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Elles réalisent un court-métrage poignant sur le harcèlement sexuel au travail 

Sophie Baruch, Agathe Fadier et Béatrice Fainzang co-signent un court métrage bouleversant sur le harcèlement sexuel au travail. Peur de témoigner, effet de groupe, déni de la société, elles abordent les différentes facettes de ce mal pervers auquel tout le monde peut être confronté. Entretien express.   
Elles réalisent un court-métrage poignant sur le harcèlement sexuel au travail 

Sophie Baruch, 32ans,  Agathe Fadier, 31 ans et Béatrice Fainzang, 32 ans ont remporté il y a un mois le premier prix d’un concours de court-métrages sur le harcèlement sexuel au travail lancé par le Défenseur des droits. Comédienne, étudiante-chercheuse en Droits Humains et journaliste, ces amies de lycée affirment toutes avoir déjà été harcelées sexuellement. Aujourd’hui, elles signent Je tu il nous vous elles. Un film en noir et blanc de 3 minutes, qui compile les témoignages de femmes et d’hommes, victimes de harcèlement. 

C’était mon boss”, “Il me faisait des compliments”, “J’allais au travail la boule au ventre”, “Je n’osais pas en parler”, “Je suis tombée en dépression, mon couple n’a pas tenu”, les récits s’enchainent et révèlent les conséquences destructrices du harcèlement sur l’individu. Un fléau qui touche 20% des femmes et 7% des hommes. Pourtant, seul 5% des cas sont traduits en justice. Mains qui se bouchent les oreilles ou qui couvrent les yeux, les réalisatrices ont tenu à illustrer la difficulté des victimes à témoigner, face à la pression de leurs employeurs ou à l’indifférence d’une société qui reste encore trop souvent sourde aux accusations. 

 

Pourquoi avoir participé à ce concours? 

Le thème des violences sexuelles est un sujet malheureusement inhérent à la vie d’une femme, à la vie en société. Nous voulions parler de ces violences et du tabou qui les entourent, mettre notre savoir-faire au service d’une libération de la parole. Le concours du Défenseur des droits nous a donné un cadre pour le faire sous l’angle du harcèlement sexuel au travail. C’était l’occasion d’allier nos compétences respectives au service d’une cause commune. À l’heure de l’ultra-libéralisme, ce phénomène devenu sociétal touche tout le monde, que l’on soit victime ou témoin. Il fallait donc le montrer, en parler pour mieux le dénoncer. 

Votre court-métrage met l’accent sur le poids du silence et la pression que peut faire subir un groupe à un individu, pourquoi avoir accentué cet aspect là du harcèlement? 

L’effet de groupe, les blagues incessantes ou le silence face à de telles pratiques participent à l’humiliation latente qui peut s’exercer au travail. On se rassure en pensant que ce n’est rien, pourtant on participe à la destruction psychologique de quelqu’un. C’est pourquoi nous avons souhaité évidemment nous adresser aux victimes, afin qu’elles puissent peut-être s’identifier, mais aussi et surtout nous adresser à l’entourage car les témoins ont un rôle essentiel à jouer dans la dénonciation des faits et dans la procédure judiciaire, et la famille et les amis dans la reconstruction. S’adresser à l’entourage c’est aussi dire “ceci est un phénomène de société”, ce n’est pas uniquement le problème d’un pervers face à une victime, ça concerne tout un chacun. C’est ce qu’on laisse dire, ce qu’on laisse faire, ce qu’on enseigne à nos filles et à nos fils, c’est la notion de respect, de ce qu’est l’intégrité physique, peu importe son genre, sa couleur de peau ou ses préférences sexuelles…

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers ce court-métrage? 

La violence sexuelle n’est pas une fatalité. Il faut écouter les victimes, regardez les situations en face, et libérer la parole. Notre objectif principal était de montrer que les harceleurs et agresseurs sont minoritaires et qu’ils ne pourront plus agir si le tabou cesse. Faire cesser l’impunité c’est une responsabilité collective. Tout le monde a déjà subi ou participé indirectement, en se taisant, à une situation de harcèlement. Sortir du silence, ne pas se laisser emporter par le poids d’un groupe, dénoncer et soutenir sans relâche; c’est notre devoir d’humanité.  S’il ne fallait retenir qu’une phrase pour le film, ce serait celle-ci: “Ne détournons plus les yeux, soyons à l’écoute, libérons la parole, et faisons valoir nos droits.”

Propos recueillis par Audrey Renault


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