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Cette femme a contribué à vaincre le virus Ebola

Erica Ollmann Saphire s’est spécialisée dans la recherche contre le virus Ebola et la chaîne National Geographic nous fait découvrir sa bataille dans le premier épisode de la série Inventer le Futur. Interview.
Erica Ollmann Saphire, DR
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Erica Ollmann Saphire, DR


Lorsque l’épidémie du virus Ebola s’est déclarée en mars 2014 en Afrique de l’ouest, l’immunologiste américaine Erica Ollmann Saphire, spécialiste des maladies infectieuses au Scripps Research Institute en Californie, s’est retrouvée en première ligne. Avec son équipe, elle a bataillé pour monter un consortium international de scientifiques disséminés à travers la planète, qui ont uni leurs forces afin d’accélérer les recherches contre le virus qui ravageait l’Afrique et dont on craignait une expansion mondiale. Ils ont notamment mis au point un test de dépistage du virus directement inspiré d’un test de grossesse, facile à distribuer et ultra rapide, ce qui a été un élément-clé pour endiguer la pandémie.

Cette bataille scientifique et politique, Erica Ollmann Saphire la raconte dans le premier épisode de la série Inventer le Futur, qui sera diffusée à partir de ce soir sur la chaîne National Geographic. Réalisés par des réalisateurs VIP comme Ron Howard ou Angela Bassett, les épisodes suivent le parcours de scientifiques qui se battent aussi bien pour trouver un vaccin contre Ebola que pour récolter de l’eau dans des villages frappés par la sécheresse. Didactique et grand public, la série permet de vulgariser des sujets un brin arides et de découvrir les parcours hors du commun de certains chercheurs comme Erica Ollman Saphire, l’une des rares femmes du programme. Alors que deux nouveaux cas d’Ebola ont été signalés en Sierra Leone cette semaine, rencontre avec une spécialiste mondiale de la maladie.

Un programme télé sur Ebola peut-il aider à prendre conscience des risques de pandémie?

Oui, je l’espère. Les Européens et les Américains vivent dans une bulle privilégiée, ont un bon système de santé et de l’eau potable chez eux, ils ne se rendent pas compte du danger. Pourtant, les maladies infectieuses sont un problème mondial, les microbes voyagent. Si on avait mis plus de moyens il y a dix ans sur Ebola, on aurait sauvé beaucoup de gens et économisé beaucoup d’argent l’année dernière. Malheureusement, c’est comme pour une assurance-vie: on sait qu’on devrait en prendre une, mais on a du mal à faire un chèque. Les recherches seraient notre assurance, car d’autres microbes vont apparaître ou revenir, il y aura d’autres épidémies.

Quand as-tu su que tu deviendrais scientifique?

Mes parents étaient profs, et avaient de longues vacances d’été, alors on partait toujours camper pendant six semaines. Petite, j’étais déjà très impressionnée par la biodiversité et la nature en général. J’ai donc été à la fac pour étudier les sciences avant de me tourner vers la chimie. Je me suis spécialisée sur les molécules après avoir suivi un cours où j’ai eu la révélation: j’ai découvert que dans une molécule, tout, absolument tout, était écrit, notamment les neurones, les protons, les virus… C’était l’expérience intellectuelle la plus satisfaisante de ma vie, j’ai compris que j’étais face à l’essence de la biologie.

“Quand on pense à un scientifique, on pense à un homme aux cheveux gris, on ne pense pas à une femme.”

Ça fait quoi d’être la seule femme dans la pièce en permanence?

C’est vrai que la biophysique est un champ dominé par les hommes, mais il y a des avantages à être la seule femme. Par exemple, tu peux aller voir quelqu’un d’important dans un colloque où tu as quinze secondes pour attirer son attention. Si tu dis quelque chose d’intelligent pendant ces 15 secondes, tu as moins de risques qu’il t’ignore automatiquement, juste parce que tu es différente. (Rires.) Ça m’a aussi aidée pour discuter, négocier quand il a fallu mettre tout le monde d’accord dans le consortium.

Il doit aussi y avoir des inconvénients?

