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Elles construisent des logements avec des matériaux de récupération

Clara Piolatto, Gwenaëlle Rivière et Clotilde Buisson ont lancé l’association Faire avec à l’été 2018. Contre le gâchis, elles veulent récupérer des matériaux pour bâtir des logements solidaires et écologiques. Découverte d’un trio engagé et innovant.
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On a rendez-vous à Bagnolet, dans l’espace de coworking design où elles ont posé leur bureau. Dans un grand salon aménagé, on s’installe sur des sièges vintage avec Clara Piolatto, l’une des trois architectes fondatrices de Faire avec. On est convaincues qu’il faut remettre l’architecture au coeur de sa première valeur: la qualité accessible à tout·e·s”, explique-t-elle. En août 2018, son association naît d’un double constat: “le gaspillage dans le secteur du bâtiment et les millions de personnes mal-logées.” D’un côté, les chantiers sont pleins de matériaux neufs et non-utilisés. De l’autre, les associations ont peu de budget pour aménager leurs espaces d’hébergement. “En recoupant les deux enjeux, on peut faire émerger des solutions”, lance avec espoir Clara Piolatto.

 

Construire un futur désirable pour l’architecture

L’aventure du trio commence en 2017, alors qu’elles partagent des bureaux. L’une, Gwenaëlle Rivière, est architecte freelance, l’autre, Clotilde Buisson, travaille pour une agence, tandis que Clara Piolatto fait un stage de fin d’études.“On avait trois statuts pas du tout similaires, mais des centres d’intérêts en commun”, raconte-t-elle. Un jour, Gwenaëlle leur propose de répondre à l’appel à projet de Faire Paris, un accélérateur de projets architecturaux. Elles découvrent alors l’écosystème social. “C’était chouette. On a rencontré des gens qu’on aimait beaucoup, comme les Compagnons Bâtisseurs et Emmaüs Solidarité”, raconte Clara Piolatto. Le défi, c’est alors de trouver un socle commun à leurs sensibilités: le recyclage, le contact humain et les questions de précarité. Au fil des week-ends et des soirées, le projet de Faire avec se dessine. Leur idée? Récupérer des matériaux pour bâtir des logements solidaires et écologiques. Au sein de cette association pour laquelle elles travaillent désormais à 80%, elles doivent développer elles-mêmes leurs outils, pour créer un cercle vertueux entre les fournisseurs, une plateforme de récupération de matériaux et les studios. “Pour l’instant, on bricole un peu. Mais on veut créer une filière. Plus l’offre va être simple et intuitive pour les architectes, plus elle va être utilisée”, explique Clara Piolatto. Pour l’heure, récupérer des matériaux neufs n’est pas moins cher. “Mais c’est à moindre coût pour la planète!” réplique avec facétie l’architecte. “On cherchait des territoires d’expérimentation, alors on a envoyé plein de candidatures spontanées”, poursuit-elle. On les rappelle. Elles travaillent aujourd’hui sur leurs premiers contrats, avec le Comité Action Logement et Emmaüs.

 

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A l’écoute de tout·e·s

Emmaüs leur a proposé de plancher sur la transformation du centre d’hébergement George Dunand à Paris, pour passer de chambres collectives à des chambres individuelles. “Les architectes ont deux contraintes: le temps et le coût”, explique Clara Piolatto. Avec ces paramètres, prendre en compte les besoins de chacun·e est un défi. “Dans Faire Avec, il y a un processus de co-conception. On veut replacer les premières personnes concernées au coeur du projet architectural”, défendent-elles. Pour réaliser leur étude sur le centre d’hébergement, elles passent du temps à échanger avec les occupant·e·s. “C’est un long travail de prise de confiance. On discute, sans jugement. Elles cherchent à connaître leurs habitudes de vie et les changements qui pourraient vraiment améliorer leur quotidien. “Notre métier, c’est se mettre dans la peau de l’autre, de savoir comment elle/il se lève la matin, comment elle/il a envie de dormir le soir…” explique Clara Piolatto. Elles utilisent aussi la médiation artistique pour comprendre la relation des hébergé·e·s à l’espace. “Avec le photographe Vivian Daval, on a fait des portraits et on les a donnés aux gens pour qu’ils·elles les installent où ils·elles veulent dans le centre. On a ensuite regardé les lieux où les hébergé·e·s avaient envie de poser leurs cadres”. Passer par la médiation artistique permet aussi de décloisonner les barrières du genre: “On a amené au centre plusieurs fois la danseuse Yasmine Youcef. D’habitude, c’était plutôt les mecs qui venaient nous voir, en sortant avec nous fumer. Dans les moments où elle était-là, les femmes allaient plus vers nous”, raconte-t-elle.

 

Etre une “femme architecte”

Créer une association avec trois femmes à sa tête ne passe pas inaperçu. Repérées par France Inter, elles ont reçu le prix d’innovation Cognacq-Jay à l’automne, pour leur proposition “d’améliorer l’habitat sans discrimination”. “On cite toujours les mêmes noms de femmes architectes, mais il y en a plein des nanas, tout autour du monde. Alors c’est bien si notre projet peut avoir de la visibilité, peut montrer qu’il y a des femmes qui font bien de l’archi”, s’enthousiasme Clara Piolatto. Si elles n’ont pas forcément cherché à se créer un univers “safe” en travaillant entre femmes, elles décèlent au quotidien des micro-détails sur la façon dont on les perçoit. “Clotilde a remarqué qu’on nous présente toujours comme des ‘femmes architectes’. Mais le mot architecte n’est ni masculin, ni féminin. On pourrait simplement dire architectes”, raconte Clara Piolatto. Le 8 mars dernier, elle était à une conférence du collectif MEMO, qui agit pour la visibilité du matrimoine architectural et la défense des droits des architectes femmes. “Elles expliquaient que dans la Convention Nationale des Architectes, le congé maternité est placé sous le régime des congés maladies. C’est hyper stigmatisant”. De l’engagement écolo-solidaire au féminisme, les ponts ne manquent pas.

Manon Walquan 


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