société

Enquête

Elles ont pu congeler leurs ovocytes... en France

Pouvoir éventuellement repousser à plus tard une grossesse est dans la tête de beaucoup de trentenaires. Pour ça, certaines envisagent de partir à l’étranger pour congeler leurs ovocytes car en France, cette pratique, jugée “de convenance”, est toujours interdite. Sauf dans certains cas: la procréation médicalement assistée (PMA) bien sûr, mais aussi les maladies qui menacent la fertilité et le don d’ovocytes. Nous avons ainsi rencontré des femmes qui ont, quelque part en France, des ovocytes bien au froid.
“The Bold Type” © Freeform/Philippe Bosse
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Quand elle a entendu parler du don d’ovocytes, Oriane n’a pas pensé tout de suite que ce serait l’occasion d’en congeler une partie pour elle. “J’avais autour de moi des couples qui avaient des difficultés à concevoir et je me suis dit qu’il y avait des choses simples pour rendre ça accessible”, explique la trentenaire. Lorsqu’elle apprend qu’il est possible d’en vitrifier une partie -en les plongeant dans un azote liquide à moins 196°C-, la jeune femme se dit que c’est l’occasion d’être prévoyante en vue d’une éventuelle grossesse dans quelques années.

Le dernier arrêté concernant la loi de bioéthique de 2011 permet depuis trois ans aux femmes qui n’ont pas d’enfant de faire un don. S’est ajoutée à cette nouvelle disposition la possibilité d’en conserver une partie, à partir de six ovocytes prélevés. Oriane prend donc rendez-vous avec un Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain (Cecos) près de chez elle à Paris, et après plusieurs rendez-vous avec des spécialistes, elle est autorisée à donner ses ovocytes et se prépare à une ponction, en juillet. “Ce qui est un peu compliqué c’est de s’organiser matériellement: il faut passer à la pharmacie, commander les médicaments à l’avance, aller faire les examens le matin à l’hôpital. Mais deux jours après la ponction sous anesthésie générale, tout allait bien, je n’étais plus fatiguée et je n’ai plus pensé à mes ovocytes”, raconte la jeune femme. Neuf ovocytes sont prélevés, elle peut en garder quatre, ce qu’elle fait. Elle estime que “ça n’avait pas trop de sens d’en avoir un ou deux pour soi mais quatre, je me suis dit que ça valait le coup de les garder”.

 

Une chance d’avoir un enfant après un cancer

Pour Oriane, qui est en bonne santé, congeler ses ovocytes, c’est s’offrir une chance supplémentaire d’être un jour enceinte. Mais pour d’autres, sans ovocytes gardés de côté, les chances d’avoir un enfant biologique sont réduites à peau de chagrin. Lorsqu’Angélique apprend qu’elle a un cancer du sein, à 33 ans, elle pense d’abord aux traitements qu’elle va devoir subir pour mettre à terre sa maladie: une chimio et une radiothérapie, puis cinq ans d’hormonothérapie. “Je ne savais pas que cela allait impacter ma fertilité, ça a été comme un coup de massue. J’ai été plus attristée par ça que par l’annonce du cancer”, se souvient-elle.

Lors d’un rendez-vous avec la chirurgienne, une infirmière lui demande rapidement si elle a pensé à faire une préservation de la fertilité. “J’ai saisi l’information et ai pris conscience que soit je le faisais maintenant, soit je prenais le risque d’être infertile”, se remémore la jeune femme. Un mois et demi avant le début de sa chimiothérapie, elle prend donc la décision de faire congeler ses ovocytes. En couple depuis longtemps avec son mari, ils choisissent même de les faire féconder: Angélique a donc maintenant sept embryons qui attendent qu’elle ait terminé ses traitements, d’ici quatre ans et demi. “Ça a été un soulagement et ça l’est encore. Je le referais les yeux fermés car ça m’a permis de me concentrer sur mes traitements”, explique-t-elle.

 

“Ça a testé mes limites physiques et émotionnelles”

Pour Virginie, l’expérience n’a pas été aussi fructueuse. Lorsqu’on lui diagnostique une endométriose il y a trois ans, elle subit dans la foulée une opération qui lui enlève le rectum et un morceau du colon. Les médecins lui disent alors “vous ne serez jamais maman”, compte tenu de l’étendue de la maladie à l’intérieur de son ventre. À 27 ans, “j’avais fait une croix dessus et commencé à faire le deuil”, affirme-t-elle. Lorsqu’elle doit subir une seconde opération qui risque de détruire sa réserve ovarienne, elle y voit une ultime chance de préserver sa fertilité. On lui propose d’en congeler, mais les 12 jours d’injections d’hormones pour stimuler sa production ovarienne sont un “enfer”. Vomissements, ventre gonflé à tel point que ses collègues la félicitent d’une grossesse, “même faire la bise était douloureux”, se souvient Virginie.

Le fait de savoir qu’“un morceau de moi est de côté me procure beaucoup d’espoir”.

