option attirante pour les couples, c’est qu’il “n’est plus nécessaire”, s’amuse Florence Maillochon. En 2015, ce n’est plus une obligation sociale ni un passage obligé vers l’âge adulte. Qu’on est loin du mariage arrangé de nos arrière-grands-mères! Pourtant, il reste une valeur forte aux yeux de nombreux Français. Ainsi, Aude estime que si les femmes se marient plus tard, lorsque leur carrière est bien avancée, “l’engagement est encore plus fort”. Elles se marient quand elles sont des femmes accomplies et plus pour devenir “femmes de”. Mais, en ce qui la concerne, c’est aussi sa foi qui a guidé son choix:  “La dimension religieuse est très présente dans notre décision de s’engager pour la vie”, reconnaît-elle. Alors qu’autrefois il était une norme imposée, le mariage est aujourd’hui à l’inverse considéré comme “une façon de se différencier des autres couples qui, eux, n’osent pas s’engager”, ajoute la sociologue.

Troisième hypothèse: on se marie parce qu’on a le choix.

L’institution millénaire a d’ailleurs connu récemment une petite révolution: depuis mai 2013, les couples de même sexe peuvent eux aussi s’unir pour le meilleur et pour le pire.

 

Le mariage en France en chiffres

Sources Insee et Xerfi

 

Mariage pour tous, mariage (pas si) moderne

Le mariage pour tous va-t-il donner un coup de jeune à cette institution traditionnelle? Oui, pour le sociologue Christophe Giraud, qui estime que “le mariage entre personnes du même sexe va changer l’image de cette institution de façon positive”. On manque encore de recul pour le vérifier dans les faits. On sait juste que depuis l’entrée en vigueur de la loi en mai 2013, plus de 7000 engagements matrimoniaux entre personnes du même sexe ont été enregistrés. Toutefois, Florence Maillochon remarque que “loin de bousculer les codes, les mariages homosexuels reprennent à la lettre les codes du mariage traditionnel”. En résumé, on se marie parce que c’est moderne tout en restant traditionnel.

Un engagement à vie, vous trouvez ça rassurant?  Le mariage, c’est flippant.

Mais modernité rime aussi avec précarité. Et le mariage pourrait bien être un moyen de préserver un peu de sécurité face à la crise. Un cliché vite balayé par Florence Maillochon: “Si on regarde les chiffres, l’évolution du nombre de mariages ne suit pas les fluctuations économiques.” On ne se marie donc pas plus en temps de crise pour assurer ses arrières. Toutefois, elle note que “les couples qui se marient sont rarement dans des situations économiques précaires”. C’est sûr, les chômeurs décident plus rarement de se marier que les cadres sup. Iris, qui a un emploi stable, souligne cependant qu’il est “rassurant de se marier, dans un monde où la précarité grandit”. Mais Aude, elle, s’insurge contre l’idée d’un “mariage sécurité”: “Un engagement à vie, vous trouvez ça rassurant?  Le mariage, c’est flippant. À la limite, c’est structurant, mais rassurant, sûrement pas!

La cinquième hypothèse tombe à l’eau, on ne se marie pas pour s’assurer contre la crise économique.

On signe un contrat?

Sur le plan juridique en revanche, “le mariage est ce qu’il y a de plus sécurisant pour l’époux”, insiste Marina, clerc de notaire. Elle prend l’exemple d’un couple de concubins ayant acheté un appartement: “Si l’un des deux décède, l’État prélève 60% de droits de succession.” Les couples mariés en sont exemptés et ils ont le choix entre trois contrats de mariage différents. Pourtant, très peu y ont recours et vivent donc automatiquement sous la communauté des biens réduite aux acquêts.

En effet, Marina rappelle qu’un “contrat n’est intéressant que dans les cas où les deux époux ont un patrimoine très différent ou quand l’un des deux a une entreprise”. C’est le cas d’Aude, en profession libérale, qui a rendez vous chez le notaire avec son fiancé la semaine prochaine. “Nous allons signer un contrat de séparation des biens. Si ma boîte s’effondre, je ne veux pas que Pierre-François en paye les conséquences”, explique-t-elle.

Sixième hypothèse: on se marie pour ne pas payer de droits de succession (et au diable le romantisme).

Moi, moi, moi… et mon couple

Mais si le mariage reste un engagement contractuel, il est aussi (surtout ?) un moyen d’attirer les regards sur soi et son couple. Eh oui, le mariage n’est pas épargné par “la dérive narcissique” de notre société, explique Florence Maillochon. Les futurs époux préparent le jour J plus d’un an à l’avance pour ce qui est devenu le moyen de mettre en scène son couple et d’afficher une harmonie la plus parfaite possible.

Tout le monde veut organiser un mariage unique, différent”, note la sociologue. Et contrairement aux idées reçues, les hommes ne sont pas en reste, selon Chris, fondatrice de la maison Chris Von Martial. “Eux aussi veulent un vêtement unique pour leur mariage”, observe-t-elle. Certains déboursent des sommes importantes, “comme ce client qui a acheté deux costumes à 2000 euros chacun, un pour la mairie et l’autre pour l’église”, s’amuse-t-elle. Pas si étonnant quand on connaît les sommes dépensées par les futurs époux pour célébrer leur union. Une étude Xerfi datée de 2013 a montré que le budget moyen d’un mariage s’élève à 14000 euros.

On va manger des pâtes pendant un an mais notre mariage sera canon.

Une coquette somme en ces temps de disette budgétaire. Si les couples peuvent dépenser autant, c’est aussi parce qu’ils se passent la bague au doigt plus tard, à 32 ans pour les hommes et 30 ans pour les femmes, d’après l’Insee. Pas question de lésiner sur les moyens pour le D-Day! Un choix assumé par Valérie: “On va manger des pâtes pendant un an mais notre mariage sera canon”, s’exclame-t-elle avec un grand sourire.

Septième hypothèse: on se marie pour se mettre dans la peau de Kate Middleton un jour dans sa vie.

Une tradition difficile à renouveler

Mais malgré tous les trésors d’imagination déployés par les futurs époux pour se différencier, soyons honnêtes, tous les mariages se ressemblent. “Il y a toujours une mise en scène stéréotypée du prince et de sa princesse”, observe Florence Maillochon. La robe blanche, les témoins, le cadre, les discours: tous les codes sont respectés à la lettre.

Même les cérémonies laïques “qui se voulaient différentes et originales réincorporent les rites religieux”, indique la sociologue. On mesure combien moderniser un rite profondément ancré dans la tradition relève de la mission impossible. Bien sûr, l’institution a évolué et on ne se marie plus pour les mêmes raisons que nos grand-mères. Mais sur la forme, difficile de se passer de la robe de princesse, du curé et de la pièce montée. Mais après tout, comme disait tante Josette, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.

Constance de Cambiaire


4. Avec Empow'Her, Soazig Barthélémy aide les femmes à devenir entrepreneures

Sensible aux questions d’égalité femmes-hommes, Soazig Barthélémy a découvert le monde de l’entrepreneuriat féminin alors qu’elle n’était encore qu’étudiante. Depuis, sa boîte Empow’Her propose outils et formations aux femmes qui souhaitent lancer leur entreprise, partout dans le monde. 
DR - Cheek Magazine
DR