Il existe bien sûr un sexisme ordinaire, comme partout. Quand on pense à un scientifique, on pense à un homme aux cheveux gris, on ne pense pas à une femme. Et beaucoup d’études montrent qu’à CV égal, Jennifer aura moins de chance d’avoir le poste que John, à moins d’avoir eu plus de publications et bossé davantage. Mais comme je n’ai jamais passé 24 heures dans la peau d’Eric à la place d’Erika, je ne sais pas ce qui aurait été plus facile ou plus dur.

Les sciences manquent cruellement de femmes, comment faire changer ça?

Il faut montrer aux petites filles que les sciences sont à leur portée. Si elles ne voient que des femmes au foyer à la télé, elles n’auront même pas l’idée de devenir scientifiques, il faut déjà leur dire que ça existe. Moi-même, je doute tous les jours, je n’ai jamais pensé que j’étais particulièrement intelligente ni que je ferais de la biophysique un jour, c’est vraiment ce cours à la fac qui a été déterminant. Et pour celles que ça inquiète, qu’elles sachent que la vie de professeur est très facile à concilier avec une vie de famille!

En quoi tes recherches sur le VIH t’ont-elles aidée pour Ebola?

J’ai fait ma thèse sur le VIH. J’avais appris comment fonctionnaient les anticorps contre le VIH et j’ai transposé certaines méthodes pour comprendre comment les anticorps fonctionnaient contre Ebola. C’est aussi en parlant avec des scientifiques de mon institut, en essayant de comprendre comment ils combattaient la grippe et comment ils mettaient au point des vaccins que j’ai eu des idées. Par ailleurs, j’avais à portée de main toute une technologie qui m’a beaucoup aidée dans mes recherches.

“Il n’y a pas besoin d’être un scientifique pointu pour s’intéresser à la science.”

Comment ne pas céder à la peur d’être contaminée sur le terrain?

Quand on est confronté tous les jours à la maladie, on devient immunisé mentalement. On est prudent, on s’entraîne à acquérir les bons réflexes. C’est exactement comme rouler sur l’autoroute: ça peut mal finir et on peut mourir à chaque instant, mais on n’est pas terrifiés d’y aller, parce qu’on a l’habitude, qu’on regarde dans le rétro et qu’on attache sa ceinture de sécurité. Dans un labo et sur le terrain, on fait tous les vaccins qu’on peut, on se lave les mains, on porte des gants, on fait très attention quand on enlève ses gants. Nous avons un système immunitaire incroyable et la plupart des gens ne sont pas infectés par les virus, alors que nous sommes tous au contact de microbes tout le temps.

Face à la maladie, nous n’avons pas les mêmes chances de guérison selon les pays… Comment accepter cette injustice quand on fait de la recherche?

Ce n’est pas facile à accepter. Ian Crozier, qui a été contaminé par le virus Ebola (Ndlr: le programme revient sur sa guérison à rebondissements), est vivant parce qu’il a été soigné aux États-Unis. Il n’aurait pas survécu en Afrique, et c’est profondément injuste. En tant que chercheurs, c’est notre responsabilité d’apporter des soins, mais aussi de former le personnel local, c’est ça qui améliore les conditions de vie sur place. Ainsi, les gens ont quelqu’un tout le temps, qui les connaît, parle leur langue et apporte des soins que nous, Européens et Américains, ne pourrions pas apporter. Pendant l’épidémie, des anthropologues nous ont aidés à comprendre que nos combinaisons étaient un obstacle: on ne voyait pas nos visages et les familles ne voulaient pas nous confier les patients.

Que penses-tu des superproductions hollywoodiennes qui s’emparent de ce type de thèmes?

Je trouve ça utile, parce que le vendredi après une semaine de travail, tu ne vas probablement pas aller à une conférence scientifique austère, mais tu vas peut-être aller au cinéma. Il n’y a pas besoin d’être un scientifique pointu pour s’intéresser à la science, tout comme il n’y a pas besoin d’être violoniste pour apprécier un concert. Contagion a permis de parler des maladies infectieuses, Eternal Sunshine of the Spotless Mind des problèmes mentaux. Il y a aussi eu des films sur le sida. Hollywood aide vraiment à montrer les enjeux humains qui existent dans un labo, ainsi que les étapes qui mènent à une découverte.

Propos recueillis par Myriam Levain

Combattre les pandémies
Vendredi 22 janvier à 21h30 sur National Geographic


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Erica Ollmann Saphire, DR - Cheek Magazine
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Erica Ollmann Saphire, DR - Cheek Magazine
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