société

Reportage

Au Mexique, la génération Y fait renaître Tijuana

La célèbre ville-frontière entre le Mexique et les États-Unis n’est plus seulement un lieu de débauche pour gringos ni un terrain d’affrontement pour les cartels. Depuis quelques années, la génération Y se réapproprie ses rues: voici 7 jeunes à suivre à Tijuana.
© Myriam Levain pour Cheek Magazine
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Jorge Guevara, Lilia Montijo, José Sanchez, journalistes au San Diego Red

 

Tous les trois nés dans le Tijuana des années 80, ils ont vu leur ville changer, pour le meilleur et surtout pour le pire dans les années 2000, quand la violence des cartels avait fait de Tijuana une ville-fantôme. “En classe, des élèves disparaissaient du jour au lendemain pour aller s’installer de l’autre côté de la frontière à San Diego, car tout le monde avait peur des enlèvements”, se souvient Lilia Montijo. Pendant de longues années, la ville reste endormie, jusqu’au jour, où, en 2009, lassés de n’être qu’un paradis cheap pour Américains éméchés, quelques jeunes ouvrent un bar pour la clientèle locale, puis un deuxième, puis un troisième… “Ça a marché, quelques personnes ont investi et embauché, il a commencé à y avoir des soirées, des concerts, on avait envie de vivre normalement”, poursuit Jorge Guevara.

“Les années noires sont derrière nous.”

C’est pour couvrir cette actualité touristique et culturelle que José Sanchez rejoint le San Diego Red, un site d’infos sur la région lancé par Ramon Toledo, qu’il qualifie lui-même de start-up et dont l’équipe a entièrement moins de 35 ans. Enthousiastes et motivés pour faire découvrir le dynamisme de leur ville, les trois journalistes ne nient pas qu’il existe encore de nombreux problèmes -prostitution, trafic de drogue et immigration illégale restent omniprésents- mais sentent que les “années noires” sont derrière eux et qu’une nouvelle page s’ouvre pour “TJ”.

 

Alfonso Jarquin alias Poncho Mapache, patron du bar Urbano

Poncho Mapache founder of Urbano Bar in Tijuana Baja California

© Myriam Levain pour Cheek Magazine 

Même si l’on ne voyage pas beaucoup, Internet est une fenêtre ouverte sur le monde”, lâche Alfonso Jarquin alias Poncho Mapache, qui a lancé l’année dernière le bar Urbano, après avoir géré trois autres établissements, à seulement 29 ans. Slasher assumé, il travaille de jour comme avocat, de nuit comme patron de bar, et il est intarissable sur la ville dans laquelle il a grandi.

“On ne gagne pas encore vraiment d’argent avec ces concepts destinés à une population de hipsters, mais on n’en perd pas non plus, et on est surtout enthousiasmés par l’idée de faire revivre notre ville, pour nous.”

On est nombreux au sein de ma génération à lancer des cafés, des foodtrucks, des restos, explique-t-il. Pour être honnêtes, on ne gagne pas encore vraiment d’argent avec ces concepts destinés à une population de hipsters, mais on n’en perd pas non plus, et on est surtout enthousiasmés par l’idée de faire revivre notre ville, pour nous.” La déclinaison tijuanaise du hipster ressemble à s’y méprendre à la version parisienne ou new-yorkaise. Pas vraiment surprenant à l’heure des réseaux sociaux: la jeune génération ne s’est pas contentée de chercher l’inspiration du côté des malls de San Diego, elle l’a trouvée sur Instagram, YouTube et Airbnb.

 

Derrik Chinn, fondateur de l’agence de tourisme Turista Libre

Derrik Chinn founder of turista libre tijuana

© Myriam Levain pour Cheek Magazine 

Tombé sous le charme de la bordélique Tijuana, miroir inverse de la lisse San Diego où il travaillait comme journaliste, le jeune Américain de 33 ans, “fasciné depuis toujours par la frontière”, décide de s’installer au Mexique en 2007. Lorsque son journal supprime son poste en 2010, il continue de bloguer sur cette ville qu’il connaît comme sa poche et insiste pour que ses amis viennent lui rendre visite le temps d’une visite guidée sur-mesure de “la vraie Tijuana”. Pas celle qui fait la une des journaux américains comme capitale du crime mais celle qui vit et crée frénétiquement.

