société

Dossier Nouveaux Féminismes / En partenariat avec le CFPJ

Pour elles, féminisme et religion ne sont pas incompatibles

Antinomiques pour beaucoup, la foi et le féminisme sont pourtant étroitement liés pour certaines. Une catholique, une musulmane et une juive nous racontent comment, en 2016, elles concilient ces deux aspects de leurs vies.
© Victoria Masson pour Cheek Magazine
© Victoria Masson pour Cheek Magazine

© Victoria Masson pour Cheek Magazine


Alors que notre été a été rythmé par le burkini et toutes les considérations vestimentaro-religieuses qui ont accompagné ce “débat”, nous avons eu envie de donner la parole à plusieurs jeunes femmes pour qui être croyante et être féministe n’est pas antinomique. Qu’elles soient catholique, musulmane ou juive, elles nous expliquent comment elles allient au quotidien leur féminisme et leur religion.

 

Marie-Amélie, 33 ans, catholique: “Je suis pour le mariage gay, pour le droit à l’IVG et contre la Manif’ pour tous”

“Je suis catholique et féministe, mais je ne suis pas militante pour autant. Je m’occupe d’un groupe d’aumônerie où filles et garçons évoluent ensemble, dans la mixité et le respect. Je suis admirative des combats qui sont menés avec beaucoup de courage par les femmes. Je ne me retrouve pas dans tous, mais je me sens plus proche de bon nombre de batailles féministes que de certaines menées par les réacs cathos! Je suis parfois heurtée par les propos que peuvent tenir certaines personnes, croyantes ou non, sur leur vision de la femme, de son rapport à la sexualité, à la contraception, etc. Je suis pour le mariage gay, la contraception, pour le droit à l’IVG et contre la Manif’ pour tous. Je m’inquiète des esprits réactionnaires, que je ne comprends pas vraiment, et qui font beaucoup de tort à la religion. Ils l’utilisent à leur profit, la prennent en otage de leur pensée! On oublie trop souvent que Jésus n’est pas allé vers des gens bien pensants mais qu’il a accueilli ceux qui n’étaient pas les mieux acceptés par la société.

Dans ma vie quotidienne, il s’agit surtout d’une mentalité que j’essaie de défendre, nous vivons dans une société tellement patriarcale et masculine… Les injustices du quotidien commencent par des mains inconnues qui vous touchent dans le métro, et ça, c’est insupportable! Dans ma vie de couple par exemple, je ne me sens pas en position d’infériorité mais au contraire respectée. Les tâches sont équitablement réparties. Nous voulons des enfants mais sommes heureux de pouvoir décider du moment et du nombre que nous aurons, notre foi n’est pas un frein. Fille ou garçon, je veux leur transmettre le respect de l’autre.  L’éducation a un grand rôle à jouer pour désamorcer la misogynie. L’Église a fait beaucoup de chemin, et il est plus facile aujourd’hui de concilier foi et féminisme, on parle plus qu’avant de sujets qui semblaient tabous.

 

Khéra, 25 ans, musulmane: “Je suis féministe car je suis libre”

“J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours encouragée et soutenue dans mes choix et mon envie d’être indépendante. Croire et être féministe peuvent matcher, la preuve, je suis les deux. Les débats sur le voile et le burkini me fatiguent. On a une vision coloniale de l’islam, on nous dit ce qui est bien, ce qui ne l’est pas, comment les femmes doivent se vêtir, etc. Je suis lassée de voir l’image véhiculée par les médias des femmes musulmanes, on parle à leur place. Elles ne sont pas assez, ou pas correctement, représentées et cela influence la vision que l’on se fait d’une communauté. L’islam est égalitaire, les hommes se sont appropriés les textes religieux en les interprétant. Ne pas avoir le droit de conduire en Arabie Saoudite n’est évidemment pas un commandement de Dieu!

Il y a clairement eu des évolutions, notamment dans la sphère privée. Nos grand-mères devaient se marier jeunes, ne poursuivaient pas leurs études et étaient mères avant tout. Aujourd’hui, on peut être femme et mère, et il est même important de concilier les deux. La sexualité avant le mariage se normalise aussi. J’ai déjà eu plusieurs copains et je pense que c’est important. Mes parents savent que j’ai quelqu’un, mais je ne souhaite leur présenter que le bon. C’est une question de pudeur.

