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Interview “Féminisme pop” / Charlotte Lazimi

“La pop culture rend le féminisme glamour et attrayant”

À l’occasion de la sortie de son livre Toutes les femmes ne viennent pas de Vénus, l’égalité aujourd’hui, la journaliste Charlotte Lazimi revient sur le phénomène du féminisme pop. 
© Noellie Broohm
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Quatre mois d’enquête et une centaine d’interlocuteurs plus tard, Charlotte Lazimi a relevé le défi: elle a écrit Toutes les femmes ne viennent pas de Vénus, l’égalité aujourd’huiun essai vivant sur le féminisme, sans jamais tomber dans la théorie ennuyeuse, ni perdre ses lecteurs en route. Cette journaliste de 29 ans (Ndlr: collaboratrice régulière de Cheek Magazine) a voulu s’adresser à ses pairs de la génération Y, ceux qui pensent que le féminisme n’est, au pire qu’une affaire de bonnes femmes hystériques, au mieux, un mouvement inutile: “J’ai réfléchi à une façon de leur faire prendre conscience de l’ensemble des inégalité hommes-femmes.

Et si le mot “féminisme” n’est pas en couverture de son livre, c’est voulu: “À chaque fois que tu utilises ce terme-là, les gens n’écoutent plus.

Enfant, Charlotte Lazimi grandit dans l’idée que les hommes et les femmes sont égaux. Mais, rapidement, elle se rend compte qu’“on attend davantage d’une fille qu’elle soit douce, discrète et qu’elle débarrasse la table”. Pas de chance, elle n’est “ni douce ni discrète” et n’est pas du genre à la fermer: “Je ne collais pas à ces stéréotypes féminins.” C’est sa première prise de conscience. Et si le mot “féminisme” n’est pas en couverture de son livre, c’est voulu: “À chaque fois qu’on utilise ce terme-là, les gens n’écoutent plus.

Également blogueuse chez Les Martiennes, un blog “qui apporte un regard féministe sur l’actualité” depuis 2011, Charlotte Lazimi est allée à la rencontre d’anonymes mais aussi de DRH, de personnalités du monde culturel et politique, d’avocats, de collectifs, d’associations ou encore de journalistes et réalise la radiographie d’une société qui reste encore très inégalitaire à l’égard des femmes. Nous l’avons soumise à une interview “Féminisme pop”. 

Au fait, c’est quoi le “féminisme pop”?

C’est la réappropriation du féminisme par des stars, des icônes de la pop culture à l’image de Beyoncé, d’Emma Watson ou encore de Lena Dunham. Elles se sont attribué le terme et les combats qui vont avec et elles sortent le féminisme de la marginalité. Elles rendent ce mot à la mode dans le bon sens du terme. Je pense qu’il y a une réelle prise de conscience de leur part. Alors que ce sont des femmes puissantes, elles se prennent malgré tout de plein fouet ces inégalités. 

Liberté, égalité, Beyoncé”: l’arrivée du féminisme dans la pop culture, c’est une bonne nouvelle?

Oui, c’est une excellente nouvelle! La pop culture le rend glamour, attrayant et intéressant. De façon globale, le féminisme est encore un grot mot, il l’a toujours été. Lui coller un certain nombre de stéréotypes est un moyen pour ceux qui sont contre les droits des femmes de le décrédibiliser. On entend encore souvent que les féministes sont moches, anti-hommes ou hystériques. Du coup, quand Beyoncé affiche le mot “feminist” en énorme dans ses concerts, on ne peut que s’en féliciter. En France, les choses sont différentes. Il n’y a qu’à voir la promo des actrices de Sous les jupes des filles. Il y a ici une certaine ignorance, on est moins en avance sur ces questions-là.

Peut-on être féministe et poser à moitié à poil dans les magazines?

C’est une bonne question! Je dirais oui, mais tout dépend de la photo. Il n’y a pas de mal à être nue. Ce qui pose problème, c’est quand la femme devient un objet, qu’elle est sexualisée à outrance et que ça en devient dégradant pour elle. Là, ça devient sexiste. Les Femen militent seins nus et ça colle avec le message qu’elles souhaitent faire passer. Je pense qu’on peut être nue et féministe ou voilée et féministe. Les choses sont complexes et parfois paradoxales. 

