société

“Émotions”, un podcast qui dissèque nos affects avec intelligence et humanité

Nouvelle production Louie Media, Émotions dissèque nos affects, de leur fabrication à leur histoire, entre ressenti et psyché. Un podcast humaniste qui nous touche en plein coeur.
© Jean Mallard/Louie Media
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Adélie Pojzman-Pontay a le souffle court. La journaliste nous appelle après déjeuner, en route vers son bureau, et sa voix est alerte. Comme elle, son podcast Émotions, produit par Louie Media, ne ménage pas notre rythme cardiaque. Ce qui s’y raconte est palpitant. En compagnie d’anonymes, de médecins et d’historien·ne·s, notre interlocutrice ausculte aussi bien le trac qui nous paralyse que l’exaltante sensation de pouvoir.  

 

“Que ressentez-vous dans votre ventre, votre gorge?”

Une fois toutes les deux semaines, on écoute Émotions comme l’on s’allongerait sur le divan. Ce rendez-vous thérapeutique mixe vécus narrés et discours de spécialistes afin d’expliquer nos affects. Le stand-up permet d’évoquer le trac, et la neuropsychiatrie les rapports de domination. Le médecin et écrivain Martin Winckler dit l’intensité de la douleur lorsqu’elle est niée (épisode disponible ci-dessous) tandis que les tourments de l’amitié s’énoncent dans la bouche d’Anne Vincent Buffault, “historienne des sensibilités”. Les émotions s’envisagent en langage universel adopté par l’avocat comme par le criminel -tous deux se racontent au micro- et démontrent que “dans des vies très différentes, nous partageons des expériences communes”, dixit la journaliste. Difficile de ne pas s’identifier aux intervenant·e·s tant ils suscitent l’empathie.

 

Disséquer les émotions “permet de les vivre pleinement en comprenant qu’elles ont toutes une raison d’être”.

À l’instar du Transfert de Charlotte Pudlowski (son cousin éloigné), ce podcast place l’humain au centre et l’incite à poser des mots sur ses souvenirs. Un challenge pas si évident quand il est question de traumas et de tristesse. Délier les langues exige de cuisiner l’autre avec tact. “Je demande: que ressentez-vous à l’instant T? Dans votre tête? Votre ventre, votre gorge? Comment est votre respiration?”, détaille l’intervieweuse, qui voit là un travail narratif et introspectif. Si elle rappelle qu’elle n’est ni psy ni coach de vie, Adélie Pojzman-Pontay reste persuadée que disséquer les émotions “permet de les vivre pleinement en comprenant qu’elles ont toutes une raison d’être”. Par-delà ces confidences, chaque épisode redouble de pistes de réflexion et détricote l’émoi via l’éducation nationale, le darwinisme et la linguistique. Le fruit d’allers-retours sur les sites académiques en quête d’études à la pointe, motivés par l’envie “d’aller chercher les choses auxquelles l’on ne s’attend pas”.  

 

Des émotions féministes

Émotions débarque sur nos ondes à l’heure des indignations nécessaires. Après #MeToo, les émotions, autrefois décrédibilisées, doivent désormais être “entendues comme légitimes”, assure  l’instigatrice, espérant la fin des piques décochées à ces femmes dites trop “émotives”. “Nous réfléchissons à un épisode sur l’hystérie qui traiterait de ce biais misogyne”, confesse-t-elle. C’est la colère de voix trop longtemps tues qui résonne dans Émotions, podcast féministe où la “parole d’autorité” n’est plus le monopole des experts (sans “e”) et où la considération du ressenti ne diffère pas selon les sexes. Pour Adélie Pojzman-Pontay, s’émouvoir est un acte politique, “construit par notre culture, l’environnement dans lequel nous avons grandi, notre classe et notre genre”. L’affect fait l’histoire, de la “colère révolutionnaire” de 1789 à “la mélancolie des hommes en temps de guerre”. Au coeur de cette pensée gravite le slogan éloquent de Louie Media, “faire ressentir le monde”.

Le son exprime une forme de vérité”.

À ce titre, la radio reste la meilleure réponse, puisque média “fait de nuances et de modulations extrêmement fines”, détaille celle pour qui le son exprime une forme de vérité”. Une perception plurielle que notre interlocutrice aiguise depuis ses années-collège et sa première escale outre-atlantique, voyage états-unien qu’elle réitère à l’occasion de ses études de journalisme. Là-bas, elle s’initie aux podcasts et consolide une ambition qu’elle partage aujourd’hui à ses auditeur·rice·s: “Découvrir comment les choses se passent, prendre en compte la multiplicité des points de vue et la richesse du réel.

 

“Un podcast incarné”

 

 

Pour ce faire, Adélie Pojzman-Pontay ose le podcast incarné. Dès le premier épisode, elle nous décrit son studio d’enregistrement et ses collègues. Sa voix est un personnage, “une présence à part entière, impliquée dans le récit”. Comme lors de cet échange avec Jean-Rémi Sarraud, un assassin qui a mis quatre ans à éprouver de la culpabilité (épisode disponible ci-dessus). La rencontre fait frissonner tant elle sonne vraie et témoigne d’une volonté de “conserver l’aspect ‘cru’ de l’émotion”. Si à l’avenir elle aimerait la saisir “sur le vif”, notre hôte se réjouit déjà d’y dédier ses journées en sachant “qu’il y a encore plein de fils à tirer!”. “Podcaster” ses affects lui permet de les accueillir en observant “avec quelle récurrence ils se manifestent. Mais une fois le taf accompli, une question reste selon elle en suspens: “Qu’est-ce qu’on en fait?” Peut-être est-ce à nous d’y répondre.

Clément Arbrun


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