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Anoushka veut faire bander les femmes (et les hommes) avec son porno éthique et féministe

Sur les traces d’Ovidie et d’Erika Lust, la réalisatrice Anoushka, 34 ans, lance notasexpert.com, un site porno “éthique et esthétique” ayant pour ambition d’exciter -en beauté- aussi bien les femmes que les hommes. 
Anoushka, DR
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Fellation. Pénétration vaginale. Sodomie. Éjac’ faciale. Si vous en avez ras-le-bol du scénario tradi du porno proposé sur YouPorn ou PornHub, le site d’Anoushka -c’est son pseudo et elle ne souhaite pas donner sa véritable identité- devrait vous plaire. À 34 ans, cette jeune femme originaire de Metz vient de lancer notasexpert.com, un site de “porno éthique et esthétique”.

Passionnée par l’art et le cinéma, Anoushka y a consacré ses études avant de bosser à la télévision à Luxembourg -écriture de programmes, montage- puis d’intégrer la boîte de production French Lover TV. Elle y fait la connaissance d’Ovidie qui, à l’époque, bosse là-bas. “C’est comme ça que j’ai découvert l’univers du porno féministe, éthique et respectueux”, précise Anoushka qui a notamment travaillé comme directrice de production sur Une nuit sans fin et XGirl contre Supermacho, deux films réalisés par Ovidie pour Canal+. 

Après cette expérience, Anoushka a eu envie de se lancer dans la réalisation et de “faire [s]es propres films en partageant les mêmes valeurs”. Voilà comment cette trentenaire s’est retrouvée “un peu par hasard” dans le milieu du porno. La jeune femme, décrite par Ovidie comme “une fille sincère dans ce qu’elle fait” propose donc sur notasexpert.com une alternative au “porno mainstream”. Pour 15 euros, vous pouvez louer, pour une durée d’un mois, deux films et deux interviews bonus des acteurs/actrices. Prisme féministe, attention portée au plaisir féminin mais aussi au réalisme des scènes de cul, Anoushka s’inscrit dans le renouveau du porno. Entretien. 

 

Qu’est-ce qui t’a poussée à te lancer dans le porno?

Il y a d’abord le fait d’avoir travaillé avec Ovidie et de voir le boulot qu’elle faisait. Et puis, je trouve important que les femmes s’investissent dans ce secteur-là, j’ai eu envie de proposer ma vision du porno, de créer mes propres productions, et notamment de mettre les codes du cinéma traditionnel au service du porno féministe. Je souhaitais proposer quelque chose de différent et d’authentique pour casser les codes du porno mainstream, en finir avec les séquences mécaniques orientées sur la performance.

C’est un porno qui ne prend pas les hommes pour des gros beaufs et les femmes pour des bouts de viande.

Tu défends un porno éthique et esthétique, c’est quoi exactement?

Le porno éthique, c’est respecter les acteurs, ne pas séquencer l’acte sexuel comme c’est beaucoup fait dans le porno mainstream, ne pas leur imposer telle ou telle position durant le tournage. Finalement, c’est regarder le porno avec les yeux d’hommes et de femmes de tous les jours. Les gens oublient que le sexe peut être un formidable moment d’alchimie avec son partenaire, c’est un instant de partage et, dans mes films, j’essaie de faire en sorte que les couples se parlent et je prends le temps de montrer les préliminaires. Dans le porno mainstream, il n’y a même plus de script, plus de création d’ambiance. Par exemple, dans l’un de mes films, j’ai filmé une fellation en clair obscur, c’est suggéré, on ne voit pas vraiment ce qu’il se passe et c’est ça que je trouve super excitant. 

Anouska veut faire bander les femmes (et les hommes) avec son porno éthique et esthétique

Capture d’écran du film d’Anoushka, Papillon de nuit

À qui s’adressent tes films?

À tout le monde, autant aux hommes qu’aux femmes! C’est un porno qui ne prend pas les hommes pour des gros beaufs et les femmes pour des bouts de viande. Ça s’adresse aux gens qui en ont marre de voir du trash, qui veulent du sexe non stéréotypé, de l’authenticité, qui aiment qu’on prenne le temps de sublimer le désir de la femme et de l’homme. 

J’ai envie d’un porno qui ressemble au vrai sexe, où tout n’est pas stéréotypé et joué d’avance.

L’industrie du porno a été profondément bouleversée par l’arrivée des “tubes”, comment envisages-tu l’avenir dans ce milieu?

Je crois en l’humain et je pense que les gens vont finir par être lassés des films de plus en plus trash diffusés sur les tubes (Ndlr: sites de vidéo porno gratuits). Je suis persuadée que certains sont prêts à payer pour un porno de qualité avec une vraie histoire, et une attention portée aux détails. Le porno que je fais, comme celui d’Ovidie ou d’Erika Lust, n’est pas voué à finir à la poubelle à cause des tubes. 

Le porno manque la plupart du temps cruellement de réalisme, c’est l’un de tes objectifs de le rendre plus proche de la réalité?

Oui, j’ai envie d’un porno sans positions acrobatiques -que seuls les acteurs pornos savent faire-, un porno qui ressemble au vrai sexe, où tout n’est pas stéréotypé et joué d’avance, où la femme peut prendre les choses en main et où l’on montre son plaisir. 

Anouska veut faire bander les femmes (et les hommes) avec son porno éthique et esthétique

La réalisatrice Anoushka avec l’une de ses actrices, Julie

Qu’est-ce que les femmes peuvent apporter au porno selon toi? 

Je pense justement que les femmes peuvent avoir ce regard beaucoup plus réaliste, plus esthétique et moins cliché. Le porno fait par des femmes est aussi, du coup, fait pour les femmes, en tout cas plus que le porno mainstream ne l’est. Pour ma part, j’attache beaucoup d’importance au script et je préfère de loin filmer les visages pendant l’orgasme que la pénétration en gros plan. 

Quelle est la place du plaisir féminin dans le porno aujourd’hui, et quelle devrait être sa place?

Dans le porno mainstream, le plaisir féminin est souvent mis de côté, tout est très phallocentré: par exemple, la scène va débuter par une fellation et pas par un cunnilingus. Il faut toujours l’érection de l’homme pour commencer un porno classique. Quand je demande aux hommes ce qui leur plaît, c’est de voir l’autre kiffer et prendre son pied donc le plaisir féminin devrait avoir une place beaucoup plus importante. 

Notasexpert.com a-t-il vocation à concurrencer Jacquie et Michel?

(Rires.) On n’est pas vraiment sur le même créneau, je préfèrerais que mon site concurrence les films d’Erika Lust, ce serait déjà pas mal! Si je dois me fixer un objectif, c’est celui d’atteindre une petite partie de son niveau. 

Propos recueillis par Julia Tissier


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