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Interview “Beautés” / Hapsatou Sy

“Les canons de beauté bougent beaucoup trop lentement”

La chroniqueuse de D8 est avant tout une entrepreneuse devenue spécialiste de la beauté pour toutes. Après les salons, elle lance maintenant sa marque de cosmétiques.
© Charlotte Brunet
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Avant d’être chroniqueuse quotidienne sur le plateau du Grand 8 de Laurence Ferrari, Hapsatou Sy a fait ses armes dans le commerce, en lançant à partir de 2005 les premiers salons, Ethnicia, consacrés à la beauté globale, autrement dit à tous les types physiques. Une aventure entrepreuneuriale qui l’a fait connaître rapidement, mais qui s’est terminée à l’automne dernier par une liquidation judiciaire. “C’était la fin de quelque chose, mais ce n’était ni mon premier ni mon dernier coup dur, glisse la jeune femme de 33 ans. Et puis, quand on entreprend, il faut savoir apprécier l’échec, il y a toujours des leçons à en tirer.”

“Je suis convaincue que nos besoins sont davantage liés à notre environnement qu’à notre hérédité.”

Hapsatou Sy n’aura pas attendu longtemps avant de remonter à cheval, puisqu’elle a lancé dans la foulée, cet hiver, son site, dédié à la beauté de toutes les origines. Interdiction d’employer le mot “diversité”, qu’elle n’affectionne pas particulièrement, tout comme le concept de beauté ethnique, qu’elle a pourtant contribué à démocratiser avec ses salons. “Pour moi, c’est un gros pipeau. Je suis convaincue que nos besoins sont davantage liés à notre environnement qu’à notre hérédité. Une Américaine à la peau noire n’utilisera pas les mêmes produits qu’une Française ou une Africaine.” Sa ligne de cosmétiques s’inspire cependant de ses nombreux voyages et s’adresse à tous les types de physiques. Mais pour Hapsatou Sy, son label est avant tout “une marque de lifestyle, qui offre des produits de qualité accompagnés de messages sympas”. Et tant mieux s’ils plaisent à toutes sortes de filles. On a donc profité de notre rencontre avec elle pour la soumettre à une interview “Beautés”, afin d’élargir nos horizons en matière de connaissances cosmétiques.

Le truc le plus improbable que tu aies découvert en matière de beauté?

C’était à Dubaï, dans l’un des plus grands hammams du monde. On m’a fait prendre un bain de lait hydratant dans une baignoire de la taille d’un jacuzzi. C’était agréable mais un peu absurde, et je n’ai pas arrêté de penser au gâchis que ça constituait, surtout qu’on a vidé la baignoire après mon passage. OK, ma peau a été bien hydratée, mais je connais d’autres moyens tout aussi efficaces et plus économiques.

Le produit qui a changé ta vie?

L’huile des Incas que j’ai rapportée du Brésil. En fait, elle vient du Pérou et elle a des vertus incroyables, elle est vingt fois plus puissante que l’huile d’Argan. Je la vends d’ailleurs sur mon site sous le nom “Cas de force majeure”, car peu importe ce qui t’arrive, tu la mets et elle te répare. Cheveux, corps, ongles, elle est riche en Omega 3, 6, 9 et donc hyper régénérante. C’est ma meilleure vente.

“On envie aux Françaises leur élégance.”

Un exemple de beauté qu’on ne connaît pas en France?

La beauté peule: ce sont des femmes du désert, très belles et très longues, je les trouve sculpturales. Moi je suis peule, mais courte! Sinon, dans les modèles de beauté plus célèbres, je dirais Charlize Theron, Sonia Rolland, Mélissa de The Voice, que j’ai eu l’occasion de rencontrer et qui est aussi belle en vrai qu’à la télé.

Ce qu’on envie aux Françaises dans le monde?

Leur élégance. Mais pour avoir voyagé au Japon, je dirais que ce sont les Japonaises les plus élégantes. Elles ont une façon de se tenir et d’avoir une belle peau qui est pour moi l’élégance absolue.

Ce que les Françaises feraient bien de piquer au reste du monde?

Le gommage à la poudre de riz de ma mère mauritanienne. C’est une recette de son village Waly, qui enlève toutes les peaux mortes et qui fait une peau méga-douce.

