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Les asiatiques de France en ont ras-le-bol des clichés et le disent dans un clip

La journaliste Hélène Lam Trong a rassemblé des personnalités et des anonymes asiatiques français dans un clip qui remet en question les stéréotypes dont est victime la communauté asiatique en France.
Instagram / @helenelamtrong
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Du chef Pierre Sang aux comédiens Frédéric Chau et Lin Dan Pham, en passant par de nombreux anonymes qui ont accueilli l’idée avec enthousiasme, c’est un joli petit groupe que la journaliste Hélène Lam Trong, 35 ans, a réussi à réunir en quelques jours, quand le projet de tourner un clip contre les clichés sur les Asiatiques s’est accéléré. Si c’est un groupe d’habitants du 13ème arrondissement qui en est à l’origine, c’est la jeune femme qui s’est démenée pour donner corps à cette envie. Interview express.

C’est quoi le message principal de ce clip?

Le message est double: rappeler que les Français d’origine asiatique sont des Français à part entière, tout en les incitant à investir davantage l’espace public. C’est modeste comme ambition, mais on part quasiment de zéro. Il s’agit juste de dire “Je ne suis pas discret, je ne suis pas mangeur de chien, je ne suis pas tching tchong, niakoué ou Bruce Lee.  Je suis professeur des écoles, footballeur, médecin, agent immobilier, rugbyman, avocat, comédien, comédienne, chanteuse, étudiante, retraité, chef cuisinier, journaliste etc. Français, quoi”.

 

Pourquoi t’es-tu investie dans ce projet?

Le projet est né d’une rencontre, il y a quelques semaines à peine. J’étais en train de tourner un documentaire pour France 2, sur l’acteur Frédéric Chau. À travers lui, il était bien sûr question des problématiques que rencontrent aujourd’hui les Français d’origine asiatique. Nous avons notamment tourné dans le 13ème arrondissement de Paris, pendant le Nouvel An chinois. Et j’y ai rencontré des habitants actifs du quartier. Parmi eux, il y avait un groupe de cinq vieux copains, aux professions très éloignées des médias et du show-biz (traiteurs, agent de voyage, marketing, expert comptable…). Ils m’ont montré une vidéo faite par les Américains d’origine asiatique en disant “on aimerait tellement qu’une vidéo pareille existe en France!”. Parce que je suis moi-même à moitié vietnamienne, j’ai une sensibilité à tout ce qui touche la communauté asiatique, même si j’ai grandi loin d’elle. J’ai proposé que cette vidéo, on la fasse ensemble. Mais en posant quelques conditions: ne pas lui donner de sens proprement  politique et s’adresser à tous les Français, pas uniquement à ceux d’origine asiatique. J’ai tâté le terrain auprès de plusieurs personnalités, elles ont toutes été extrêmement enthousiastes. Mélissa Theuriau a accepté de nous soutenir dans la production. Du coup, on s’est lancés.

“Si on n’a plus envie d’être invisibles, il faut oser le dire.”

Comment expliquer le manque de visibilité des asiatiques en France?

Le manque de visibilité vient, à mon sens, d’un manque de représentativité. Aujourd’hui, il y a des asiatiques dans tous les secteurs d’activité, à tous niveaux de qualification. En revanche, ils sont moins présents dans le paysage médiatique et donc dans l’imaginaire collectif. Le meilleur exemple est peut-être le cinéma où il reste rarissime de voir un comédien d’origine asiatique interpréter un Français lambda. Par ailleurs, il faut le dire, une certaine réserve a été adoptée par la “première” génération d’immigrés asiatiques, ceux arrivés en masse à la fin des années 70, début des années 80. Probablement parce qu’ils avaient tout perdu et étaient dans une logique de survie pure. Peut-être aussi qu’en tant que réfugiés accueillis, à l’époque, à bras ouverts par la France, ils se sentaient redevables. Ce qui les a rendus peu enclins à dénoncer le racisme qui pouvait les viser. Mais cette réserve n’est plus ce à quoi aspirent les deuxième et troisième générations.

Notre génération sera-t-elle celle du changement?

C’est une évidence. Même s’il existe des freins intergénérationnels: adopter une attitude qui s’inscrit en opposition avec celle de ses parents n’est pas toujours simple. Au sein de la communauté, on sent un vrai souci de ne pas froisser les aînés… associé à une vraie volonté d’avancer. Pas facile! Cependant, le changement s’impose un peu de fait. Aujourd’hui, les asiatiques sont visés directement par des actes violents, ils font l’objet de sketches et de blagues que plus personne n’ose se permettre à propos d’autres communautés. Pour renverser les préjugés, il faut mouiller la chemise. Ça peut prendre des formes différentes mais si on n’a plus envie d’être invisibles, il faut oser le dire. Haut et fort.

Propos recueillis par Myriam Levain


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