Pour moi, tout commence par l’éducation, en famille comme à l’école. J’inculquerai l’amour, la tolérance, le respect à mes enfants, comme mes parents l’ont fait avec moi. J’aimerais que leur père ait une place équivalente à la mienne et qu’il s’investisse dans l’éducation de nos enfants. Je suis admirative du mode de vie des pays nordiques. En Suède par exemple, le père doit prendre un congé de paternité, ça devrait être obligatoire en France.”

 

Sarah, 31 ans, juive: “Cette image sexiste de la religion n’est plus vraie”

“J’ai été élevée dans la tradition juive. J’allais au Talmud Torah -le cathéchisme juif- j’ai fait ma bat-mitsva, je fais Shabbat tous les vendredis soir en famille et je mange kasher. Dans ma vie professionnelle, j’ai déjà été confrontée au sexisme. Je suis médecin, à l’hôpital, lorsque j’arrive après des infirmiers hommes, certains patients demandent quand le médecin va revenir, on en est encore là! À la synagogue aussi, le sexisme est présent. Qu’hommes et femmes ne fassent pas les mêmes choses, ça ne me dérange pas. Mais lorsque je partage un repas en famille et que seules les femmes se lèvent; où qu’à l’office les femmes sont séparées des hommes, ça me donne des boutons. Je ne fais partie d’aucun mouvement féministe, mais je suis pour l’égalité hommes-femmes, et je ne vois pas en quoi féminisme et religion seraient contradictoires. Je suis convaincue que les évolutions passeront par les rabbins, qui feront passer des messages, car certains n’écouteront que ces hommes.

Je veux me marier religieusement car ça compte pour moi. Pour autant, porter le nom de son mari, n’avoir qu’un partenaire pour la vie, que les tâches ménagères ne soient dédiées qu’aux femmes, cela ne vient pas, selon moi, de la religion mais de la culture, de la société. Chez moi, la question de la répartition des tâches ne se pose même pas! Je n’ai pas cette image sexiste de la religion, et elle n’est plus vraie. Les mentalités ont évolué.

Quand je demande à ma grand-mère de 90 ans si l’on peut avoir des enfants avant le mariage, elle fait signe que non de la tête. Je ne suis pas mariée, je vis avec mon copain depuis un an, et je veux porter nos deux noms. Ma mère qui vient d’une famille très pratiquante ne remet pas en cause mes choix, ni mon père. Il préférerait que j’ai des enfants après m’être mariée mais il serait très heureux d’avoir un petit-fils aujourd’hui. Et plus tard, il n’y aura aucune différence d’éducation entre mes enfants, fille ou garçon.”

Propos recueillis par Victoria Masson


3. Atteinte d'un cancer généralisé à 26 ans, Camille a eu recours à la GPA en Grèce

Si vous ne deviez écouter qu’un seul podcast aujourd’hui, ce serait le nouvel épisode de Bliss Stories dans lequel Camille, atteinte d’un cancer généralisé à 26 ans, a eu recours à une GPA en Grèce.
© Victoria Masson pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Victoria Masson pour Cheek Magazine

4. Christelle Delarue, la “Lionne” qui combat le sexisme dans la pub

Après une campagne d’affichage sauvage retentissante et alors que Les Lions de Cannes, grand raout publicitaire organisé sur la Croisette, ont lieu cette semaine, on s’est entretenues avec Christelle Delarue, fondatrice de l’agence de pub féministe Mad&Women et de l’association de lutte contre le sexisme Les Lionnes.
© Victoria Masson pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Victoria Masson pour Cheek Magazine

5. Avec Women Do Wine, Sandrine Goeyvaerts démonte les clichés sexistes autour du vin

Elles sont vigneronnes, journalistes, blogueuses, sommelières… Les femmes du vin organisent le 23 juin à la Bellevilloise leur première rencontre. La preuve que dans ce milieu longtemps considéré comme masculin, les lignes bougent.
© Victoria Masson pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Victoria Masson pour Cheek Magazine

7. “Tombeur” versus “salope”: pourquoi il est urgent de mettre un terme au tabou de l'infidélité féminine

Si la diabolisation des femmes infidèles au sein des couples hétérosexuels remonte à plusieurs millénaires, elle a toujours cours en 2019. Entre le cliché de la “salope” qui ne se respecte pas et celui de la femme qui ne trompe que si elle se sent délaissée, pourquoi l’infidélité masculine a-t-elle toujours été bien mieux tolérée socialement? Décryptage.
© Victoria Masson pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Victoria Masson pour Cheek Magazine