J’ai construit beaucoup de choses ici, il est possible que je ne parte plus jamais!

De plus en plus régulièrement, des groupes de jeunes munis de leur passeport se mettent à franchir la frontière la plus traversée du monde et Derrik Chinn les attend désormais avec un schoolbus customisé et un concept baptisé Turista Libre. Le jeune homme emmène ses visiteurs d’un jour (étudiants, retraités, enterrements de vie de jeune fille, jeunes mariés…) découvrir le Tijuana alternatif et se débarrasser de leurs préjugés. Avec ses cheveux roux, ses bras tatoués et ses débardeurs, Derrik Chinn détonne. Pourtant, ce natif de l’Ohio parfaitement bilingue en espagnol et devenu une personnalité locale incontournable, ne se sent plus chez lui autre part qu’à Tijuana: “J’ai construit beaucoup de choses ici, il est possible que je ne parte plus jamais!

 

Paola Villaseñor alias Panca, street-artiste

Paola Villaseñor Panca street artist Tijuana San Diego

© Myriam Levain pour Cheek Magazine 

Autre ambassadrice de cette culture “transfronteriza”: la street artiste Panca, devenue en quelques années une célébrité locale pour la jeune génération de Basse-Californie. Née de parents immigrés à San Diego, cette hispano-américaine a fait le choix peu courant de quitter son quartier de Chula Vista pour renouer avec ses racines mexicaines en s’installant à quelques kilomètres de là, en pleine Zona Norte, paradis des springbreakers californiens et haut lieu de prostitution. Avant de déménager au bord de la mer, où elle vit désormais, elle pouvait voir le mur le plus surveillé de la planète depuis sa fenêtre.

“C’est une ville très noire car il y a beaucoup de difficultés, mais il y a une énergie folle, très inspirante, bien plus qu’en Californie.”

Tijuana est la ville la moins mexicaine du pays, on est tellement près des États-Unis, glisse-t-elle en switchant de l’espagnol à l’anglais sans même s’en rendre compte. C’est une ville très noire car il y a beaucoup de difficultés, mais il y a une énergie folle, très inspirante, bien plus qu’en Californie.” Après avoir dessiné sur de nombreux murs de Tijuana, Panca regarde désormais à nouveau de l’autre côté de la frontière. San Diego mais aussi Los Angeles et New York s’intéressent à elle, et la jeune femme de 29 ans développe aujourd’hui des projets pour des galeries.

 

Ruben Lew, pierceur

Ruben Lew body piercer in Tijuana Baja California

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Après avoir vécu à Berlin, Oslo, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande, Ruben Lew est de retour dans sa ville natale, pour sa plus grande joie. Et exerce le même métier qu’il exerçait à l’étranger: celui de pierceur. Ses tarifs attractifs comparés au voisin gringo lui assurent une clientèle californienne prête à traverser la frontière pour diviser le prix d’un piercing par deux. Il en profite pour vanter les mérites de sa région, dont il est fier. “Je suis très actif sur Facebook et Instagram, je veux montrer autre chose de Tijuana, qui est en plein boom.”

On travaille, mais pas trop, on surfe, on profite, en bref on vit!

Surfeur accompli, Ruben Lew commence chaque journée par un tour sur la plage et savoure un mode de vie qu’il estime exceptionnel. “Ici, tout est possible, contrairement aux États-Unis où la liberté est limitée. On travaille, mais pas trop, on surfe, on profite, en bref on vit!

Myriam Levain, au Mexique


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© Myriam Levain pour Cheek Magazine

5. Pourquoi être une femme arbitre de football reste un combat

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7. La pole dance est-elle une pratique féministe?

Hier exclusivement associée aux strip-teaseuses, la pole dance est aujourd’hui en voie de démocratisation. Plus qu’une pratique mainstream, elle fédère les esprits militants.
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