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Comment des femmes ont fait du mot “bitch” une arme féministe

Fut un temps où le mot “bitch” dans les chansons était un instrument de réification de la femme. Mais depuis les années 90, de nombreuses artistes se le sont réapproprié pour en faire une arme féministe.
Capture d'écran du clip “Bitch I'm Madonna”
Capture d'écran du clip “Bitch I'm Madonna”

Capture d'écran du clip “Bitch I'm Madonna”


Subvertir la sémantique et les symboles ennemis pour en détourner complètement le sens est un stratagème aussi vieux que la guerre culturelle elle-même. Le site Dazed s’est penché sur une illustration contemporaine de ce phénomène de récupération, dans le champ de la musique. Le mot “bitch”, insulte machiste par excellence usée jusqu’à la corde dans la pop culture pour dévaloriser les femmes, est devenu dans les années 90, sous l’effet de sa réappropriation par des artistes féminines, le fer de lance d’une contre-offensive féministe.

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Virulence machiste

Retour en 1983. La tendance à disqualifier les femmes d’un vulgaire “bitch” prononcé en insistant bien sur le dépréciatif “b” réalise une première percée avec New York New York, de Grandmaster Flash (“the bitch left him without a second thought”).

 

 

La tendance se généralise dans les années 90, et l’utilisation du mot pour renvoyer les femmes à leur prétendue infériorité devient banale, de Smack My Bitch Up des Prodigy (1997) à Bitches Ain’t Shit de Dr. Dre et Snoop Dogg, en passant par Wonda Why They Call U Bitch (1996) de Tupac.

 

 

Contre-offensive féministe

Parallèlement cependant, des femmes artistes commencent elles aussi à utiliser le mot honni, pour renvoyer l’insulte puissance 10 à leurs contempteurs misogynes. Queen Latifah lance ainsi en 1993, dans U.N.I.T.Y cette phrase: “Everytime I hear a brother call a girl a bitch or a ho/ Trying to make a sister feel low/ You know all of that gots to go.

Quelques années plus tard, démentant l’idée selon laquelle ce n’était qu’une mode éphémère, “bitch” devient un cri de ralliement et de solidarité des femmes en lutte contre le statu quo patriarcal. Dans Queen Bitch (1996), Lil Kim se présente ainsi comme “a diamond cluster hustler/ Queen bitch, supreme bitch”, affirmant son pouvoir de rivaliser avec les rappeur masculins. La métamorphose de l’usage du mot “bitch” est accomplie complètement avec Baddest Bitch (1999) de Trina, dans lequel elle “redéfinit ‘bitch’ comme une femme intelligente, autonome et maître de sa sexualité”, comme le souligne Dazed. De manière inattendue, elle prend ainsi le contre-pied du slut-shaming.

 

 

Féminisme pop

Cette revanche par le langage eut un tel effet qu’elle dépassa les frontières du hip-hop. Ainsi dans Trip my Wire, la chanteuse de Garbage chante: “I’m a bitch, babe/ And I’m on fire.” Madonna acte cette nouvelle définition en 1996 en déclarant: “Je suis coriace, ambitieuse et je sais exactement ce que je veux. Si ça fait de moi une salope, OK.

Ces artistes ont-elles réussi à neutraliser totalement l’aspect oppressif du mot “bitch” dans la pop culture? Les ambassadrice du féminisme pop ne sont en tout cas pas près de revenir en arrière. Madonna lance ainsi dans Bitch I’m Madonna: “You’re gonna love this, cause I’m a bad bitch”, tandis que Lady Gaga déclare être une “free bitch, baby” dans Bad Romance. En France cependant, la polémique provoquée par le titre Sale pute (une traduction possible de ‘bitch’) en 2009 témoigne encore des mésententes et incompréhensions que peut susciter l’usage de ce mot.

Mathieu Dejean 

Ce papier a été publié initialement sur Les Inrocks.

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