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Enquête

En France, nous avons beaucoup à apprendre du féminisme québécois

Au Québec, le féminisme n’est plus un gros mot. Il fait avancer la société vers une égalité quasi parfaite, au travail, à la maison et dans les médias. Rencontre avec nos cousins d’Amérique, qui ont encore de bonnes leçons à nous donner.
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Capture d'écran "Femme ta gueule", DR

Capture d'écran "Femme ta gueule", DR


En tant que femme, je me sens largement mieux au Québec.” Claire, 31 ans, une Française installée à Montréal depuis 4 ans est sans appel: il fait bon vivre du côté de nos cousins québécois, aussi bien au travail qu’à la maison, “c’est une question de culture”.

Aujourd’hui au Québec, la femme est vraiment l’égale de l’homme -même si quelques efforts restent à faire au niveau des salaires. En 1996, la première loi sur l’équité salariale voit le jour, alors que ce principe était inscrit en France depuis 1972. Néanmoins, en 2016, les Québécoises, qui sont plus diplômées que les Québécois, ont gagné un salaire hebdomadaire équivalant à 79,1% du leur, selon l’IRIS. En France, selon l’association Business Professional Women, les femmes ont gagné 74,3% du salaire des hommes la même année.

Au Québec, il y a beaucoup de directrices, de vice-présidentes, de présidentes, c’est ancré dans la culture.”

Claire a pu comparer: “En France, dans la vie de tous les jours, j’avais un bon rapport au féminisme, et je n’avais pas d’amis machos. Par contre, au travail, c’était plus compliqué. D’ailleurs, il n’y avait pas de femme dans ma hiérarchie. Au Québec, il y a beaucoup de directrices, de vice-présidentes, de présidentes, c’est ancré dans la culture et on leur laisse le temps de gérer leur famille.” En effet, contrairement aux 16 semaines de congé maternité accordées en France, les Québécoises peuvent bénéficier de 18 semaines de congé maternité et d’un an de congé parental rémunéré à 70% puis 55% du salaire, que l’employeur peut compléter jusqu’à 100%. Côté paternel, c’est 5 semaines à 70% du salaire, au lieu de 11 jours en France. Une avancée sociale majeure qui permet aux Québécois de mieux concilier leur vie de famille avec leur vie professionnelle.

 

Un réel partage des tâches à la maison

Les hommes québécois savent qu’ils doivent changer les couches, faire la vaisselle, faire les courses, et que leurs femmes peuvent gagner plus qu’eux”, ajoute la Française. Ils sont en effet plus intégrés au combat féministe et ont été des acteurs importants dans la conquête des droits des femmes. Jean-Philippe, 30 ans, qui se prépare à être père, le confirme: “Au Québec, le nouveau courant féministe a une approche différente de celui qui réprimandait les hommes. Les féministes disent ‘nous voulons avoir le choix’ et ça fait moins peur aux hommes. Si, être féministe, c’est être pour l’égalité, alors je le suis.” Dirigé par une femme au travail, il confie de manière évidente ne pas voir pourquoi il se sentirait mal par rapport à cela.

D’autre part, les représentations ne sont pas les mêmes outre-Atlantique. Si les pages de publicité et les affiches exposent majoritairement de très belles femmes minces, “l’apparence physique est beaucoup moins importante, explique la Française Claire. Ici, il y a des présentatrices en surpoids qui sont des stars”. Les femmes seraient donc moins complexées en Amérique.

 

Une histoire commune, mais des avancées plus rapides

Pourtant, comme en France, le féminisme québécois a démarré en s’appuyant sur des revendications concernant l’éducation des jeunes filles, la situation juridique, le travail, la santé et les droits des femmes. L’éligibilité et le droit de vote arrivent au Québec en 1940, précédant de quatre ans la France, alors qu’il était déjà en place au niveau fédéral dans tout le Canada depuis 1917.

Les baby-boomers ont jeté la religion par la fenêtre.

L’après-guerre voit alors débouler une nouvelle vague féministe, réclamant plus d’égalité et d’émancipation. “Les baby-boomers ont jeté la religion par la fenêtre. L’Église, qui était très influente, tenait à ce que les femmes restent à la maison et fassent des enfants. C’est à ce moment-là que le féminisme est arrivé, se souvient Ginette, ancienne banquière de 63 ans. Je ne me suis pas promenée avec le soutien-gorge au bout du bâton mais j’ai aidé beaucoup de femmes à se prendre en main, en les incitant à avoir leur propre compte ou une carte de crédit à leur nom par exemple.” Des pas importants vers l’égalité.

 

Un rire qui libère

Mariana Mazza, talentueuse humoriste québécoise qui a intitulé son dernier spectacle Femme ta gueule, s’amuse des derniers tabous liés aux femmes. “En France, je suis venue faire quelques petits bouts de mon show dans des bars. Oublie ça! Vous n’êtes pas prêts! Vous n’êtes pas prêts à voir des femmes assumer leur corps et leur sexualité. Quand je fais mon numéro sur la masturbation féminine où je dis à quel point c’est la meilleure chose au monde, je vois le vide dans les yeux des filles. Je suis trop libérée pour vous.”

Elle ajoute: “Selon moi, le féminisme est différent dans chaque pays. Dans le nôtre, c’est un moins gros mot que dans le vôtre. Ici, dès qu’un homme met la main sur une femme, il est ruiné. En France, le premier réflexe c’est ‘Comment elle était habillée?. Ici, si quelqu’un me met une main au cul et qu’on me demande comment j’étais habillée, il est possible que je poursuive aussi la personne qui m’a demandé ça.” Preuve que nos cousins québécois ont bel et bien une longueur d’avance sur nous.

 
 

Julie Hamaïde


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