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#CzarnyProtest: les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

Depuis deux semaines, les Polonaises manifestent contre le projet de loi anti-avortement qui pourrait bientôt être adopté par le gouvernement. Certaines d’entre elles témoignent de leur combat sur Cheek alors qu’aujourd’hui a lieu une grève dans tout le pays.  
Manifestation à Wroclaw le 25 septembre 2016 © Gosia Kaczmarczyk
Manifestation à Wroclaw le 25 septembre 2016 © Gosia Kaczmarczyk

Manifestation à Wroclaw le 25 septembre 2016 © Gosia Kaczmarczyk


Aujourd’hui, c’est une grève d’ampleur qui est prévue dans une cinquantaine de villes en Pologne. Depuis deux semaines, les femmes se mobilisent et manifestent sans relâche pour dénoncer la loi anti-avortement qui pourrait bientôt être votée dans le pays. Le hashtag #czarnyprotest, du nom du mouvement de protestation lancé par le parti de gauche Razem, a envahi les réseaux sociaux. Les femmes y postent des photos d’elles vêtues de noir pour dénoncer cette loi, d’où l’appellation “protestation noire”. “‘Czarny’ veut dire noir, et c’est une couleur de deuil, de tristesse, mais aussi de protestation et de résistance, précisent Kinga Stańczuk et Joanna Bronowica, représentantes du parti Razem. 

Depuis novembre 2015, le parti catholique ultra conservateur PiS -“Prawo i Sprawiedliwość” qui signifie Loi et Justice- à la tête du pays, détient la majorité au Parlement, du jamais-vu depuis la chute du communisme dans le pays à la fin des années 80. Pour la première fois également depuis 1989, aucun parti de gauche n’est représenté au Parlement, ce qui laisse au gouvernement un champs d’action particulièrement large. En Pologne, la législation sur l’avortement, qui date de 1993, est déjà très stricte, il n’est en effet possible que sous 3 conditions: grossesse résultant d’un acte illégal (viol, inceste), malformation grave du fœtus ou risque pour la vie ou la santé de la femme enceinte. 

Le projet de loi a été proposé par Ordo Iuris, un institut d’activistes catholiques extrêmement conservateurs et anti-avortement, qui veut complètement interdire l’avortement.

Aujourd’hui, le gouvernement souhaite durcir la loi sur l’avortement et autoriser ce dernier seulement si la vie de la mère est en danger grave. Comme l’explique Renata Mienkowska, professeure à l’Université de Varsovie, “le projet de loi a été proposé par Ordo Iuris, un institut d’activistes catholiques extrêmement conservateurs et anti-avortement. Ordo Iuris veut complètement interdire l’avortement et imposer 5 ans de peine de prison pour toute femme et docteur dans le cas d’un avortement”. 

Aujourd’hui, Renata, Marta, Ania, Danka et Karolina se mobilisent pour défendre leur droit à l’avortement et elles ont décidé de témoigner de leur combat sur Cheek

 

Renata Mienkowska, 36 ans, doctorat en journalisme et politique à l’Université de Varsovie: “Cette loi nous fait revenir au Moyen-Âge.”

Les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

 

“Cette loi nous fait revenir au Moyen-Âge, ça fait peur, et c’est tellement dangereux pour les femmes! Je ne peux pas l’accepter. Alors même qu’aujourd’hui, il est légal d’avorter dans 3 cas spécifiques lors des 12 premières semaines de grossesse, les femmes se voient déjà très souvent refuser l’avortement par des médecins conservateurs. Un médecin très reconnu en Pologne a d’ailleurs refusé de procéder à un avortement alors que le foetus avait une grave malformation: le bébé est né avec la moitié d’un cerveau et un seul oeil. C’est d’une cruauté sans nom et tout ça, c’est au nom des croyances religieuses de certains médecins.”

 

Marta Kobielska, 25 ans, étudiante en sciences politiques à l’Université de Varsovie: “Je ne supporte plus l’hypocrisie des politiciens.”

Les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

 

“Je soutiens le mouvement #czarnyprotest parce que ça m’énerve que le gouvernement veuille contrôler mon corps et me punir pour des choses sur lesquelles je n’ai aucune prise. Si cette loi passe, cela signifiera que toutes les femmes enceintes seront obligées de donner naissance, peu importe la situation dans laquelle elles se trouvent. Cette loi va donner lieu à des avortements clandestins, que seules les plus riches pourront se payer. Je ne supporte plus l’hypocrisie des politiciens.”

 

Ania Czerska, 27 ans, banquière à Varsovie: “C’est toujours plus facile d’interdire plutôt qu’éduquer.”

Les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

 

“La liberté est l’une des valeurs les plus importantes. Nous devons nous demander ce que nous sommes prêtes à abandonner. Si on nous la prend, il ne nous restera plus rien. Personnellement, je n’abandonnerai jamais ma liberté. Et ce combat ne concerne pas seulement les femmes. C’est toujours plus facile d’interdire plutôt qu’éduquer.”

 

Marta Szmyd, 32 ans, designer à Cracovie: “Comment est-ce possible que la peine de prison encourue pour un avortement puisse être plus longue que celle encourue pour viol?”

Les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

 

“D’un côté, il y a le droit de choisir, de l’autre, la santé et la sécurité. Et on n’a le droit à aucune de ces choses quand une grossesse met en danger notre vie. Et puis, avec la “clause de conscience” du médecin, ce dernier peut refuser l’avortement même si l’enfant est en danger de mort. Et je ne parle même pas du fait que le médecin a également le droit de ne pas informer la femme enceinte d’une malformation grave du fœtus. Dans ce genre de situation, où sont les droits de la patiente? Enfin, il y a cette question: comment est-ce possible que la peine de prison encourue pour un avortement puisse être plus longue que celle encourue pour viol? Cette injustice pourrait être l’une des conséquences de cette loi. Et que se passera-t-il en cas de fausse couche? Il faudra prouver qu’on ne l’a pas fait intentionnellement pour ne pas finir en prison?!”

 

Danka, 29 ans, banquière à Varsovie: “Personne ne peut demander à une femme de mettre au monde un enfant pour lequel elle n’est pas prête.”

Les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

 

“C’est plus sain d’avorter plutôt que d’abandonner son enfant dans un orphelinat ou de lui faire vivre une vie durant laquelle il sera continuellement gravement malade. Personne ne peut demander à une femme de mettre au monde un enfant pour lequel elle n’est pas prête, rien de bon ne peut arriver dans ce genre de situation. Le gouvernement devrait bien sûr contrôler les avortements de manière à ce qu’ils soient faits dans des conditions sûres et il est important qu’il y ait des limites légales liées à ton stade de grossesse mais, pour le reste, nous sommes plus que capables de prendre des décisions par nous-mêmes.”

 

Karolina Sulma, 30 ans, avocate à Varsovie: “Aucun politicien ne devrait avoir le droit de dicter les choix que je fais dans ma vie.”

Les Polonaises défendent leur droit à l'avortement

 

“Je soutiens le mouvement parce que je devrais avoir le droit de décider par moi-même de ce que je veux faire de mon corps et de ma conscience. Je prends mes propres décisions. Cette sphère de ma vie ne devrait pas être soumise aux décisions du gouvernement et aucun politicien ne devrait avoir le droit de dicter les choix que je fais dans ma vie.”

Propos recueillis par Natacha Bastiat-Jarosz


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