Le jour de la ponction, elle rejoint à l’hôpital la cohorte des femmes en protocole de fécondation in vitro (FIV). Célibataire, elle trouve ça “très blessant”. “Vous voyez tous les couples et vous, vous êtes toute seule”, précise la jeune femme. Avec une réserve ovarienne très basse, seuls cinq ovocytes sont prélevés. Plutôt que d’entamer un second cycle de stimulation, elle préfère se faire opérer. Aujourd’hui, Virginie profite du répit que lui offre son endométriose avant de tenter une nouvelle ponction. “Ça a testé mes limites physiques et émotionnelles de faire ça toute seule”, conclut celle qui vit aujourd’hui avec un homme qui “accepte le fait qu’il n’aura peut-être pas d’enfant”. “Ça m’a soulagée”, affirme-t-elle, même si paradoxalement, le fait de savoir qu’“un morceau de moi est de côté me procure beaucoup d’espoir”.

 

Des patientes refusées là, acceptées ailleurs

Là où elle a été suivie, à Limoges, les infirmières voyaient pour la première fois une patiente pour préservation de la fertilité. Mais la loi de 2004 qui autorise les femmes à congeler leurs ovocytes dans le cas d’une maladie n’est pas interprétée de la même manière partout en France. Christine Decanter est responsable du Centre de la Préservation de la fertilité au CHRU de Lille. Elle a commencé à congeler les ovocytes de femmes avant un traitement anti-cancer il y a environ huit ans. “Le cadre actuel n’est pas si restreint qu’on veut bien le dire: le texte dit que tout patient qui sait sa fertilité menacée pour une raison médicale a le droit de faire conserver ses gamètes, c’est très large”, estime la médecin. “À Lille, on a été les premiers à le proposer dans les pathologies non cancéreuses”, comme dans le cas d’une réserve ovarienne faible ou de la prise d’un traitement qui exige d’être sous contraception plusieurs années, pile au milieu de la trentaine. Des patientes refusées dans certains centres, car leur maladie n’est pas jugée suffisamment menaçante, peuvent être acceptées ailleurs. “J’ai parfois des patientes qui viennent d’assez loin parce que dans leurs centres, on ne veut pas conserver dans le cadre de l’endométriose”, affirme par exemple Christine Decanter. Et il y a un autre point sur lequel les hôpitaux ne sont pas d’accord: la préservation dans le cadre du don.

 

“La congélation dans le cadre du don est hypocrite”

À ce sujet, le centre du CHRU de Lille estime qu’il a un devoir de transparence: “Pour nous, permettre la congélation des ovocytes dans le cadre du don est complètement hypocrite. Selon les études espagnoles, il faut entre 12 et 20 ovocytes vitrifiés pour avoir 50% de chances de grossesse”, soutient Sophie Jonard-Catteau, professeure en gynécologie au CHRU de Lille. Bien loin des deux à six ovocytes qui parviennent à être conservés en moyenne dans le cadre d’un don (chiffres 2017 du CHRU de Lille). Car vitrifiés puis dévitrifiés, les ovocytes s’abîment et ne sont plus d’aussi bonne qualité que lors de la ponction. Il en faut donc un certain nombre pour espérer en récupérer plusieurs qui pourront être fécondés; ensuite, ces embryons devront eux-mêmes réussir à s’implanter.

Si des femmes veulent donner avant tout pour pouvoir en conserver pour elles, on ne leur recommande pas de faire de don. Dans ce cas-là, on les oriente vers l’étranger.

À chaque étape, les chances s’amenuisent. “Si des femmes veulent donner avant tout pour pouvoir en conserver pour elles, on ne leur recommande pas de faire de don. Dans ce cas-là, on les oriente vers l’étranger”, affirme Sophie Jonard-Catteau. C’est-à-dire chez nos voisins belges ou espagnols, où la préservation dite “sociétale” est autorisée. “Dans le Nord, on a beaucoup de donneuses, on peut se permettre de les refuser. À Paris, il y a beaucoup de femmes célibataires qui donnent pour en garder, et ils les acceptent, car eux ont très peu de donneuses”, avance la médecin. “Ce sont des chances perdues pour les couples receveurs et des faux espoirs pour les donneuses”, conclut avec dépit Sophie Jonard-Catteau.

 

Ces ovocytes qui ne seront jamais décongelés

Il y a aussi ces ovocytes congelés, que les femmes lesbiennes ou célibataires n’ont pour l’instant pas le droit de récupérer, car la PMA est pour l’instant réservée aux couples hétérosexuels. La loi met donc des femmes dans une impasse: elle leur permet de garder des ovocytes qu’elles n’ont pas le droit d’utiliser. Et lorsqu’ils peuvent l’être, les médecins français manquent encore de recul pour savoir si les femmes seront nombreuses à se manifester pour une décongélation. “Je commence seulement à réutiliser les ovocytes après des cancers du sein, on est en train de faire la 5ème patiente, ce n’est pas beaucoup par rapport au nombre de femmes qui ont congelé”, explique Christine Decanter. “Si on me montre plus tard que le taux de réutilisation est de 4%, ce sera un échec. Chez les hommes, on se rend compte qu’on a congelé trop de sperme, mais pour eux c’est moins contraignant. Pour les femmes, c’est quand même lourd.

Alors faut-il permettre à toutes les femmes de congeler leurs ovocytes en France? “On n’a pas d’argument médical majeur pour dire qu’il faut congeler en prévention, parce qu’on n’est pas sûr que ça serve à quelque chose, mais au nom de l’autonomie des femmes, on n’a aucun argument pour l’interdire”, conclut Christine Decanter. En septembre 2018, le CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) a finalement rendu un avis favorable à la conservation “sociétale”, en vue de la révision de la loi de bioéthique, repoussée à la fin du printemps 2019.

Clara Baillot


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