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5 choses à savoir sur l'éjaculation féminine

Méconnue, fantasmée ou taboue, l’éjaculation féminine fascine les femmes et les hommes depuis l’Antiquité. Pas nécessairement liée à l’orgasme, cette expulsion parfois très impressionnante est toutefois source d’un plaisir inédit.
Capture d'écran de “De l'eau tiède sous un pont rouge”, DR
Capture d'écran de “De l'eau tiède sous un pont rouge”, DR

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Avant toute chose, un petit mea culpa s’impose. Car techniquement, nous n’allons pas parler dans cet article d’éjaculation féminine, mais de femmes fontaines. Si cette expression inventée en 1984 par la psychosexologue Frédérique Gruyer dans son ouvrage Ce paradis trop violent peut en rebuter certain·e·s, elle est pourtant plus adaptée pour qualifier l’expulsion remarquable par les femmes d’un liquide autre que les sécrétions vaginales lors des rapports. Cette émission qui, selon une étude de 2015 des docteurs Pierre Desvaux et Samuel Salamapeut aller de quelques millilitres à environ 110millilitres -certains chercheurs montent jusqu’à 300 millilitres-, est ce que les Anglo-saxons appellent “squirting, jaillissement en français. L’éjaculation féminine, au sens premier du terme, désigne quant à elle l’expulsion par certaines femmes -celles qui conservent un reliquat embryonnaire de prostate- d’une infime quantité de liquide laiteux, dénué de spermatozoïdes, mais comparable au sperme. Connu seulement depuis les années 90, ce phénomène, encore obscur pour les scientifiques, est un tout autre sujet.

Si l’amalgame se fait toujours entre “femmes fontaines” et “éjaculation féminine, c’est pour beaucoup le signe d’une tendance à concevoir la sexualité féminine en miroir de la sexualité masculine. Pour la sexologue Axelle Romby, “il n’y a aucun parallèle à faire avec l’éjaculation masculine, tant sur le plan biologique que symbolique. Selon des représentations genrées, mais très ancrées, l’éjaculation masculine véhicule l’idée de conquête, l’homme plante et sème, il se déverse dans l’autre. ‘L’éjaculation féminine’ en revanche est perçue comme un écoulement, la femme se répand entre les draps comme elle pourrait répandre des larmes. Une conception stéréotypée des sexualités qui explique en partie la cacophonie générale qui entoure ce fameux squirting. Qu’est-ce que ce liquide? Par où passe-t-il? Qui peut l’expulser? Est-ce agréable?… Les questions s’enchaînent et les avis divergent au sein même de la communauté scientifique. Pas toujours simple alors de démêler le vrai du faux à propos d’un phénomène qui, toujours selon les recherches de Pierre Desvaux et Samuel Salama, a déjà été expérimenté par 10 à 40% des femmes.

 

1. Aristote causait éjaculation féminine et femmes fontaines

Dès l’antiquité, les philosophes et médecins ont connaissance de l’expulsion d’un liquide par les femmes pendant les rapports, affirme Sylvie Chaperon, historienne de la sexualité. Aristote, Galien, Hippocrate, puis plus tard Voltaire ou Freud, nombreux sont les savants à avoir étudié -avec plus ou moins de succès- les femmes fontaines. Aristote n’y voyait qu’une représentation physique du plaisir féminin. Pour Galien, en revanche, cet éjaculât était presque aussi fécondant que le sperme, et nécessaire à la reproduction, explique Sylvie Chaperon qui précise que les médecins ont longtemps supposé que la fécondité était tributaire du plaisir féminin. Ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle, avec la découverte de l’ovulation spontanée et du cycle menstruel, que la reproduction devient pour eux un mécanisme indépendant. Des découvertes qui laissent place à une nouvelle conception de la sexualité féminine: À la fin du XIXème siècle se développe une remise en question du plaisir féminin, l’idée que les femmes sont naturellement frigides, sans appétit sexuel, qu’elles n’éprouvent que de faibles sensations lors des rapports.

 C’est toujours une sensation de plénitude, comme si on me retirait un poids des épaules.