Le “féminisme pop” va-t-il sauver le féminisme traditionnel?

Le féminisme traditionnel n’a pas besoin d’être sauvé. Le féminisme s’étend et il y a plein de façons différentes de le vivre. Le “féminisme pop” pourra survivre s’il y a un vrai discours derrière et je pense que c’est le cas. Il n’y a qu’à voir Emma Watson et son speech à l’ONU. Après, Geena Davis, Meryl Streep ou bien Jane Fonda sont féministes et engagées, mais ça n’a pas bouleversé Hollywood, ni la société. Il faut que ce soit un effort continu.

Sans Internet, ce mouvement aurait-il été possible?

Pas comme ça. Internet, les blogs et les réseaux sociaux ont permis à une nouvelle vague féministe d’émerger et de se faire entendre. Dans les médias traditionnels, on a plutôt tendance à inviter Éric Zemmour qu’une militante féministe. Par exemple, en parlant de la “woman tax” sur le Net, le collectif Georgette Sand a réussi à faire prendre conscience au plus grand nombre des inégalités hommes-femmes au quotidien. Internet est une réelle caisse de résonance et un espace de liberté sans précédent. 

Tu penses quoi du dernier défilé Chanel et de sa fausse manifestation féministe

Je suis partagée. Si Chanel parle du féminisme, c’est que c’est rentré dans l’inconscient collectif. Ce qui m’inquiète, c’est la vacuité du message. Je ne souhaite pas que le milieu de la mode fasse une OPA sur le féminisme car, au final, ce sont juste des sacs et des vêtements dont il s’agit. Il y a une certaine forme de cynisme. Le jour où on fera défiler des modèles qui font du 42, ce sera différent. 

Le combat contre le slut-shaming est-il au cœur du “féminisme pop”? 

Ce n’est pas le fer de lance du “féminisme pop” mais je dirais que c’est l’une de ses caractéristiques. Les arguments du slut-shaming, qui consistent à culpabiliser les femmes victimes de violences sexuelles ou du harcèlement de rue, ne portent plus. Ils ne sont plus acceptables. Petit à petit, on prend conscience de la culture du viol dans la société française. Ce qui est inquiétant, c’est l’attentisme général qui consiste à dire “Attendez, ça va progresser”. D’après le dernier rapport du Forum économique mondial, il faudrait 81 ans pour que les inégalités cessent si l’on continue à ce rythme-là. 

Cette appropriation mainstream du féminisme peut-elle faire oublier les vrais combats?

Non, je ne pense pas. Toutes les inégalités sont liées. Le harcèlement de rue est la conséquence du non-respect des femmes, qui peut aussi s’exprimer par des violences sexuelles ou physiques donc si on s’attaque à une inégalité ou l’une de ses manifestations, on s’attaque à toutes les autres en même temps. Cela dit, il y a quand même des combats urgents, comme celui pour l’IVG. Chaque année, 47 000 femmes meurent dans le monde car elles pratiquent des avortements clandestins. 

Qu’est-ce que tu réponds aux femmes de la génération Y qui disent ne pas être féministes?

Attendez, vous allez y venir plus vite que vous ne le croyez.” Toutes celles qui veulent évoluer dans leur travail, leur salaire au même titre que les hommes et souhaitent être respectées lorsqu’elles se baladent dans la rue y viendront un jour ou l’autre. 

On parle pas mal de la “woman tax” -ces produits du quotidien que les femmes paient plus cher- ces jours-ci, qu’en penses -tu?

Je trouve ça génial que le collectif féministe Georgette Sand ait réussi à mettre cette question sur le devant de la scène. La “woman tax” est d’autant plus injuste que l’on paye des produits de la vie quotidienne plus cher que les hommes alors qu’on gagne moins que ces derniers.  

Si tu devais dîner avec Éric Zemmour ce soir, tu lui dirais quoi?

Qu’est-ce qui s’est passé dans ta vie pour que tu haïsses autant les femmes?” En vrai, je dirais non merci au dîner et puis, je ne suis même pas sûre qu’il accepterait de dîner avec moi. 

Propos recueillis par Julia Tissier


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