société

La césarienne, un mode d'accouchement mal perçu (et souvent mal vécu) en France

En France, un bébé sur cinq naît par césarienne. C’est deux fois plus qu’au début des années 80. Mais pour les femmes qui en ont fait l’expérience, la césarienne est souvent vécue comme un traumatisme. A contrario, celles qui en font la demande ne sont pas entendues. Pourquoi ce mode de naissance a-t-il si mauvaise réputation?
instagram/womb.to.bloom
instagram/womb.to.bloom

instagram/womb.to.bloom


La césarienne, cette opération chirurgicale qui consiste à inciser le bas du ventre de la femme pour permettre le passage du bébé, est rarement bien vécue par les mères. Demandez-leur! La  plupart vous répondront “Je n’ai pas accouché, j’ai été opéré d’un bébé”, ou encore “On m’a volé la naissance de mon enfant”. Il faut dire que, dans un cas sur deux, la césarienne est pratiquée dans l’urgence, alors que l’accouchement par voie basse s’avère médicalement impossible. Seule une césarienne sur trois est programmée à l’avance, le plus souvent pour des raisons médicales (antécédent de césarienne, grossesses multiples, etc).

Certaines femmes, et c’est marginal, en font elles-mêmes la demande. Parce qu’elles ont subi des violences sexuelles, parce qu’elles veulent garder le contrôle de leur calendrier, ou parce qu’elles ont peur de l’accouchement par voie basse. C’est le cas d’Émilie, 32 ans. En août dernier, cette jeune mère accouche de son premier enfant par césarienne. Ce mode d’accouchement, il a fallu qu’elle se batte pour l’obtenir. “Pour moi, c’était une évidence depuis toujours. Je voulais accoucher par césarienne, et naïvement, je n’ai jamais imaginé que ce serait si difficile de me faire entendre.” Depuis l’adolescence, Émilie vit chaque examen gynécologique comme une souffrance, une “agression sexuelle”. “Prendre rendez-vous chez le gynéco, c’est un stress impossible à gérer. Vous vous mettez nue, vous écartez les jambes et on va trifouiller là-dedans. J’ai toujours vécu cela comme un traumatisme. Alors quand j’ai décidé d’avoir un enfant, pour moi la césarienne s’est imposée comme une obligation”, raconte-t-elle.

 

“Tu rencontreras le prince charmant et tu accoucheras par voie basse”

Seulement, en France, les choses ne sont pas si simples. Si, dans des pays comme le Brésil, la Turquie, la Chine ou les États-Unis, la pratique de la césarienne s’est banalisée et représente près d’une naissance sur deux, dans l’Hexagone, on ne reconnait toujours pas la césarienne comme un “vrai accouchement”. “Le discours de la société aujourd’hui, c’est ‘tu rencontreras le prince charmant, tu te marieras et tu accoucheras par voie basse’”, déplore le docteur Dr Luka Velemir. Installé en libéral à Nice depuis 2010, cet obstétricien oeuvre pour aider les futures mères à vivre leur césarienne comme un authentique accouchement. Il défend, à travers une charte, une pratique de la césarienne bienveillante.

Il est insupportable que les médecins se racontent leur week-end alors que la mère est de l’autre côté du champ opératoire, les bras en croix!

Car si la césarienne a si mauvaise presse, c’est avant tout parce qu’en France, elle est encore trop souvent pratiquée de manière surmédicalisée. Louise a accouché il y a quatre ans avec une césarienne d’urgence. Aujourd’hui encore, le souvenir de ce moment lui donne des frissons: “Rien n’est naturel dans la césarienne. J’ai tout détesté dans cette expérience. C’est une opération chirurgicale, pas une naissance. On m’a séparé de mon conjoint, j’étais seule au bloc, je sentais les mains des médecins dans mon ventre et je hurlais sans que personne ne prenne le temps de m’expliquer la procédure, et surtout, on ne m’a pas laissé tenir mon bébé dans mes bras. J’ai attendu des heures en salle de réveil avant de pouvoir enfin le toucher.

C’est précisément ce contre quoi veut lutter Luka Velemir. Pour lui, il est important d’“humaniser la césarienne”. Cela passe, selon lui, par une série de changements des pratiques du personnel médical et soignant, qu’il a théorisés sous forme de charte pour une pratique bienveillante de la césarienne. On peut retenir de ce texte l’importance de la présence des conjoint.e.s, la nécessité du peau à peau entre la mère et l’enfant, l’attitude plus respectueuse du personnel soignant -“Il est insupportable que les médecins se racontent leur week-end alors que la mère est de l’autre côté du champ opératoire, les bras en croix!”, s’insurge le médecin- et l’adoption d’une technique d’incision moins invasive et permettant une cicatrisation plus rapide.

