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Les Girls on Wheels prennent d'assaut la ville à vélo

Depuis deux ans, elles sillonnent les rues de Paris, entre filles. Pour prendre confiance face au milieu très masculin du cyclisme, montrer qu’elles ont leur place en ville et se dépenser dans une ambiance bienveillante.
instagram/@gow_girlsonwheels
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Exit le cliché de la parisienne en bicyclette et robe à fleurs: sur leurs légers vélos de course, les filles de Girls on Wheels se rejoignent une à une, casque sur la tête, en face de l’ancien Palais de Justice. Elles ont autour de 25 ans et, comme toutes les semaines, attendent avec impatience le jour de leur “ride”. Ce soir, elles remonteront les rives de la Seine, de Concorde jusqu’à Charenton pour terminer à Charonne, après 21 kilomètres sous une pluie fine. “L’image convenue du cyclisme, c’est le club de retraités, des hommes qui font leur sortie hebdomadaire le dimanche”, estime Léa Iovene, 26 ans, designer et l’une des organisatrices de Girls on Wheels. Il y a deux ans, quatre filles entendent dépoussiérer cette figure, lassées de pratiquer dans des groupes de cyclistes parisiens prétendument mixtes. Chiara Gennaretti travaille dans l’édition et se souvient: “Lors de mon premier ride, j’ai compté neuf filles parmi les 150 participants. J’adorais rouler avec les mecs mais je sentais une vraie barrière, je n’avais pas envie d’être la seule fille derrière. Il y a pourtant des garçons moins bons qui n’ont pas cette gêne.” “Rien que de poser une question sur leur page Facebook, c’était compliqué, ajoute Léa Iovene. Ils utilisent beaucoup d’ironie, se clashent entre eux. On osait rien demander de peur de se faire descendre.

 

 

Le débat de la non-mixité

Elles nourrissent alors l’idée de former un groupe bienveillant et moins obnubilé par l’esprit de compétition. “Lors du premier ride non-mixte, il y avait 30 filles, qu’on ne voyait jamais d’habitude. Au bout de deux semaines, 300 avaient rejoint la page Facebook de Girls on Wheels”, raconte Chiara Gennaretti, preuve que certaines n’attendaient que ça. Pourtant, l’idée d’écarter les garçons a suscité “de gros débats”, affirme Léa Iovene. “Au début, des copains venaient, mais au bout d’un moment on s’est rendu compte qu’il suffisait d’un seul pour qu’il se sente obligé de prendre en charge la circulation dans un carrefour compliqué, par exemple. Ils endossaient systématiquement un rôle protecteur. Ça part d’une bonne intention mais ça nous saoulait”, assure Malou Portier, “mappeuse” du jour, chargée de définir un parcours et de guider le groupe. Et d’ajouter: “La non-mixité n’est pas une fin en soi. C’est juste pour donner envie aux filles de faire du vélo; même si au final, on apprécie cette ambiance différente. Tant mieux si elles retournent ensuite rouler avec les garçons. Dans 10 ans, on n’aura peut-être plus besoin de cette non-mixité.

Parce que tu es un cycliste et en plus une femme, certains partent du principe que tu ne connais pas le code de la route.

 

Du paternalisme au harcèlement

Pour l’instant, elles cherchent encore à s’affranchir des donneurs de leçons, qu’elles rencontrent déjà sur leur route. Quand il ne s’agit pas carrément de harceleurs. “Parce que tu es un cycliste et en plus une femme, certains partent du principe que tu ne connais pas le code de la route. Je me suis fait gronder par un taxi parce que j’avais dû faire un écart pour éviter un piéton. C’était à lui d’anticiper, mais non, pour lui c’est de ma faute car on n’est pas prises pas au sérieux”, analyse Léa Lovene. De son côté, Malou Portier se remémore une sortie en groupe à Montmartre lors de laquelle “un mec en terrasse nous a crié ‘Allez les filles, on fait travailler les fessiers!’ Je lui ai répondu qu’il serait moins gros s’il pédalait avec nous”! Malheureusement, la cycliste ne trouve pas toujours d’aussi bonnes réparties. Comme lors de cette sortie à vélo avec son copain: “On zigzaguait entre les voitures dans un embouteillage, jusqu’à ce que je m’arrête devant une voiture qui avait laissé 10 mètres d’écart entre elle et celle de devant. Le conducteur me balance ‘Dégage petite pute’. Quand il a vu que je n’étais pas seule, il s’est raidi”, raconte t-elle avec amertume.

 

 

Rouler ensemble pour prendre de l’espace

D’où l’intérêt de pédaler en groupe, selon Alice Perrin: “Ça permet de sentir l’impact sur l’espace public. Quand tu es 25, même à côté d’un bus, ça en impose.” Leurs sorties ne passent pas inaperçues et les réactions sont la plupart du temps positives. “Les coureurs nous encouragent et les passants se retournent souvent sur nous, à la fois surpris et admiratifs. On voit bien qu’ils trouvent ça stylé”, sourit Alice Perrin. Car même si voir des femmes à vélo ne date pas d’hier, elles remercient volontiers la culture hipster et le féminismeà la mode”, qui permettent selon elles d’attirer l’attention sur Girls on Wheels. “Quand on s’est lancées, on nous a rétorqué que, de toute façon, ‘les groupes de filles ne tiennent pas’. Aujourd’hui, on réunit plus de monde que les autres à nos évènements, donc on est devenu légitimes”, juge Malou Portier. Y compris auprès des marques, comme ce grand magasin parisien qui les a sollicitées pour participer à leur fête du vélo, fin mai. “Ça montre qu’on a une visibilité, au-delà du cercle des cyclistes parisiens et du bouche-à-oreille”, avance Alice Perrin.

 

“Le vélo me donne un sentiment de pouvoir”

Un intérêt qu’elles saluent, tout en restant vigilantes. “Le marketing vise de plus en plus le public féminin, ce qui n’est pas un mal en soi. Mais notre émancipation doit être indépendante de ça, elle ne doit pas juste servir à vendre plus, estime Chiara Gennaretti. Je dépense beaucoup d’argent en accessoires de vélo, pour autant je reste méfiante envers les marques qui veulent s’emparer de notre groupe. On ne veut surtout pas qu’elles nous imposent de nouvelles contraintes: être forte, être performante.” Car pour les Girls on Wheels, le vélo, qu’il soit un moyen de transport ou un sport, est avant tout un outil de liberté. “J’ai dû reprendre le RER dernièrement pour aller à Marne-la-Vallée et j’avais oublié comment on se sentait dans les transports en commun en tant que femme, confie Léa Iovene. Tu rentres dans une rame où il y a seulement deux mecs, avec des regards lourds… On n’a pas ça en roulant, du moins on ne le voit pas, car même s’ils existent, on passe et on ne s’arrête pas. Le vélo me donne un sentiment de pouvoir, de liberté supplémentaire.

Clara Baillot


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