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Dossier Nouveaux féminismes / En partenariat avec le CFPJ

Grâce à ce glossaire, vous pourrez enfin décrypter une conversation féministe

Je rêve ou t’es en train de me faire du mansplaining sur l’intersectionnalité? ” Si cette phrase n’a aucun sens pour vous, voici un petit cours de rattrapage sur le vocable féministe.
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Comme la plupart des mouvements sociaux, le féminisme à son jargon bien à lui. Un lexique qui n’est pas toujours facile à comprendre si l’on n’est pas versé dans cet univers. Voici donc une petite liste non exhaustive des termes les plus connus, commentée et contextualisée par Anne-Charlotte Husson, doctorante en sciences du langage à l’Université Paris 13 et auteure du blog Genre!.

 

– Intersectionnalité

Sujet très débattu en cette année 2016, l’intersectionnalité est un mouvement féministe qui s’intéresse aux problèmes des personnes subissant simultanément plusieurs formes de discriminations (religieuse, raciale, sexuelle…). “Cela sert aujourd’hui à penser toutes les identités complexes et recouvre différentes formes de domination”, précise Anne-Charlotte Husson. L’afroféminisme, par exemple, est un combat intersectionnel qui concerne les luttes et les problèmes spécifiques aux femmes noires. “Si le concept avait été exploré par les militantes du ‘black feminism’ aux États-Unis, le terme en lui-même a été trouvé par l’universitaire féministe Kimberle Crenshaw en 1989. Il voulait combler le vide entre les luttes féministes implicitement dédiées aux femmes blanches et les combats antiracistes plutôt orientés vers les hommes noirs”, complète Anne-Charlotte Husson.

 

– Mansplaining (en français “Mecspliquer”)

Mot-valise anglophone -contraction de man (homme) et explaining (explication)-, le mansplaining qualifie la tendance des hommes à toujours se croire plus intelligents que les femmes et donc investis du devoir de toujours tout expliquer. À ne pas confondre avec manspreading qui est la tendance des hommes à prendre trop de place dans les transports en commun pour rappeler qu’on est bien dans une société patriarcale. “Le mansplaining est un exemple parfait de la créativité lexicale de cercles féministes sur le Web. Le terme est né à la fin des années 2000 sur Internet”, explique la doctorante avant de nuancer: “En France, c’est surtout employé par les féministes alors que les médias anglophones l’utilisent tous.

 

– Transgenre/Cisgenre

Cauchemar de La Manif pour tous et de leur “théorie du djendeur”, le mot transgenre qualifie une personne dont le genre est différent du sexe qui lui a été assigné à la naissance. Cisgenre, par opposition, se dit d’une personne dont le genre correspond au sexe assigné à la naissance. Les gens considérés “normaux” pour les réacs aux polos roses.

 

– Mogai /LGBTQA/I+

Mogai, à ne pas confondre avec Mogwai, la petite bête mignonne du film Gremlins, se veut être un terme inclusif pour désigner tous les amours non hétéros. Créé pour être plus inclusif que le confusant acronyme LGBTQA/I+ (Lesbien, Gay, Bi, Trans, Queer, Asexuel, Intersexuel) qui en oublie certain(e)s. “L’extension permanente de LGBT veut dire que l’acronyme va disparaître et qu’on va trouver d’autres manières de l’exprimer. Le fait que les militants n’arrivent pas à s’entendre sur un seul acronyme veut sûrement dire qu’on a besoin d’autre chose. L’acronyme pose aussi question, car il contribue à entretenir la confusion entre orientation sexuelle et identité de genre”, complète Anne-Charlotte Husson.

 

– Gender Fluid

Le terme “gender fluid” a été récemment mis sous le feu des projecteurs par Miley Cyrus et désigne une personne dont le genre peut varier. La pop star, aujourd’hui bien loin du puritanisme Disney, s’est également réclamée pansexuelle, c’est-à-dire attirée par des personnes en dépit de leur genre ou de leur sexe.

 

– Empowerment

Servant originellement à désigner un mouvement social des années 70, l’empowerment était la volonté d’un groupe discriminé d’acquérir un statut et une représentation politique. “Le mot a émergé en lien avec des luttes de justice sociale, mais c’est un concept très vague qui a été très vite vampirisé par le marketing”, nuance la linguiste. “On en viendrait presque à croire qu’acheter le dernier sac à main Vuitton, ce serait de l’empowerment. Le mot est victime de son succès: à partir du moment où il ne sert pas une lutte sociale d’égalité des droits et de mise à mal de la domination masculine, on ne peut pas dire que c’est féministe.

 

– Gender Gap/Fossé de genre

Concept sociétal ancré beaucoup trop profondément qui désigne tous les écarts de salaire, de représentation ou de reconnaissance entre un homme et une femme. Ex: “Bernard, qui occupe le même poste que Virginie, gagne 10 % de plus qu’elle et a un plus grand bureau. Il nie pourtant férocement le gender gap.”

Corentin Béchade


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