2. Ce n’est pas de l’urine

Certes, on retrouve dans le liquide expulsé par les femmes des taux d’urée et de créatinine, les deux composantes principales de l’urine, mais en quantité tellement diluée que ce fluide s’apparente plutôt à de l’eau. Ce liquide vient de la vessie et suit le même trajet que l’urine, en passant par l’urètre, mais ce n’est pas de l’urine, insiste la gynécologue Hélène Jacquemin-Le Vern. L’urine vient des reins qui filtrent les toxines, ce qui explique cette odeur et cette couleur jaune. Le liquide émis par les femmes fontaines, en revanche, est inodore et incolore, car il vient directement de la vessieexplique-t-elle. Avec l’excitation, la muqueuse vésicale se gorge de ce liquide qui se stocke peu à peu dans la vessie. Certaines femmes, souvent au moment de l’orgasme, mais pas toujours, parviennent à l’évacuer. Une expulsion qui prend pour certaines la forme d’un écoulement, pour d’autres d’une projection. 

 

3. Une jouissance libératrice

La première fois que Luna a éjaculé, son copain de l’époque la masturbait, debout, dans la salle de bains. J’atteignais l’orgasme, et tout à coup je me suis sentie libérer une quantité impressionnante de liquide, au point que je l’entendais marteler le carrelage. Si elle pense d’abord avoir uriné -même si les sensations divergent-, Luna, alors âgée de 20 ans, dit avoir éprouvé ensuite un plaisir intense mais inédit: Ce n’était ni mieux, ni moins bien que mes autres orgasmes, détaille-t-elle, c’est une toute autre sensation, libératrice. Un plaisir compliqué à décrire que Luna dit désormais anticiper avec impatience: Aujourd’hui, comme cela m’arrive régulièrement, je le sens venir et j’en profite, les premières fois j’étais simplement confuse. Cécile évoque quant à elle un calme et un apaisement”. Ma copine et moi jouissons régulièrement ainsi, pas à chaque rapport, mais souvent, explique cette jeune femme de 28 ans. C’est toujours une sensation de plénitude, comme si on me retirait un poids des épaules.

Anatomiquement, nous pouvons toutes ‘éjaculer’, mais cette expulsion n’est pas forcément synonyme d’orgasme.

4. Toutes les femmes sont fontaines

Cette sensation d’abandon, toutes les femmes peuvent l’expérimenter. Chaque femme peut être fontaine, l’expulsion du liquide ne dépendant pas de critères anatomiques mais cérébraux: Tout plaisir est avant tout cérébral puisque l’orgasme, avec ou sans ‘éjaculation’, ne se fait que si une zone du cortex nommée ‘lâcher prise’ se relâche, explique la gynécologue-praticienne Felicia Joinau-Zoulovits. Anatomiquement, nous pouvons toutes ‘éjaculer’, mais cette expulsion n’est pas forcément synonyme d’orgasme. Les femmes peuvent jouir sans ‘éjaculer’‘éjaculer’ sans jouir ou jouir et ‘éjaculer’, tous les cas sont possibles. Inutile donc de se lancer dans de folles acrobaties ou de s’acharner sur sa partenaire. D’autant plus que pour déclencher cette expulsion, il n’existe aucune recette magique. Si la stimulation de la paroi interne du vagin semble faciliter les choses, ‘l’éjaculation’ au même titre qu’un plaisir classique, peut aussi être la conséquence d’une excitation clitoridienne, de caresses ou de simples baisers.

 

5. Pour certains hommes, une performance à atteindre

Arnaud, 22 ans, avoue avoir été perplexe lorsque sa partenaire s’est pour la première fois épanchée ainsi. Je n’ai pas compris, j’ai pensé qu’elle urinait, confie-t-il, gêné, je n’avais jamais vraiment cru à ce phénomène, pour moi, c’était une invention des films pornographiques. Avec ces effusions exagérées et sa culture du sexe-performance, l’industrie du X a en effet beaucoup contribué à façonner l’image d’une femme fontaine caricaturée. Au point de pousser certains hommes dans une véritable quête: Déclencher cette réaction chez ma copine, avec mes doigts, ma langue ou mon sexe me rendrait fier. Je n’y suis pas encore parvenu mais c’est un de mes fantasmes, admet Pierre, 29 ans. Certains hommes recherchent ce pouvoir-là, celui de susciter chez l’autre cette représentation physique, organique, du plaisir, explique la sexologue Axelle Romby. Les hommes ne maîtrisent pas l’orgasme féminin et les femmes peuvent simuler. Ils n’ont donc aucune garantie que leur partenaire a joui. Cette ‘éjaculation’ représente pour eux une preuve de leurs capacités sexuelles.

Audrey Renault


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Capture d'écran de “De l'eau tiède sous un pont rouge”, DR  - Cheek Magazine
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Capture d'écran de “De l'eau tiède sous un pont rouge”, DR  - Cheek Magazine
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Capture d'écran de “De l'eau tiède sous un pont rouge”, DR  - Cheek Magazine
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