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Interview contributrice

Elle a soutenu Cheek: Axelle Jah Njiké, auteure

Grâce à leur généreuse participation lors de notre campagne Ulule, ces femmes et ces hommes ont permis à Cheek de voir les choses en grand. On est parties à leur rencontre. 
© Olivier Ezratty-QFDN
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Vous avez été plus de 500 à participer à notre campagne de crowdfunding sur Ulule fin 2016 et on ne vous remerciera jamais assez. Pour vous connaître un peu mieux, on a posé quelques questions à nos plus généreux donateurs et donatrices: aujourd’hui, l’auteure Axelle Jah Njiké, passionnée par la parole des femmes dans l’espace urbain public et dans l’intimité, que nous avions déjà interviewée sur Cheek Magazine. On fait les présentations.  

Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Je m’appelle Axelle Jah Njiké, j’ai 45 ans, je suis auteure, entrepreneure et administratrice au sein du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles et des mariages forcés (Gams). Je suis également à l’initiative du site parlonsplaisirfeminin.com, qui est dédié à la littérature sexuellement explicite au féminin, reflet d’un combat personnel au droit à lire, écrire, choisir et jouir! 

Pourquoi avoir soutenu Cheek?

Parce que je vous ai aimées dès la première lecture! Non mais sans blague! Un vrai coup de foudre. Vous êtes le pure player que j’aurais aimé lire à 25 ans, la preuve que les -jeunes- femmes pouvaient se résumer à autre chose qu’au make-up, aux régimes et la chasse au mari! Vous faites partie des acteurs et des actrices qui contribuent à créer un monde plus juste à l’égard des femmes ET des hommes, et je suis très fan de la bienveillance dont vous faites montre à l’égard non seulement des femmes dont vous tirez le portrait, mais également à l’égard de votre audience en leur offrant une telle diversité d’incarnations féminines. 

Le féminisme est dans la manière dont on s’envisage soi-même, dont on prend des décisions, et dont on se comporte envers les autres.

Le féminisme pour toi, c’est quoi?

L’opportunité pour chacune de créer sa propre identité, et de là, changer, reconstruire et améliorer notre modèle de société. Pour moi, le féminisme s’incarne. Ce n’est pas une théorie. Il est dans la manière dont on s’envisage soi-même, dont on prend des décisions, et dont on se comporte envers les autres. Il devrait d’abord être une quête personnelle et intérieure, œuvrer à faire de nous des sujets, actrices de nos vie, décisionnaires et responsables de nos choix, qu’ils soient bons ou mauvais. On parle toujours de l’aspect politique du féminisme, mais à mes yeux, cet aspect est amoindri s’il ne va pas de pair avec une véritable conquête de soi. Un amour de soi-même positif et sain. Je suis très peu friande des grands discours et des grandes théories sur le féminisme, j’ai même tendance à m’en méfier. Ce qui m’intéresse, c’est ce que les femmes sont, comment elles se comportent, et comment elles traitent leurs semblables. Le féminisme en milieu familial, conjugal, parental, amical, amoureux, c’est quoi? Ça s’incarne comment? Comment apprend-on à définir un bonheur selon nos termes et à le mettre en pratique? Toutes ces questions me semblent primordiales. Elles sont aussi importantes que celles ayant trait à la place des femmes dans l’espace public. Les récits intimes, les histoires de famille contribuent tout autant à l’avancée des droits des femmes que leurs conquêtes politiques. Les définitions étroites de l’identité sont d’abord celles que l’on s’impose à soi-même. Indépendamment de l’œil de la société sur nous.

Au quotidien, comment le mets-tu en pratique?

Le féminisme auquel je souscris passe par mon engagement auprès du Gams où je suis administratrice, et par la tenue quotidienne de la page Facebook de parlonsplaisirfeminin.com. Les mutilations sexuelles féminines (MSF) sont un fléau qui touchent 200 millions de femmes dans le monde. Les statistiques annoncent 30 millions de gamines qui risquent d’être mutilées dans la prochaine décennie. Militer au sein de l’association pour l’abolition de la pratique, et inciter les femmes via une initiative comme le site parlonsplaisirfeminin.com à reconnaître avec joie leur corps tel qu’il est, avec sa façon d’atteindre l’orgasme, c’est ma façon à moi de contribuer à un monde vraiment différent. Notre sexe au sens propre comme figuré, est politique. La manière dont on a défini la sexualité depuis trop longtemps -et qui malheureusement se perpétue- s’est faite au détriment des femmes. Elle a fait de nous des citoyennes de seconde zone. Il est temps que ça change. On ne peut pas seulement être celles qui subissent le sexe, il est impératif qu’il soit, pour nous aussi, synonyme d’expression et d’épanouissement.  Chacune d’entre nous devrait être en mesure d’être l’artisane de son plaisir. C’est le premier symbole de pouvoir personnel -et politique aussi.

J’aime les femmes dont la vie reflète ou a reflété leurs convictions, qui se donnent ou se sont donné les moyens d’incarner le changement à travers leurs mots et leurs actes.

Là ou les femmes qui t’inspire(nt)?

Il y a pléthore de femmes inspirantes dans mon panthéon féministe. Parmi celles qui sont des “aides” à penser, il y a les indéboulonnables telles que Maya Angelou, Virginia Woolf, Alexandra David-Néel, Frida Kahlo, Gloria Anzaldua et Audre Lorde. Pour ce qui est des contemporaines, je citerais Bell Hooks et Eve Ensler, mais aussi Gloria Steinem et Shere Hite. En gros, j’aime les femmes dont la vie reflète ou a reflété leurs convictions, qui se donnent ou se sont donné les moyens d’incarner le changement à travers leurs mots et leurs actes.

Ta chanson féministe par excellence?

Là, je suis obligée de la chanter, désolée… I’m not the average girl from your video/ And I ain’t built like a supermodel/ But I learned to love myself unconditionally/ Because I am a queen… Bref, l’incontournable Video d’ une de mes artistes préférées, la solaire India.Arie. Un véritable hymne à l’estime de soi.

Et ton film?

La Couleur pourpre. C’est l’un de ces films illustrant parfaitement, à mon sens, combien la brutalité du monde extérieur n’est que le reflet des attaches familiales, conjugales, et parentales parfois toxiques, dont nous sommes prisonnier.e.s. Je suis viscéralement convaincue que c’est d’abord dans nos foyers qu’il faut faire la chasse aux maux de ce monde, le public n’étant qu’une extension du privé.

Le livre féministe que tout le monde devrait avoir lu?

Avec mon corps de l’australienne Nikki Gemmell. C’est l’histoire d’une jeune femme qui a fait une rencontre qui l’a secouée, grandie, rendue forte: celle d’un homme qui chérissait les femmes, qui n’en n’avait pas peur et qui vénérait leurs corps. C’est un récit charnel et libre sur la découverte de soi, la conquête de son désir, et un livre essentiel, de ceux qui vous donnent le droit de posséder votre propre vie.

Propos recueillis par la Cheek Team 


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