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Autoconservation des ovocytes: à quand la fin des inégalités?

En juin dernier, le Comité d’éthique s’est prononcé contre l’autoconservation des ovocytes “sociétale”, c’est à dire sans motif médical. En France, les hommes peuvent donc congeler leur sperme en cas de risque de baisse de leur fertilité, mais les femmes doivent encore attendre pour obtenir ce droit. Explications.
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L’autoconservation des ovocytes, qu’est-ce que c’est?

C’est une technique médicale -également appelée cryoconservation- qui consiste à prélever chez la femme ses ovocytes puis à les congeler à très basse température (-196°). Grâce à ce procédé, les femmes qui le souhaitent peuvent se libérer des contraintes de l’horloge biologique et reculer l’âge de faire un enfant.

À qui cela s’adresse-t-il?

À l’origine, cette technique a été développée pour permettre aux femmes atteintes de pathologies comme l’endométriose ou le cancer de maximiser leur chance de procréation en cas de risque de baisse de leur fécondité.

Mais de plus en plus de femmes y ont recours pour des raisons non plus médicales mais sociétales. Études longues, carrières prenantes ou difficulté à trouver un homme avec qui fonder une famille: les raisons sont nombreuses pour pousser les femmes à faire ce choix. L’âge du premier enfant est en recul en France, et la “fenêtre de tir” se réduit pour les femmes qui souhaitent devenir mères. L’autoconservation est donc un moyen d’augmenter les chances de tomber enceinte, même tardivement.

Célibataire depuis longtemps, je n’avais plus envie d’attendre de rencontrer un homme pour faire un enfant.

C’est le cas de Capucine. Cette année, elle fête ses 36 ans. Et en septembre, elle va se rendre au Danemark pour faire prélever et congeler ses ovocytes. Cette décision, elle l’a mûrement réfléchie. “C’était l’été de mes 32 ans, je marchais sur une crête, perdue dans mes pensées, et l’idée s’est imposée à moi. Célibataire depuis longtemps, je n’avais plus envie d’attendre de rencontrer un homme pour faire un enfant.” Capucine a pris le temps de se renseigner, s’est assurée du soutien de sa famille, a reporté une fois déjà l’échéance, pour être sûre que le moment serait le bon. Mais cette fois, elle est bien décidée. Une fois la congélation réalisée, elle se donne un an, maximum, pour procéder à l’insémination, avec ou sans homme. Capucine sait que pour elle, comme pour toutes les femmes au-dessus de 35 ans, le temps presse…

Concrètement, comment ça se passe?

Le processus commence par une série de tests pour s’assurer de la fertilité de la femme (prises de sang, échographies). La phase suivante est celle d’un traitement qui va aider à booster la production d’ovocytes grâce à des injections d’hormones. C’est ce que l’on appelle la stimulation ovarienne. Vient ensuite la ponction des ovocytes, qui est réalisée sous anesthésie générale. La dernière phase est celle de la congélation.

Que dit la loi française?

 Depuis la révision des lois bioéthiques de 2011, la congélation d’ovocytes est autorisée dans deux situations précises: en cas de traitement médical ou de pathologie risquant d’affecter la fertilité, ou en cas de don d’ovocyte. Cette pratique est destinée à encourager les dons, et permet donc aux femmes qui donnent de garder une partie de leur ovocytes pour elles-mêmes.

Pourquoi cela fait-il polémique?

Pour le professeur Israël Nisand, chef du service gynécologique des hôpitaux de Strasbourg, demander aux femmes de donner des ovocytes pour pouvoir en conserver pour elles-mêmes relève du “pur chantage. Pour lui, l’avis négatif du comité éthique est tout simplement scandaleux. “C’est une honte, s’indigne-t-il. Le problème du don d’ovocyte (Ndlr: insuffisant en France face à la demande) serait tout simplement réglé si on laissait les femmes conserver pour elles-mêmes. Celles qui n’utilisent pas leurs ovocytes congelés parce qu’elles sont finalement tombées enceintes naturellement pourraient en faire don, réglant donc le problème de pénurie pour les couples stériles.

Ce qui se cache derrière cette interdiction, c’est le paternalisme autoritaire des hommes qui ne veulent pas que les femmes maîtrisent leur fécondité.

Face à cet argument s’élèvent les inquiétudes d’autres médecins, notamment sur la question du rapport risque/résultat. Le dr H -qui souhaite rester anonyme-, gynécologue elle aussi, est favorable à l’idée que les femmes puissent avoir la liberté de faire un enfant au moment qui leur semble opportun, mais son opinion est plus mesurée: “Il faut savoir que la stimulation ovarienne qui précède le prélèvement n’est pas sans risque, et que les taux de réussites sont relativement bas.” Outre ce risque auquel s’exposent les femmes, s’ajoute le problème de la prise en charge potentielle par la sécurité sociale d’une démarche “de convenance”. 

Les femmes qui font appel à la congélation des ovocytes n’ont pas de problèmes de santé. Est-ce à la société de prendre à sa charge leurs choix personnels?, s’interroge le médecin. Mais pour Israël Nisand, il s’agit surtout de lutter contre une inégalité: “Les hommes peuvent faire légalement congeler leur sperme en France, pourquoi les femmes n’auraient-elles pas accès à ce droit? Ce qui se cache derrière cette interdiction, c’est le paternalisme autoritaire des hommes qui ne veulent pas que les femmes maîtrisent leur fécondité. Cela existe depuis la nuit des temps!

Où aller pour congeler ses ovocytes, et combien ça coûte?

Comme Capucine, de plus en plus de femmes partent à l’étranger pour contourner cette interdiction française. La Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie ou encore l’Espagne ont en effet déjà ouvert cette pratique à toutes les femmes. Mais les coûts sont élevés: il faut compter en moyenne 2000 à 3000 euros. La clinique Eugin à Barcelone a pourtant vu une nette augmentation de sa patientèle en quelques années. Selon une étude réalisée par cette clinique privée, 65% des patientes venues congeler leurs ovules à Barcelone sont en effet françaises. 514 traitements ont été réalisés en cinq ans, dont 230 pour la seule année 2016.

La loi de 2011 pourrait être bientôt révisée par le parlement, et de nombreux médecins, comme ce collectif qui a signé une tribune en juin dernier dans Le Monde, demandent à ce que les femmes obtiennent, comme les hommes, le droit à choisir le meilleur moment pour faire un enfant.

Caroline Langlois


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