 

“La césarienne est vécue comme une double sanction”

Cette humanisation de la césarienne est le cheval de bataille de l’association Césarine depuis de nombreuses années. Isabelle Bianchi, sa présidente, explique: “La césarienne est vécue comme une double sanction. Non seulement on subit une chirurgie, mais en plus, on est séparé de son conjoint, de son bébé… Mais si c’est correctement pratiqué, la césarienne peut s’avérer très proche d’un accouchement par voie basse!

À chaque fois que je disais que je voulais accoucher par césarienne, je sentais qu’on me jugeait, qu’on me prenait pour une ‘chochotte’.

Pourtant, elle le rappelle: en l’absence de raison médicale, l’OMS recommande d’accoucher par voie basse. La césarienne présente en effet des risques plus élevés pour la mère -hémorragie du post-partum, rupture utérine- comme pour l’enfant -risque d’allergie, d’asthme, etc. Malgré cela, “le risque n’est pas si élevé que ça, et il serait bien que les femmes aient le choix”.

Émilie en a fait l’expérience: rien n’est plus difficile aujourd’hui en France que de réclamer une césarienne. Tout le monde, dans son entourage comme du côté des médecins, a tenté de l’en dissuader. Ce n’est qu’après des mois de demandes réitérées auprès de l’hôpital, et la réunion d’un “conseil médical”, que la jeune mère a obtenu gain de cause. “À chaque fois que je disais que je voulais accoucher par césarienne, je sentais qu’on me jugeait, qu’on me prenait pour une ‘chochotte’. Pourtant, en 2018, nous devrions pouvoir choisir! Choisir d’avoir un enfant, ou pas. De l’allaiter,ou pas. D’accoucher par voie basse, ou pas…”, s’indigne-t-elle. Émilie a finalement accouché par césarienne, et tout s’est bien passé parce que “ça s’est passé comme je le souhaitais. Comme je l’avais décidé”. C’est aussi ce que je pense Luka Velemir: “L’accouchement idéal, c’est l’accouchement heureux pour tout le monde: mère, enfant et conjoint.e!

Caroline Langlois


1. Minou Sabahi met les saveurs de ses voyages dans nos assiettes

A 32 ans, la cheffe franco-iranienne Minou Sabahi s’est installée au début de l’été en résidence chez Fulgurances à l’Entrepôt, lieu de vie culturel du 14ème arrondissement de Paris.
instagram/womb.to.bloom - Cheek Magazine
instagram/womb.to.bloom

3. Sur Instagram, la nouvelle génération de militant·e·s mène le combat antiraciste

Depuis quelques mois, un vent de militantisme souffle sur le réseau social adulé des 15-25 ans, où la lutte contre le racisme avance à coups de hashtags, de témoignages et d’analyses politiques de l’histoire ou de l’actualité.
instagram/womb.to.bloom - Cheek Magazine
instagram/womb.to.bloom

4. Célibataire et quadra, elle raconte son chemin vers la maternité dans un livre

Dans le livre témoignage Allers-retours pour un bébé en librairies le 17 septembre, Audrey Page relate pourquoi et comment elle a choisi de dissocier désir d’enfant et couple. Mère à 41 ans d’une petite fille née par PMA, elle revient sur les épreuves de son parcours et interroge la conception classique de la famille et des relations amoureuses.
instagram/womb.to.bloom - Cheek Magazine
instagram/womb.to.bloom

5. Avec “Les Joueuses”, Julie Gayet célèbre les footballeuses de l’Olympique Lyonnais

En salles le 9 septembre, le documentaire Les Joueuses propose un regard inédit sur les footballeuses de l’Olympique Lyonnais. On a discuté sexisme dans le monde du ballon rond, égalité salariale et visibilité des sportives avec la productrice du film, Julie Gayet.
instagram/womb.to.bloom - Cheek Magazine
instagram/womb.to.bloom

6. La cheffe Alessandra Montagne va ouvrir Nosso, un resto locavore et anti-gaspi

La cheffe d’origine brésilienne Alessandra Montagne inaugure en octobre un nouveau restaurant parisien, Nosso -qui signifie “nous” en portugais- baigné de lumière, dans son arrondissement parisien de cœur, le 13ème. Une aventure collective, qu’elle raconte dans notre interview “Top Cheffe”.
instagram/womb.to.bloom - Cheek Magazine
instagram/womb.to.bloom

7. Covid-19: comment la pandémie redessine nos vies amoureuses

Rapprochement, rupture, et nouveaux modes de drague: petit état des lieux amoureux post-confinement, à l’heure où se rouler des pelles en public devient un acte quasi politique.
instagram/womb.to.bloom - Cheek Magazine
instagram/womb.to.bloom