“Une femme africaine dépense trois fois plus qu’une femme occidentale pour sa peau, six fois plus pour son maquillage et neuf fois plus pour ses cheveux.”

Le pays où le budget beauté est le plus élevé?

Je citerais plutôt un continent: l’Afrique, où la beauté constitue 15% du budget des femmes, ce qui est énorme. Une femme africaine dépense trois fois plus qu’une femme occidentale pour sa peau, six fois plus pour son maquillage et neuf fois plus pour ses cheveux. C’est davantage une question de culture que de besoins: en Afrique, on n’est pas éduqué à l’épargne, on n’a pas envie d’emporter son argent dans sa tombe (rires). En y réfléchissant, je pense que les Saoudiennes ont elles aussi un très gros budget, mais plutôt parce qu’elles sont très riches. Ce sont les seules femmes que j’ai vu transporter leurs achats beauté dans des caddies.

Le pays où la beauté est “too much”?

Les États-Unis, à cause du botox qu’on commence dès l’âge de 20 ans. Et aussi le Brésil et son culte du corps parfait. 

Une recette de grand-mère à nous confier?

Cette fameuse poudre de riz qui fait la peau douce, que ma mère tient de ma grand-mère. Elle broie du riz, qu’elle mélange avec un peu de sable et d’eau.

Une ambassadrice de la beauté française?

À nouveau, je citerais Sonia Rolland, et aussi Marianne James: elle s’assume telle qu’elle est, et je la trouve rayonnante, solaire. La femme française a évolué, elle est plus métissée. De toute façon, pour moi, une femme belle n’est pas que jolie, c’est une femme qui s’affirme et qui est indépendante.

“Les grands groupes cosmétiques ne sont pas du tout précurseurs en France et sont même gravement à la traîne.”

Qu’as-tu pensé du récent speech de Lupita Nyong’o sur son lent apprentissage de sa propre beauté, grâce à des modèles comme Alek Wek?

Je trouve ça très bien qu’elle porte ce genre de messages, on a besoin d’exemples comme elle pour échapper aux diktats de la mode et de la beauté qui nous laissent penser qu’il faut ressembler à des physiques très particuliers, sinon on est foutues. Des Lupitas, il y en a plein, qui sont très noires et très belles. La différence, c’est qu’elle a une exposition mondiale et qu’elle peut faire évoluer les canons de beauté, qui bougent beaucoup trop lentement. Nos modèles ne sont pas représentatifs de la population, et les grands groupes cosmétiques se penchent trop doucement sur les nouveaux marchés tels que l’Afrique. Ils ne sont pas du tout précurseurs en France et sont même gravement à la traîne.

Pour ou contre les Nappy?

C’est un phénomène qui m’agace car il culpabilise les femmes noires qui ne laissent pas leurs cheveux au naturel et encourage finalement tout, sauf la liberté. Je crois que la beauté appartient à chacun et qu’il faut se sentir bien avant tout. Personnellement, il peut m’arriver de porter mes cheveux au naturel pendant les vacances, mais ils sont un accessoire de mode pour moi, et j’ai déjà reçu des messages très violents de la part de personnes qui y voient un rejet de ma culture. Ça n’a rien à voir. En Afrique, les femmes tressent et tissent leurs cheveux, elles portent des extensions, et pourtant, elles sont authentiquement africaines.

Une marque qui gagne à être connue?

Ce n’est pas une marque mais je pense à Imane Saada, qui est spécialiste de la coiffure et du maquillage et qui travaille dans le 14ème arrondissement à Paris, dans un salon dédié à tous les types de cheveux, World Cut. Elle est précurseure, d’ailleurs elle était là avant moi. Et elle est dorénavant l’ambassadrice coiffure de ma marque.

Un complexe sur ton physique dont tu as fait une force?

Ma taille. À 18 ans, je mesurais 1,35 mètres et j’avais un corps d’enfant, c’était très dur. Après de nombreuses prières et incantations, j’ai fini par grandir et atteindre 1,67 mètres mais je reste très mince, limite maigre. J’ai appris à vivre avec et à être contente de ce que j’ai.

Propos recueillis par Myriam Levain


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