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“Bliss Stories”, le podcast qui concilie grossesse et sororité

C’est pas la fin du monde, c’est le début d’une vie.” Donner voix à l’accouchement, c’est le pari de Clémentine Galey. Dans son podcast Bliss Stories, des femmes dévoilent la vérité nue de la grossesse, sans complexe, entre césarienne, hyperfertilité, insémination et stérilité. Conversation avec celle qui fait entendre des récits en gestation, des naissances miraculeuses à “#balancetonaccouchement”.
Clémentine Galey, DR
Clémentine Galey, DR

Clémentine Galey, DR


C’est à dos de scooter que Clémentine Galey arrive à Bastille. Elle commande un thé et s’excuse du retard: elle s’occupait de ses enfants. Un fils de sept ans et une fille de cinq. Depuis six mois, elle en porte un troisième. Il s’appelle Bliss Stories et c’est un podcast natif nécessitant trente à soixante minutes d’attention. Toutes les deux semaines, Clémentine Galey tend son micro aux mères de famille, jeunes ou aguerries, afin de relater le jour qui a changé leur vie: leur accouchement. Des grossesses qui s’éternisent aux agressions gynécologiques en passant par les instants de nirvana -le bébé dans les bras-, rien n’échappe à nos oreilles. “On croit qu’il n’y a qu’une façon d’accoucher, or il y en a plein. C’est une aventure, du désir d’enfant qui germe chez un couple jusqu’au ‘je tombe enceinte’, de l’avant-grossesse à la chambre d’hôpital”, explique Clémentine. En parler apaise ses invitées. Idem pour qui les écoutent, à en croire les chiffres: Bliss Stories cumule de six à huit mille écoutes par épisode, rien que sur Soundcloud.

 

“J’aime le mot sororité”

Yeux azuréens, trentaine timide, prénom fruité et veste en jeans, Clémentine Galey a le parler généreux et l’écoute attentive. De son expérience de mère, elle retient deux grossesses vécues comme “des parenthèses enchantées” et deux accouchements par voie basse, qu’elle dit sans histoires -c’est pour cela qu’elle en cherche chez les autres. Dans son autre vie, cela fait sept ans qu’elle est directrice de casting pour une grande chaîne de télé. Quelques regards lui suffisent ainsi pour saisir un feeling. Mais avec Bliss Stories, elle déserte les salles de casting anxiogènes et s’invite chez celles qu’elle interroge. Elle pose son “matos” dans leur home sweet home, au milieu des photos de famille posées sur les meubles et des jouets abandonnés au sol. Il n’est pas rare que des gémissements ou des bruits de tété accompagnent la voix de l’interviewée cocoonée. Au sein de ces bulles s’alignent les récits rocambolesques. Celui de Flore, qui a appris qu’elle était enceinte le soir des attentats du Bataclan. De Charlotte, qui parle sans chichis de ses “schnoufs” (Ndlr: ses règles) et de ses ovocytes. D’Agnès et de ses grossesses, d’Aline et de ses césariennes. Ces femmes ont beau avoir déjà accouché, elles délivrent tout dans Bliss. Leurs souvenirs, leurs rires. Leurs larmes aussi. Clémentine laisse alors le silence et les soupirs parler d’eux mêmes, échappant au voyeurisme et au pathos. Le fruit d’une bonne dizaine d’heures passées dans la salle de montage.

Il n’y a pas de mots pour décrire la violence gynécologique. C’est de la violence gratuite qui arrange certains hommes, une domination perverse qui perdure. C’est révoltant.

Clémentine Galey remue beaucoup ses mains. Pas seulement pour chasser la guêpe qui, ce matin, s’acharne à picorer son croissant, mais par passion, évoquant avec tendresse ses hôtes singulières. Elle est pour elles une journaliste mais aussi une amie, grande soeur et complice. Pour résumer la relation, quatres syllabes s’esquissent sur ses lèvres: sororité. “J’aime ce mot, il sonne bien à l’oreille et est agréable à dire”, s’amuse celle qui selon iTunes dispose d’une audience à 96% féminine. À l’instar des “Instamoms” qui se réunissent sur le réseau social, Clémentine Galey conçoit le podcast, medium intimiste, comme l’expression d’un collectif. Cela l’anime et la dépasse. Chaque jour, elle reçoit des rasades de messages d’anonymes qui désirent témoigner, des félicitations et des remerciements. Comme si Bliss Stories comblait un fossé qu’aucun n’avait jusque-là pris la peine d’observer. “Je n’ai pas cherché des solutions à des soucis que j’aurais pu avoir, mais des réponses pour d’autres. J’ai connu plein de femmes en détresse d’informations. Je trouve ça très flippant que leur parole soit verrouillée”, dit-elle.

