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Soazig Barthélémy / Interview “Workaholic”

Avec Empow'Her, Soazig Barthélémy aide les femmes à devenir entrepreneures

Sensible aux questions d’égalité femmes-hommes, Soazig Barthélémy a découvert le monde de l’entrepreneuriat féminin alors qu’elle n’était encore qu’étudiante. Depuis, sa boîte Empow’Her propose outils et formations aux femmes qui souhaitent lancer leur entreprise, partout dans le monde. 
Soazig Barthélémy, DR
Soazig Barthélémy, DR

Soazig Barthélémy, DR


Aider les femmes entrepreneures à travers le monde, c’est l’objectif d’Empow’Her, lancé en 2013 par Soazig Barthélémy. C’est déjà la quatrième année que la jeune femme de 27 ans et son équipe proposent formations et outils susceptibles d’aider les femmes à monter leur entreprise, de la Côte d’Ivoire à la Birmanie. L’idée est née au cours d’un projet d’étude, en 2012, pendant lequel Soazig Barthélémy et un groupe de camarades sont partis à la rencontre de femmes micro-entrepreneures au Cambodge, au Burkina Faso, au Sénégal et au Pérou. Rapidement, ils réalisent que leur formation à l’École supérieure de commerce de Paris (ESCP) leur permet d’apporter des connaissances et des outils utiles à toutes ces femmes.

Un enjeu particulièrement important car pour ces femmes “L’entrepreneuriat est une question de survie, déclare la jeune cheffe d’entreprise. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, il y a plus de 60% de femmes qui sont entrepreneures. Mais très souvent, elles font partie de l’économie informelle.” Peu de solutions existent pour les accompagner. Déjà sensibilisée aux questions d’égalité femmes-hommes, la Bretonne explique que “c’est en allant sur le terrain et en découvrant la multiplicité des situations que j’ai eu envie de m’engager et de proposer des solutions”.

Soazig Barthélémy a été classée parmi les 30 entrepreneur.es sociaux de moins de 30 ans de l’année par Forbes.

À son retour en France, Soazig Barthélémy fonde donc l’association Empow’Her. Dans un premier temps, tout le travail effectué est bénévole -la jeune femme s’en occupe en parallèle d’un premier emploi dans une banque d’investissement. Mais l’appel de l’entrepreneuriat se fait plus fort: “Il y a un an et demi, j’étais assise devant mon écran, et j’ai eu un moment de solitude, raconte-t-elle. Ça a peut-être duré une heure. Et puis, je me suis levée et j’ai annoncé à mon supérieur que je partais pour faire d’Empow’Her une véritable entreprise.

Depuis, en plus des missions ponctuelles dans différents pays, l’organisation s’est implantée en Côte d’Ivoire, et sera bientôt au Niger. Empow’her développe aussi son activité en France, où elle propose des formations et des actions de sensibilisation à l’égalité femmes-hommes. Une activité remarquée jusque chez Forbes France, qui a classé sa directrice parmi les 30 entrepreneur.es sociaux de moins de 30 ans de l’année. Nous l’avons soumise à l’interview “Workaholic”.

À quand remontent les premiers symptômes de ton workaholisme?

À la période où j’étais étudiante! J’ai toujours bien aimé avoir beaucoup de choses à faire, m’intéresser à plusieurs trucs à la fois: en classe préparatoire, j’avais une charge de travail importante, il fallait bosser beaucoup. J’ai continué comme ça dans le supérieur, en prenant beaucoup d’engagements associatifs, au-delà de mes activités universitaires.

La fois où tu as frôlé le burn out?

Ça peut arriver, dans les périodes-clés comme la fin d’année, ou la rentrée scolaire. Je peux me retrouver avec une to-do list, sans vraiment savoir par quel bout la prendre. Dans ces cas-là, l’enjeu est de ne pas se laisser dépasser par la charge de travail. Mais bon, pour l’instant ça va quand même! (Rires.)

En quoi travailler est-il grisant ?

Entreprendre est grisant, c’est fascinant parce que ça permet de créer quelque chose, de mettre un bout de soi, de ses tripes mais aussi son âme et son cerveau dans un projet qui tient à coeur. Une entreprise, c’est un bébé. Alors c’est prenant certes, mais c’est vraiment passionnant, c’est incroyable d’avoir cette liberté d’action.

Ton truc pour avoir de l’endurance ?

Plusieurs trucs, dont un trouvé cette semaine: j’essaie d’avoir un rythme de vie un peu équilibré, j’ai besoin de faire du sport, de me défouler, donc je cours, et puis je me suis mise au yoga, qui me calme bien. Sinon, je viens de commencer la méditation, donc on en reparle dans un mois!

Quels sont les effets secondaires désagréables ?

Ça laisse beaucoup moins de temps pour la vie personnelle, moins de temps pour la famille et les proches. Et c’est difficile de faire comprendre pourquoi on travaille tant, même s’il est normal que tout parent ou grand-parent pose ce genre de question. Mais il faut arriver à maintenir un équilibre entre vie sociale, vie affective, vie personnelle et boulot, donc ça demande de l’organisation.

Avec Empow'Her, Soazig Barthélémy aide les femmes à devenir entrepreneures

L’équipe d’Empow’Her, DR 

La dernière fois que tu as fait une nuit blanche?

Dans l’avion. Ça m’arrive même assez souvent parce que je suis pas mal en déplacement. En rentrant du Niger, par exemple, les vols retour sont toujours de nuit. Du coup, les nuits sont courtes, je dors peu.

Ton anti-stress le plus efficace?

Le bruit des vagues, les pieds dans le sable. Le simple fait de l’entendre me transporte dans un autre univers, c’est radical.

Ta façon d’appréhender la détox ?

J’ai besoin de temps. Pas nécessairement d’un lieu particulier, mais de quelques jours pour vraiment déconnecter. Je n’ai pas encore passé le cap de changer les codes de ma boîte mail pour les filer à quelqu’un d’autre, mais j’aurais besoin de le faire. Parce que la détox digitale aussi est importante: je me force à ne pas regarder mes mails, mes messages, etc.

À long terme, envisages-tu de décrocher?

Décrocher, je ne sais pas, faire autre chose, oui. J’aime lancer de nouvelles initiatives et j’espère garder cet état d’esprit. Après, si ça se fait dans le cadre d’Empow’her ou pas, on verra. Mais dans les prochaines années, de toute façon, je n’ai vraiment pas prévu de décrocher: il reste tellement de choses à faire!

Qu’est-ce qui te ferait arrêter?

Si je me lève un matin et que je n’ai plus envie d’y aller, que je ne sais pas pourquoi j’y vais, que je perds les valeurs qui sont au fondement de cette entreprise, ça remettrait pas mal de choses en question. Empow’Her véhicule des valeurs fortes, donc il est important qu’elles subsistent.

Propos recueillis par Mathilde Saliou


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