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Interview

Elizabeth Plank, la féministe qui change le visage du journalisme aux États-Unis

Aux États-Unis, Elizabeth Plank est une figure de proue des nouveaux médias avec 2016ish, son émission Web sur Vox. Grâce à son approche créative du journalisme, elle aborde des questions sociétales complexes avec humour et offre une plateforme aux voix jeunes et féministes. Entretien avec une journaliste 2.0.
Liz Plank, DR
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Elizabeth Plank est un pur produit de la génération des millennials. D’origine montréalaise, cette jeune femme de 28 ans, est tombée dans le journalisme presque par hasard, après avoir réalisé en 2013 un stage chez Mic, un site d’informations américain destiné à la génération Y. À l’époque, elle vient de terminer son master en études de genre à la London School of Economics et Political Science (LSE). Deux ans plus tard, on lui confie une websérie intitulée Flip the Script dont la première saison a comptabilisé plus de 40 millions de vues. La même année, elle est choisie par le magazine Forbes comme l’une des personnalités de moins de 30 ans les plus prometteuses du monde des médias. 

En février dernier, elle a rejoint Vox, un site américain d’informations générales, et produit désormais sa propre émission, 2016ish, un programme féministe qui a suivi la campagne présidentielle américaine avec beaucoup d’humour. On lui doit notamment les vidéos Locker Room Talk ou encore Nasty Woman. Maintenant que Donald Trump a été élu, Liz Plank est prête à redoubler de féminisme en 2017. Rencontre. 

Tu es le visage d’une nouvelle forme de journalisme et de féminisme et tu as été nommée l’année dernière dans la liste des “30 under 30” dans les médias par Forbes. C’est quoi pour toi le journalisme du futur?

Le journalisme du futur, pour moi, c’est avoir la liberté de faire ce qu’on a envie de faire, de ne plus avoir à suivre les voies traditionnelles. Je ne me vois pas comme un modèle en journalisme: d’ailleurs, je n’ai pas étudié le métier, et je pense que c’est justement grâce à ça que je suis sortie du lot. J’avais vraiment un style et une manière de communiquer qui étaient différents. 

 

Quelle place ont les réseaux sociaux dans le journalisme du futur? 

Les médias sociaux sont très importants dans cette nouvelle forme de journalisme. L’un des a priori sur les réseaux sociaux est que les millennials ne les utilisent que pour les mèmes, pour prendre des selfies ou bien pour parler d’eux. Mais je ne pense pas que ce soit le cas: ce qu’ils veulent avant tout, c’est s’informer et échanger. De mon côté, j’essaye d’utiliser ces médias-là pour avoir des discussions sur des sujets importants. Je pense que ma génération est très au courant de ce qui se passe dans le monde, et qu’elle s’y intéresse.

Tu es originaire de Montréal, tu as étudié à Londres et Copenhague, pourquoi avoir décidé de t’installer à New York? 

Quand j’ai dû décider où m’installer, je voulais aller là où je pouvais vraiment apporter du changement. J’avais l’impression qu’il y avait beaucoup à faire aux États-Unis pour les droits des femmes: c’est un peu la cata niveau égalité des sexes ici! On y voit des inégalités entre les hommes et les femmes, mais également entre les femmes. La vie d’une femme blanche, de classe moyenne, qui habite à New York, est très différente de celle d’une femme immigrée par exemple. L’accès aux ressources n’est clairement pas égalitaire. Certes, au Canada ou en France, il y a encore beaucoup de chemin à faire, c’est loin d’être parfait, mais je trouvais vraiment qu’ici, il y avait une belle opportunité pour pouvoir changer les choses. 

 

 

When someone says i can’t eat a whole pizza. (@sustain)

Une photo publiée par Liz Plank (@feministabulous) le

Tu nous as fait bien rire avec 2016ish. Mais ça n’a pas empêché malheureusement Donald Trump d’être élu. C’est quoi ton plan d’attaque pour 2017?

C’est une question qui m’obsède depuis le matin du 9 novembre. Je vais continuer à me battre! De toute façon, je doute de pouvoir trouver un travail dans la “Trump White House”! (Rires.) Mon objectif, en 2017, c’est de nous unir contre les inégalités, contre ceux qui voudraient nous arracher nos droits, et ceux qui voudraient rendre les États-Unis moins ouverts, moins positifs. J’ai toujours voulu donner une voix aux plus vulnérables, ceux que l’on n’entend pas, et je vais continuer à le faire. Comment exactement… ça, ça reste à voir! (Rires.)

 

 

Nasty army, today we unite.

Une photo publiée par Liz Plank (@feministabulous) le

En mai 2017 a lieu l’élection présidentielle française, un mot pour les millennials françaises qui veulent éviter une “surprise à la Trump”?  

La leçon principale qu’il faut tirer de l’élection de Trump, c’est que nous devons nous parler. Nous ne pouvons plus seulement parler aux gens qui sont d’accord avec nous, nous devons nous forcer à avoir des conversations difficiles, inconfortables avec des gens qui ne partagent pas notre avis. Il faut questionner nos principes et ce que nous croyons être vrai; c’est difficile, mais il faut le faire. En France, il s’agit d’aller parler maintenant avec les gens qui votent Marine Le Pen, parce que si vous les découvrez après l’élection, c’est malheureusement trop tard. Il ne faut plus minimiser ce qui semble impossible. 

D’ailleurs, aux États-Unis, les sondages donnaient Hillary Clinton gagnante…

Le problème avec les sondages, ce n’est pas qu’ils étaient faux, mais c’est qu’ils n’ont pas pris un facteur en compte: l’électorat qui peut être motivé par le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, l’homophobie et qui ne vote pas de la façon dont les sondages l’anticipent. Nous pensions que l’électorat de Donald Trump était composé d’“exclus” de la société, de personnes que nous ne pourrions jamais rencontrer, qui n’étaient pas dans nos cercles d’amis, mais c’est faux. Ce sont des gens que nous côtoyons tous les jours, des gens qui ont peur, exactement comme nous, et c’est pour cette raison que c’est important d’aller leur parler. Il n’y a évidemment pas que des personnes racistes qui ont voté pour Donald Trump, il y a aussi ceux qui ont de nombreuses raisons d’être en colère contre le système. Ça n’excuse pas pour autant le fait de voter pour un candidat qui tient des propos racistes. Et puis, croire que Trump était un “anti-establishment” était une erreur, il n’y a qu’à regarder les gens qu’il prend dans son cabinet! J’espère que les Français ne vont pas oublier et vont en tirer une leçon. 

Propos recueillis par Natacha Bastiat Jarosz, à New York 


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