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Faut-il être un homme pour être président(e)?

Alors qu’on compte seulement deux femmes parmi les 11 candidats à l’élection présidentielle, on pose la question qui fâche: faut-il être un homme pour être présidentiable?
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La voix grave, les cheveux courts, un costume bien taillé et une bonne dose de testostérone, voilà qui semble être la panoplie nécessaire pour être président de la République. On pose donc la question: faut-il être un homme pour être présidentiable? “À voir le nombre de candidats, oui”, répond sans hésiter Marlène Coulomb-Gully, chercheuse en communication politique et membre du Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes. Après avoir étudié, élections après élections, les mécanismes cachés de la politique et de la presse, cette spécialiste affirme que les deux baignent dans un sexisme “structurellement inconscient” ancré aux racines du pouvoir et qui expliquerait pourquoi, en France, aucune femme n’a jamais accédé à la plus haute fonction de l’État.

D’ailleurs en 2017, dans la liste des onze candidats à l’élection présidentielle, seules deux femmes sont présentes, toutes deux aux extrêmes de l’échiquier politique. D’un côté, Nathalie Arthaud pour Lutte Ouvrière (LO) et de l’autre, Marine Le Pen pour le Front national (FN). Dans les partis dits “traditionnels”, seuls les hommes semblent autorisés à se présenter. Pourtant, selon un sondage Ifop pour Femme Actuelle et RTL datant de 2015, 95 % des Français seraient favorables à ce qu’une femme accède à l’Élysée. Alors pourquoi les femmes ont-elles tant de peine à atteindre la fonction présidentielle?

Ministères de l’Éducation, des Droits des femmes et de la Famille, ou de la Santé, les femmes politiques sont renvoyées à leurs fonctions symboliques de mère et de femme au foyer.

 

“On a exclu les femmes du pouvoir”

Dans son livre Présidente: le grand défi, paru en 2012, Marlène Coulomb-Gully explique comment la France, a toujours empêché les femmes d’accéder au pouvoir. Dès le Moyen-Age, une loi leur interdit le trône. Le mot “reine” n’a jamais désigné que l’épouse du roi, dont le seul pouvoir consistait à faire naître un futur héritier. “C’est une exception en Europe”, souligne la chercheuse, tout en rappelant que, dans un système parlementaire comme l’Angleterre, de grandes reines se sont succédé. Voilà comment aujourd’hui la France a hérité d’une monarchie présidentielle, où le président détient encore une forte image paternaliste. “On a exclu les femmes du pouvoir”, déplore Marlène Colomb-Gully. Un héritage qu’on retrouve aujourd’hui dans toutes les sphères du pouvoir, du Sénat à l’Assemblée nationale, en passant par les régions, où “90 % des présidents sont des hommes”.

Pire encore, au sein même du gouvernement, les ministères régaliens -l’Intérieur, la Défense, la Justice- sont constamment attribués aux hommes, tandis que ceux qui appartiennent au domaine du “care”, c’est-à-dire “aux fonctions maternantes”, sont données aux femmes. Ministères de l’Éducation, des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes ou de la Santé, les femmes politiques sont ainsi renvoyées à leurs fonctions symboliques de mère et de femme au foyer. Marlène Couloumb-Gully parle d’une “ségrégation horizontale” qui les empêcherait d’arriver à la tête de l’État.

Si une femme politique change d’avis, on dira qu’elle est ‘inconstante’, alors qu’un homme sera considéré comme étant ‘à l’écoute’.

“Mais qui va garder les enfants?”

Que se passe-t-il quand une femme s’approche franchement des portes du palais présidentiel? Elle subit le sexisme de ses concurrents, de ses confrères, des médias, mais aussi de l’inconscient collectif, pour qui voir une femme gouverner est inconcevable. L’échec de Ségolène Royal, seule femme à atteindre le second tour d’une élection présidentielle en 2007, en est le parfait exemple. Si son échec face à Nicolas Sarkozy s’explique par diverses raisons, il est indéniable que “son genre en est un élément”, assure Marlène Couloumb-Gully. “Mais qui va garder les enfants?”, ricane Fabius, “L’élection présidentielle n’est pas un concours de beauté”, lance Mélenchon et, même dans son propre camp, Ségolène Royal est à l’époque victime d’attaques misogynes.

Quant aux médias, ils l’appellent systématiquement par son prénom, titrent sur son tailleur, son sourire, sa maternité ou encore sa séduction. Au final, on lui fait un procès en incompétence. “Elle a souhaité user de son genre comme d’une arme”, explique la chercheuse, mais ce dernier s’est finalement retourné contre elle. On l’a dépeinte avant tout comme une femme, et non comme une personnalité politique.

 

“Marine Le Pen joue sur son androgynie”

Marlène Coulomb-Gully explique comment le vocabulaire choisi pour parler des femmes politiques les renvoie systématiquement à des stéréotypes sexistes: “Si une femme politique change d’avis, on dira qu’elle est ‘inconstante’, alors qu’un homme sera considéré comme étant ‘à l’écoute’; idem si une femme déclare ne pas savoir quelque chose, on va affirmer qu’elle est ‘incompétente’, tandis qu’un homme sera perçu comme ‘honnête’.

Une injustice à laquelle seule Marine Le Pen échappe. Cheveux blonds, robe et talons, la candidate d’extrême-droite possède les dits attributs de la féminité, mais “elle joue sur son androgynie”, estime Marlène Coulomb-Gully, notamment avec sa voix rauque de fumeuse, ses grands éclats de rires et son côté rentre dedans. Et surtout, elle porte la marque Le Pen, qui fait d’elle une héritière légitime au trône du FN. La seule femme qui pourrait l’emporter est donc celle qui a le pire des programmes en matière de droits des femmes. C’est le serpent qui se mord la queue. Pour Marlène Coulomb-Gully, voter Marine Le Pen, quand on est une femme, serait de l’ordre du syndrome de Stockholm. Le chemin s’avère donc encore long, avant de voir un jour, une femme accéder à la plus haute fonction de l’État. 

Virginie Cresci


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