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Un docu interroge la place des femmes chefs dans le monde

Dans son documentaire À la recherche des femmes chefs, Vérane Frédiani dresse un état des lieux du monde de la gastronomie, où les femmes sont encore beaucoup trop absentes.
© La Ferme Production
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Pourquoi à l’Élysée il n’y a pas une femme chef? Même à la Maison Blanche il y en a une, et Trump s’est bien gardé de la licencier”, s’interroge à haute voix la réalisatrice Vérane Frédiani. Fraîchement débarquée de Marseille, elle nous reçoit dans un hôtel parisien du Xème arrondissement et nous raconte la genèse de son documentaire À la recherche des femmes chefs, en salles demain au cinéma. “Je cherchais à faire un film sur les femmes, et la gastronomie m’est apparue comme le terrain idéal pour parler de leurs difficultés dans le monde professionnel, explique-t-elle. La gastronomie est un sujet universel, ça touche tout le monde!” Le déclic lui vient alors qu’elle produit et monte le documentaire Steak (R)evolution, une expédition destinée à “trouver le meilleur steak du monde”.

Au fil de ses rencontres, la question commence à germer: pourquoi trouve-t-on aussi peu de femmes derrière les fourneaux des grands restaurants? Elle se décide alors à partir à nouveau aux quatre coins du monde, accompagnée de son Canon 5D et de son micro cravate. L’objectif? Faire témoigner ces femmes qui sont parvenues à s’imposer dans le milieu très masculin de la gastronomie. Durant deux ans, cette autodidacte multiplie les entretiens. Parfois aidée par son mari et sa fille, elle réalise la majorité du documentaire en totale autonomie. “J’ai même fait l’affiche après une formation Photoshop”, raconte t-elle en souriant.

 

À quand la parité?

Au-delà des coups de tampons sur son passeport et des miles qu’elle a accumulés, Vérane Frédiani est persuadée que les frontières n’ont aucun sens. Dans son documentaire, elle cherche à “rassembler les femmes”, partant du constat que les problématiques rencontrées dépassent le simple cadre linguistique. “Quand on parle de gastronomie, les frontières ne veulent pas dire grand-chose. La cuisine française a bien entendu un impact majeur, mais heureusement que beaucoup d’autres existent aujourd’hui.” Et à ses yeux, il y aurait de véritables similitudes entre les différentes femmes chefs, quelle que soit leur nationalité: “Malgré certaines différences, la situation est la même à peu près partout, elles peuvent toutes se réunir autour de la même bannière car elles rencontrent les mêmes problèmes.

Si la parité progresse sur les bancs de l’Assemblée nationale en France, elle est encore un horizon lointain dans le milieu de la restauration. Un paradoxe. Alors que les femmes sont majoritaires dans les écoles de cuisine -ce que montrent les chiffres du réseau d’écoles Le Cordon Bleu (60% de femmes) ou encore de la célèbre école Ferrandi (50%)-, la situation s’inverse à mesure que sont gravis les échelons. Les femmes accèdent difficilement aux postes les plus toqués, chasse gardée de la gente masculine. “Pour moi, c’est déjà un problème de portes qu’on ne leur ouvre pas, estime la réalisatrice. Le sommet de la pyramide est réservé aux hommes et les femmes sont reléguées en contrebas.”

Il faut apprendre aux filles à rêver et à croire en leurs rêves.

Les femmes qui travaillent dans la restauration doivent faire face aux mêmes arbitrages que dans les autres professions en termes de vie privée et vie professionnelle, à l’heure où la “charge mentale” pèse toujours majoritairement sur elles. Une inégalité de fond qui empêche, selon la réalisatrice, la libération de la parole des femmes. “Il y a trop souvent un problème d’ambition et de confiance chez les femmes, qui commence dès l’enfance. Il faut apprendre aux filles à rêver et à croire en leurs rêves. Et il faudrait des écoles de bluff! On a toutes du mal à demander un salaire, on a toujours peur de demander trop, mais trop par rapport à quoi? On a les mêmes dépenses que les hommes!”, s’exclame la réalisatrice. Allant jusqu’à appliquer cette théorie aux élections présidentielles américaines: “Même Hillary Clinton a eu ce problème. Elle a voulu faire la candidate sérieuse et c’est le clown qui a gagné. Par contre, si elle avait fait le clown, cela n’aurait pas marché non plus. Ça dit beaucoup de choses sur le marketing féminin.

 

Un manque de visibilité

Si les femmes sont bel et bien en minorité dans la gastronomie, pas question pour Vérane Frédiani de parler de disparition ou d’absence. “Il y a avant tout une méconnaissance des femmes chefs. J’ai découvert progressivement qu’il y en avait énormément, et qu’il y en a eu dans l’histoire. On vit sur cet espèce de mythe qu’il n’y en a pas eu dans les années 70 et 80, mais c’est complètement faux, affirme-t-elle. En effet, quand on tape sur Internet les noms des femmes chefs, il n’y a pas grand-chose. Or, quand ce n’est pas sur Internet, c’est comme si ça n’avait pas existé. Leurs livres ne sont plus édités, elles tombent dans l’oubli.”

On a besoin de modèles féminins divers et variés pour nous pousser à aller de l’avant.”

Sa réponse pour combler ce manque? Des modèles forts. “On a besoin de modèles féminins divers et variés pour nous pousser à aller de l’avant, à n’importe quel âge. C’est pour ça que c’était très important d’aller un peu partout dans le monde, mais aussi de voyager dans la société, de ne pas juste aller vers des femmes chefs étoilées renommées, déclare Vérane Frédiani. En tant que femme, si on veut faire des choses, il faut se retrousser les manches et s’aider soi-même. Il ne faut pas attendre d’avoir les conditions parfaites pour faire les choses, sinon elles ne se feront jamais.” Avant de lancer un message plus ou moins indirect au nouveau président français: “C’est aux hommes et aux femmes de pouvoir de faire très attention à ce qu’ils font et de ne jamais oublier les femmes de l’histoire et les femmes d’aujourd’hui.

Et lorsqu’on lui demande si se battre pour devenir chef est forcément un acte féministe, sa réponse est claire: “Pour moi être féministe, c’est simplement être humain. Un homme égale une femme. À partir de là, qui peut dire ‘je ne suis pas féministe’?”. Mais son constat est plutôt positif quant à l’avenir des femmes chefs: “On est dans une bonne dynamique. On a une carte à jouer mais c’est maintenant qu’il faut y aller, et ça ne se jouera qu’avec la solidarité qui se met progressivement en place entre les femmes. Parlons nous-mêmes de nous-mêmes.” Message reçu.

Manon Michel

En salles le 5 juillet.


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