 

#BalanceTonAccouchement

Cette enfant de France Inter perpétue la bienveillance des voix qui l’inspirent, celles d’Augustin Trapenard, de Lauren Bastide et de Charlotte Pudlowski. Des ondes où s’enlacent poétique et politique, comme dans Bliss Stories, mosaïque d’âmes épanouies qui revendiquent le droit à disposer de leur propre corps. À l’instar de l’instigatrice de La Poudre, Clémentine Galey est féministe, mais l’est devenue sur le tard. “À la base ce n’était pas ancré en moi, mais plus je rencontre ces femmes plus mon ‘curseur de féminisme’ augmente!”, plaisante-elle. Les récits de violence gynécologique ont fait l’effet d’un électrochoc. Lorsqu’elle rencontre la douce Aline, cette dernière lui souffle un hashtag: #BalanceTonAccouchement. “Il n’y a pas de mots pour décrire ça. On t’appuie sur le ventre, te crie dessus, te fait une épisio’, te charcute. C’est de la violence gratuite qui arrange certains hommes, une domination perverse qui perdure. C’est révoltant”, s’indigne notre interlocutrice, qui a choisi le format podcast pour mieux libérer la parole.

Quand ces femmes te racontent leur accouchement, tu comprends qu’elles s’en souviennent, heure par heure, minute par minute, comme si elles étaient sous hypnose.

“Bliss” signifie “félicité”. Difficile de la trouver, entre les histoires d’humiliations, d’ascenseurs émotionnels et de mères qui culpabilisent d’avoir fait une fausse couche. “Il y a une grande injustice face à l’être-enceinte. Nous ne sommes pas logées à la même enseigne, on le vit différemment. C’est cruel, car aléatoire”, admet Clémentine Galey, qui cependant n’en démord pas: “Il reste ce ‘bliss’: la douceur divine de cet instant suspendu où l’on pose un bébé sur ton ventre. Personne ne peut te l’enlever. Ces parcours sont des combats qui n’existent que dans la perspective de ce moment.” Ressort de ces béatitudes une impression qui ne peut être comprise que par celles qui l’ont déjà vécu. Entre la magie de la maternité et la désacralisation -on parle sans détour des corps changeants et des sentiments confus-, chaque situation s’explore dans ses paradoxes. Médiatrice, Clémentine Galey s’empêche de juger, captivée par ce qu’elle entend: “Quand ces femmes te racontent leur accouchement, tu comprends qu’elles s’en souviennent, heure par heure, minute par minute, comme si elles étaient sous hypnose.

 

“Muse et maman”

Tout en remplissant un vide, la podcasteuse fuit ces discours tarte à la crème sur les “mumpreneuses”. Au rayon des albums de famille qui imprègnent la rétine, elle aime citer Jane Birkin, “muse et maman, femme-enfant et fondatrice d’une véritable tribu de nanas”. Une figure féminine libre qui en porte mille. Comme un totem tentaculaire de ce “bliss” accordant autant de place à l’accouchement naturel -“un retour à la viscéralité maternelle”- qu’à l’assistance médicale à la procréation. “J’ai toujours été fascinée par la façon dont la médecine peut bouleverser la vie des femmes”, déclare celle qui aimerait à l’avenir consacrer un épisode aux allaitements longs, “lorsque le môme peut manger des steaks mais est encore au sein”. Aujourd’hui, Clémentine Galey dit avoir achevé une partie de sa “vie de maman”, désire interroger des mecs (à commencer par le sien) ou des mères qui ont fait d’elle celle qu’elle est, sa mamie par exemple, “qui a eu sept enfants, a été enceinte dans une espèce d’abnégation totale, accouchant sans péridurale mais sans jamais se plaindre”. Mais l’on attend surtout qu’elle porte le micro vers la seule maman restée dans l’ombre: elle-même.

Clément Arbrun


3. #MeToo: L’Égypte condamne les harceleurs… mais aussi les harcelées

Le ras-le-bol contre harcèlement sexuel enflamme chaque jour un peu plus les réseaux sociaux égyptiens. Les tribunaux commencent à donner raison aux femmes victimes, mais emprisonnent aussi celles dont la colère vise les autorités.
Clémentine Galey, DR - Cheek Magazine
Clémentine Galey, DR