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7 choses que vous ignoriez sur la cyprine

Célébrée par les rappeurs, la cyprine est aussi un prénom et une pierre précieuse, mais c’est avant tout une sécrétion vaginale. On a fait le point sur cette substance trop mal connue. 
The To Do List, DR
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Depuis toujours, les fluides corporels des femmes font peur. Elles ont des règles bleues, portent des culottes en dentelle blanche, des jupes tourbillonnantes et se roulent dans des champs de tournesols quand elles menstruent. Elles transpirent éventuellement quand elles accouchent ou courent le 100 mètres aux JO et leur caca sent la violette (d’ailleurs, la plupart du temps, elles ne font pas caca). Évidemment, la cyprine n’échappe à la règle. Voici 7 choses que vous ne saviez pas sur cette sécrétion vaginale, parce qu’on a tout fait pour bien vous le cacher.

 

Des origines latines… et féministes

Le terme “cyprine” vient du latin “cypris” -surnom de la déesse Vénus à Chypre-  et “cyprinus” qui signifie “en cuivre”. Pendant l’Antiquité, invoquer la sainte cyprine n’avait donc rien de coquin. C’est en 1973 que le mot prend une connotation sexuelle, quand la militante féministe, romancière et essayiste Monique Wittig l’emploie dans son ouvrage Le Corps lesbien. Sous sa plume, la cyprine désigne ce qu’elle nomme “la crème”, c’est-à-dire la substance que produisent les femmes quand elles sont excitées sexuellement. On retrouve ensuite le terme en 1985 dans le Dictionnaire érotique de Pierre Guiraud, puis dans Le Petit Robert dans les années 1990. Il y est alors présenté comme une “sécrétion vaginale” et un “signe physique du désir sexuel”.

 

Le symptôme d’un désir interdit

Évidemment, qui dit désir féminin dit tabou. Ainsi, dans certaines régions d’Afrique australe, la cyprine est jugée sale, répugnante et justifie le “dry sex”. Cette pratique sympathique consiste à assécher le vagin avant tout rapport sexuel, afin de le rendre plus propre et resserré pour offrir les meilleures conditions possibles au pénis de Monsieur. Dans notre culture occidentale, on nous apprend tout sur le sperme, (sert à enfanter-faire-pipi-jouir) et une partie de la presse féminine nous prodigue sans cesse toutes sortes de conseils (“Avaler ou ne pas avaler?”, “Ça fait du bien à la peau”, “Idéal pour un régime protéiné avant l’été”). Et quid de la cyprine? Aucune information sur le sujet. Mais quoi de plus normal dans un monde patriarcal qui rend abject ou coupable toute production corporelle de la Fâaame. Pendant que la semence masculine est érigée en symbole de la fertilité et de la toute-puissance virile, l’existence et l’importance de la cyprine sont tout simplement tues. 

“La cyprine empêche la propagation des infections sexuellement transmissibles (IST)”

 

Un lubrifiant multifonctions

Pourtant, la cyprine joue un rôle-clé dans le bien-être de l’appareil génital féminin. Ce liquide transparent composé d’eau, de bactéries, d’urée, d’acides acétiques et lactiques, de complexes d’alcools et de glycols, assure une hydratation permanente au vagin. Il sert également à maintenir le PH de la glaire cervicale (contenue par le col de l’utérus), évitant ainsi irritations et autres désagréments. Hormis sa fonction protectrice de la flore vaginale, la cyprine empêche la propagation des infections sexuellement transmissibles (IST) -dans la mesure du possible bien sûr, elle ne remplace aucunement un préservatif!- Surtout, elle est le symptôme physique du désir sexuel chez les femmes et devient “débordante” en cas d’émoustillement.

 

Une substance protéiforme…

Selon votre alimentation, votre consommation d’alcool ou de drogues, le moment de votre cycle menstruel, votre âge et vos gènes, votre cyprine change de couleur, de goût, de texture et d’odeur. Le degré d’excitation sexuelle, la grossesse, la lactation et la ménopause influent aussi sur son aspect. Par ailleurs, certains traitements médicamenteux ou pathologies, comme le diabète et les IST, peuvent la rendre moins abondante.

 

…Et unique

Bien que ce liquide semble sortir du même endroit que les pertes blanches, il n’a pourtant rien à voir avec ce type de sécrétions vaginales. Les pertes blanches (ou leucorrhées) servent justement à évacuer la cyprine ainsi que les cellules mortes et la sueur afin d’auto-nettoyer le vagin. Il ne faut pas non plus confondre la cyprine avec un éjaculat, produit au moment de l’orgasme. Si les deux sécrétions peuvent se mélanger en cas de jouissance, elles restent différentes. Contrairement à la cyprine, qui est sécrétée par les glandes vestibulaires situées dans les grandes lèvres de chaque côté de la vulve, le liquide séminal provient des glandes de Skene, situées sous l’urètre.

“De nombreux rappeurs contemporains s’emparent du terme ‘cyprine’ dans leurs textes.” 

Le doyen des animaux

La cyprine existe aussi hors du champ de la sexualité! Elle peut notamment désigner une pierre précieuse de couleur bleue ou le doyen des animaux. En effet, “cyprine” est le sobriquet d’un mollusque doté d’une espérance de vie moyenne de deux siècles. En 2006, des chercheurs britanniques découvrent même une espèce âgée de 507 ans qu’ils baptisent Ming, faisant du coquillage l’animal non colonial le plus âgé de la planète. Cette cousine des clams et des palourdes mesure entre 10 et 13 centimètres et possède une épaisse coquille de couleur brun-jaune, tirant sur le noir. Par ailleurs, Cyprine est un prénom féminin, qui, on l’espère, sera épargné à toutes les futures générations.

 

Les rappeurs aiment la cyprine

De nombreux rappeurs contemporains s’emparent du terme “cyprine” dans leurs textes. Entre fascination et ego-trip, toute apparition du troublant liquide semble démontrer leurs irréfutables aptitudes sexuelles et mérite de s’en enorgueillir. De Damso (“Cyprine à plein nez le cunni n’est pas évident / Sexe affamé, long comme le bec d’un pélican”) à Nekfeu (“Jet de cyprine, je t’ai surpris / Je t’en supplie, je t’aime / Supprime”) en passant par Kaaris (“Beaucoup de cyprine dans les shorties / Dans tous les écrans et les ordis”) et Odezenne (“Souvent la tête dans la cantine, je dessine, je dessine / Le goût amer de ta cyprine, mes babines, mes babines”), la cyprine n’a pas fini d’alimenter tous les fantasmes de l’imaginaire masculin.

Éloïse Bouton


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