société

Interview

Dans son livre, la journaliste Aurélie Louchart analyse les idées reçues sur les cheveux crépus

Dans son livre Trop crépues?, la journaliste Aurélie Louchart s’appuie sur des témoignages, des études et l’histoire pour analyser les idées reçues et la politisation des cheveux crépus. On lui a posé quelques questions. 
Instagram/©innamodjaofficiel
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Les cheveux des femmes noires sont-ils politiques? C’est la question à laquelle répond la journaliste Aurélie Louchart, 34 ans, dans son premier livre intitulé Trop crépues?en librairies depuis le 8 février dernier. Titulaire d’un master de sciences politiques et ancienne collaboratrice parlementaire, l’autrice, militante au sein du collectif féministe Georgette Sand et de la Cimade, s’intéresse notamment à la justice et aux mutations sociales. Ce premier livre est né d’un questionnement personnel survenu en 2013, concomitamment au mouvement nappy, ce mouvement de libération des cheveux frisés: “J’ai grandi dans un environnement assez multiculturel et pourtant jusque là, je n’avais pratiquement jamais vu de femmes noires faire ça, explique Aurélie Louchart. Je me suis demandé: pourquoi montrer ses cheveux tels qu’ils sont se révélait jusqu’ici une pratique ultra-minoritaire?”  Et d’ajouter:“Il y a déjà une forte pression sur l’apparence de l’ensemble des femmes, mais lorsqu’on est une femme noire […] la dimension raciale vient s’ajouter à cela.” Souhaitant “travailler sur l’intersection de ces deux pressions et voir comment cette dernière crée une situation spécifique”, Aurélie Louchart s’est appuyée sur des témoignages, des études et l’histoire pour analyser les idées reçues persistantes sur les cheveux crépus. Interview. 

 

En quoi le cheveu crépu est politique?

Il a fallu construire une infériorité des noir·e·s pour justifier leur oppression durant l’esclavage. C’est notamment passé par une dévalorisation de l’ensemble des caractéristiques physiques différant de celles d’un corps blanc, dont les cheveux crépus, systématiquement méprisés et tournés en dérision. Le défrisage est apparu en réponse à cette stigmatisation: ce sont des esclaves qui l’ont inventé. Si dans les années 1960-70, les militant·e·s du Black Power ont tant insisté sur le message “Black is Beautiful” et ont promu la coupe afro, c’est parce qu’ils étaient conscients que la distinction laid/beau était centrale dans la façon dont le racisme attribuait de la valeur aux uns et aux autres. Aujourd’hui, les afrodescendant·e·s ont tout ce passé en héritage. Leurs cheveux sont imprégnés de ces batailles politiques.  

Selon toi, pourquoi le cheveu crépu a-t-il si mauvaise presse? 

C’est le fruit de l’histoire. Le résultat d’années et d’années de racisme. Ça fait partie de la stigmatisation du corps noir. Ensuite, les critères de beauté dominants se basent sur les blancs, donc ce sont les cheveux lisses qui sont mis en avant, pas les cheveux crépus. Même si aujourd’hui il y a moins de discriminations “capillaires”, et qu’on dit beaucoup moins d’horreurs sur les cheveux crépus, on n’entend pas pour autant de commentaires positifs sur ces derniers. Avec le mouvement du retour au naturel, c’est en train de changer mais il faut avoir conscience que c’est extrêmement récent et que tout n’est pas résolu. On ne défait pas en six mois ce qui a été mis en place pendant 400 ans… Ça prend du temps de déconstruire ce qui est ancré dans l’imaginaire collectif. 

On est encore dans une société raciste où l’on reproche aux personnes racisées de ne pas être assez blanches.

Selon toi, qu’est-ce qui se cache derrière cette “envie” de se défriser les cheveux? 

Nos goûts sont tous sauf neutres. Ils sont construits socialement, culturellement, historiquement. Au-delà des dimensions que j’ai évoqué auparavant, en Occident, pendant longtemps, au moins jusque dans les années 1960, il y a eu l’idée que, pour être “respectable”, il fallait être soigné, et pour cela il fallait correspondre aux critères de présentation imposés par une société majoritairement blanche. Pour réussir socialement, on n’avait pas vraiment d’autre choix que de se plier à cela. La majorité des afrodescendant·e·s se défrisaient donc, ou couvraient leurs cheveux, puisque les montrer autrement aurait été perçu comme de la négligence. C’est une stratégie qui a fait débat au sein des communautés noires depuis la fin de l’esclavage.

Notamment parce que celles et ceux qui se défrisaient les cheveux ont été parfois accusé·e·s de ne pas assumer leur origine raciale…

On est encore dans une société raciste où l’on reproche aux personnes racisées de ne pas être assez “blanches”. Il existe un coût social à ne pas ressembler à la norme blanche. Je trouve donc injuste de pointer du doigt les femmes qui se défrisent et de dire qu’elles sont dans la haine d’elles-mêmes. Le problème est la pression sur les femmes à se défriser, pas celles qui choisissent cette option. Selon moi, si ces femmes cherchent à fuir quelque chose, ce ne sont pas leurs cheveux,  mais les discriminations qui en découlent. Et puis, pour beaucoup, c’est une question de goût. Elles trouvent peut-être les cheveux lisses plus beaux parce qu’elles ont grandi dans un environnement où c’était la norme, mais nous sommes tou·te·s influencé·e·s par les normes. On n’a pas à demander aux femmes noires d’être plus exemplaires que les autres.  

Une étude menée en 2016 sur les cheveux des afrodescendant·e·s montre que des personnes sans a priori conscients contre les cheveux crépus, ont très souvent inconsciemment des réactions discriminatoires envers ces derniers.

Certaines femmes se défrisent-elles encore par crainte de paraître négligées, moins professionnelles ou de ne pas être intégrées?

Quand j’ai fait mon enquête, les femmes que j’ai interrogées m’ont répondu majoritairement qu’elles se défrisaient les cheveux parce que c’était plus joli et pratique. Lorsque des stratégies se mettaient en place, c’était plutôt pour des courtes durées, à des moments précis. Pour la recherche d’emploi et de logement par exemple, car elles savent qu’il y a un risque de discrimination. C’est complexe, subtil et il s’agit de décisions individuelles: il faudrait donc demander à chaque personne concernée.

Que faudrait-il faire pour changer les idées reçues sur les cheveux crépus? 

Le mouvement nappy marque déjà une étape importante. Il montre que le cheveu crépu est beau. Mais changer les représentations est une tâche complexe. Une étude menée en 2016 sur les cheveux des afrodescendant·e·s montre que des personnes sans a priori conscients à l’encontre des cheveux crépus, ont très souvent inconsciemment des réactions discriminatoires envers ces derniers. Dans cette étude conduite aux États-Unis, 65% des hommes noirs, 82% des hommes blancs, 70% des femmes noires et 94% des femmes blanches les considèrent moins beaux et moins professionnels que les cheveux caucasiens. Concrètement, même si vous pensez que les cheveux des noir·e·s sont aussi beaux que ceux des blanc·he·s, vous avez aussi intégré au niveau inconscient les représentations négatives offertes dans les médias depuis des centaines d’années. C’est dur à combattre parce que profondément ancré. Il faut déconstruire ces représentations en utilisant les bons moyens: les outils pour lutter contre le racisme au niveau conscient et inconscient ne sont pas les mêmes.

Propos recueillis par Wendy Le Neillon


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