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Interview “Future ministre” / Célia Blauel

“Dans les gros partis, j'ai souvent croisé des jeunes déjà vieux dans leur tête”

Le petit monde des politiques les connaît bien, le grand public pas encore. Cheek part à la rencontre des femmes politiques de la nouvelle génération, qui seront peut-être les ministres de demain.
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À 32 ans, Célia Blauel est l’une des deux benjamines de l’équipe d’Anne Hidalgo à la Ville de Paris. Cette élue Europe Écologie-Les Verts est désormais adjointe à l’environnement, au développement durable et à l’eau, elle qui “ne [pensait] pas forcément faire de la politique” quand elle a pris sa carte chez les Verts il y a dix ans. Alors tout juste diplômée de Sciences Po Strasbourg, la jeune Alsacienne s’installe à Paris, dans le 14ème arrondissement qui deviendra son ancrage dans la capitale. Son premier conseil de Paris, elle y assiste dans le public, à l’époque où le collectif Jeudi Noir est en train de se monter pour dénoncer les inégalités face au logement. Camarade de promo du militant Julien Bayou, elle suit de près les actions du mouvement créé en 2006, elle qui a été choquée par l’incendie de l’immeuble insalubre du boulevard Vincent Auriol et les expulsions de squats parisiens en 2005.

Quand on est une femme, jeune, pas très connue, il faut signaler sa présence.

Employée à la mairie du 14ème, puis à l’INPES, elle s’investit progressivement dans son quartier, jusqu’à figurer sur les listes des élections municipales de 2008. “J’ai remplacé quelqu’un qui s’était désisté à la dernière minute, et  j’ai été élue conseillère d’arrondissement”, se souvient-elle. C’est ainsi que Célia Blauel met son premier pied dans la politique. Elle décidera ensuite de se présenter comme tête de liste au scrutin de 2014, sans savoir que son arrondissement accueillerait la candidature d’une certaine Nathalie Kosciusko-Morizet. “J’ai eu une petite frayeur au début, mais finalement on s’est bien défendus”, sourit-elle. Maintenant qu’elle est aux manettes, Célia Blauel a à cœur de montrer qu’“en responsabilité, les Verts savent faire.” Et confie que la mise en route “est sport, surtout quand on est une femme, jeune, pas très connue. Il faut signaler sa présence.” Une façon polie de dire qu’il faut savoir s’imposer dans un milieu connu pour sa misogynie, même quand le maire est une femme. La jeune élue s’est prêtée au jeu de l’interview “Future Ministre”.

De quel président serais-tu ministre?

Je serais ministre d’une présidente, si possible écolo. Par exemple Cécile Duflot. Elle a fait du bien à l’écologie, mais aussi aux femmes qui font de la politique. Elle a réussi à créer une troisième voie, ni dans la caricature ultra-féminine ni dans celle inverse de la femme qui joue à l’homme. Je sais qu’elle n’est pas consensuelle, mais après tout en politique, quand on est consensuel, c’est dangereux.

Quel ministère aimerais-tu occuper?

Le ministère de l’agriculture, que j’aimerais réorienter vers un ministère de l’agro-écologie, et qui engloberait également les problématiques de la pollution, de l’eau, toutes ces questions environnementales qui ont une dimension sociale nationale et planétaire. C’est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps: enfant déjà, je ne comprenais pas pourquoi les gens qui nous nourrissaient vivaient dans des conditions aussi difficiles.

C’est peut-être très caricatural pour une élue verte, mais je ne me verrais pas défendre un budget militaire. Sûrement parce que j’ai grandi en Alsace, où les habitants ont vécu les deux guerres mondiales de plein fouet.

Quel est celui que tu n’occuperais jamais?

Celui de la défense. C’est peut-être très caricatural pour une élue verte, mais je ne me verrais pas défendre un budget militaire. Sûrement parce que j’ai grandi en Alsace, où les habitants ont vécu les deux guerres mondiales de plein fouet, et aussi parce que je suis une petite-fille de déportés. Je porte l’héritage de ma famille, dont certains membres se sont engagés très tôt au sein du mouvement démocrate-chrétien, et je me sens profondément pacifiste.

Pour quel ministre as-tu déjà travaillé?

Aucun. Je n’ai pas beaucoup navigué dans le parti EELV avant d’être élue. En revanche j’ai été l’attachée parlementaire du député Denis Baupin.

Si tu ne deviens jamais ministre, quel autre mandat aimerais-tu exercer?

C’est toujours compliqué de se projeter alors qu’on débute un mandat. Pour l’instant, je découvre celui d’élue à la mairie, et j’aime cette dimension locale qui permet de traiter des dossiers de fond tout en gardant un contact avec le terrain. En plus, je commence avec une très grande ville, alors que j’ai grandi dans l’une des plus petites communes de France, Ferrette, qui doit compter aujourd’hui 700 habitants.

Ce qui m’a plu chez les Verts, c’est leur pratique de la politique différente, ils ne se comportent pas comme des petits notables.

Préconises-tu un âge minimum et un âge maximum pour être ministre?

Pour le minimum, je dirais la majorité. Pour le maximum, il n’y a pas de règles, l’âge ne veut pas dire grand chose même s’il faut savoir prendre sa retraite. Dans les gros partis, j’ai souvent croisé des jeunes déjà vieux dans leur tête et dans leur pratique de la politique, ils ont intégré tous les codes des anciens. À l’inverse, j’ai eu l’occasion de rencontrer Stéphane Hessel, qui malgré ses 95 ans, était innovant et tourné vers l’avenir. Ce qui m’a plu chez les Verts, c’est leur pratique de la politique différente, ils ne se comportent pas comme des petits notables.

Pour ou contre la parité en politique?

Pour. Il m’a fallu du temps pour trancher cette question, car je n’aimais pas qu’on me dise “si tu es là, c’est grâce à la parité”. Mais c’est vrai que, sans elle, je ne sais pas si je serais là. En fait, il faut se rendre compte qu’on part de très loin et que la parité a permis de faire rentrer massivement les femmes dans la politique et les a sorties du rôle d’alibi. Progressivement, les choses bougent, et Anne Hidalgo, par exemple, fait ce qu’il faut pour que les femmes trouvent leur place.

Twitter est un outil intéressant pour les échanges, mais je trouve qu’il encourage trop à poster la petite phrase.

Si tu étais ministre, tu continuerais de tweeter toi-même?

Je ne tweete pas beaucoup pour le moment. C’est un outil intéressant pour les échanges, mais je trouve qu’il encourage trop à poster la petite phrase, et demande beaucoup de temps. Mais bon, si je devenais ministre, peut-être que je tweeterais davantage. (Rires.)

Et tu posterais des selfies en conseil des ministres?

Je ne pense pas. J’ai beau aimer le fait qu’on ne mette pas les élus sur un piédestal, se mettre en scène comme ça, ce n’est pas mon truc.

Propos recueillis par Myriam Levain


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