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Interview Worldwide Cheek / Héloïse Dahan

Avec City Home, elle déniche des apparts haut de gamme à louer à Tel Aviv

Héloïse Dahan, 35 ans, est partie il y a trois ans vivre en Israël pour monter une agence de location saisonnière avec son mari.
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Héloïse Dahan n’a pas attendu la trentaine ni l’expatriation à Tel Aviv pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Il y a dix ans, alors qu’elle avait 25 ans, la jeune femme avait déjà décidé qu’elle serait sa propre patronne en montant un restaurant et des cours de cuisine à Paris. Malheureusement, l’affaire a échoué et l’histoire s’est mal terminée avec son associée d’alors. “Je pense qu’on manquait de maturité et qu’on a foncé sans réfléchir assez”, analyse la jeune femme aujourd’hui.

Si sa première expérience ratée l’a un temps freinée pour remonter une boîte, c’est avec son mari Bruno Krief qu’elle a décidé de retenter l’aventure, à l’étranger, il y a trois ans et demi. Le couple a alors deux enfants en bas âge, une grosse envie d’ailleurs et d’entrepreneuriat. Leur objectif est à l’époque d’ouvrir un hôtel quelque part, ils se tournent donc vers des lieux touristiques. “On avait trois destinations en tête: le Brésil, le Canada et Israël, se souvient-elle. On se disait que c’était maintenant ou jamais, car en partant à 30 ans et des poussières, on pouvait encore se planter et revenir en France avant 40 ans pour tout recommencer.”

“On a avant tout été attirés par le dynamisme économique de Tel Aviv, l’une des mecques des start-ups dans le monde.

L’insécurité du Brésil les rebute, le Canada est un peu loin pour leurs familles, ils se décident donc pour Israël. Étant tous les deux juifs, ils bénéficient de facilités pour émigrer, notamment des cours d’hébreu intensifs et d’un accompagnement pour leur insertion tout au long de la première année. “On n’a pas décidé de faire notre alyah pour des raisons idéologiques ou politiques, on a avant tout été attirés par le dynamisme économique de Tel Aviv, l’une des mecques des start-ups dans le monde”, précise-t-elle.

Une fois sur place, les deux Français partent à la recherche de la perle rare, dans une ville pas vraiment réputée pour ses infrastructures hôtelières. Échaudée par les pertes financières de feu son resto, Héloïse Dahan décide finalement que, cette fois, elle prendra des risques moins lourds; plutôt qu’un hôtel, l’idée d’une agence de location saisonnière commence à germer. Les Français qui investissent à Tel Aviv sont de plus en plus nombreux, et généralement leur appartement est vide dix mois sur douze. City Home se propose de le louer pour eux le reste du temps et de tout gérer en leur absence, de la fuite d’eau au changement des draps une fois les locataires partis. “On n’est pas les premiers à y avoir pensé, et on est nombreux sur le créneau, on s’est donc positionnés sur le haut de gamme et le service parfait qui va avec, notamment pour les gens qui voyagent en famille”, glisse Héloïse Dahan.

Désormais mère de trois enfants, elle sait mieux que personne que des mètres carrés supplémentaires et une chaise haute intéressent plus cette clientèle qu’une piscine et un rooftop. Petit à petit, le couple rentre de plus en plus d’appartements dans son catalogue, et se met à embaucher. Aujourd’hui, ils sont cinq à travailler pour la jeune société. “Rien n’est encore gagné, mais pour l’instant, c’est encourageant, reconnaît l’entrepreneure, qui confie, sans surprise, être en permanence tiraillée entre sa boîte et ses enfants. Si je pouvais rajouter dix heures à mes journées, ce serait parfait!

Si la guerre devient trop insupportable, on partira, mais pas pour la France.”

Gérer sa famille parallèlement à ses affaires, mais aussi travailler avec son mari, tout était un pari dans City Home. “On adore bosser ensemble avec Bruno, mais j’ai conscience que ce n’est pas fait pour tout le monde, c’est probablement parce qu’on est très fusionnels. En plus, quand on est arrivés ici, on n’avait vraiment pas grand monde, donc forcément, on s’est beaucoup appuyés l’un sur l’autre.” Aujourd’hui, Héloïse Dahan dit avoir trouvé un équilibre entre sa vie de famille et sa vie sociale, et avoir accepté un statut de parent immigré dans lequel elle ne s’était jamais projetée. “J’ai beau travailler, l’hébreu, c’est difficile, et je ne parle pas très bien, avec un accent. Je sais qu’il y a certains jobs que je ne pourrai jamais exercer, faute de maîtriser la langue, et je sens bien que, parfois, ma fille de 6 ans a honte de moi devant ses copines, je ne m’étais pas forcément préparée à ça.”

En déménageant à Tel Aviv, la famille a aussi renoncé à un certain confort,  dans une ville où la vie est chère et les salaires plutôt faibles. Loin de la carte postale, ce nouveau quotidien n’est pas toujours facile, mais Héloïse Dahan ne regrette pas une seconde sa décision. D’autant qu’elle observe de loin la France et ses nouvelles angoisses nées du terrorisme. “Paradoxalement, je me sens plus en sécurité ici, car la guerre fait malheureusement partie de la vie, tout le monde y est habitué. En France, on débarque complètement sur la sécurité et ce n’est pas rassurant, reconnaît-elle. Ceci dit, si la guerre devient trop insupportable, on partira, mais pas pour la France.” Pour l’instant, cette question n’est de toute façon pas à l’ordre du jour: l’objectif est de transformer l’essai de City Home en renouvelant en permanence l’offre d’appartements à Tel Aviv. Un challenge que le duo est prêt à relever dans les années qui viennent, dans les rues de leur ville d’adoption. Interview Worldwide Cheek.

Pourquoi Tel Aviv?

Parce qu’il y a la mer et le soleil, mais surtout parce qu’il y a une énergie folle ici, on sent que tout est en devenir. C’est un peu comme pour le bon vin, il ne reste plus qu’à attendre (Rires.). Depuis que les compagnies low cost ont des vols vers Tel Aviv, le visage du tourisme est en train de changer. La gay pride par exemple est un événement majeur pour la ville, qui attire plein de touristes non juifs du monde entier. Pour notre business, c’est un des temps forts de l’année.

Le truc local auquel tu as le plus de mal à t’habituer?

La saleté. Je ne m’y fais toujours pas. Tu as souvent l’impression d’être en Europe quand tu es à Tel Aviv, et plein de trucs te rappellent qu’en fait, tu es au Moyen-Orient, comme la chaleur, les odeurs, certaines rues défoncées…

Celui dont tu ne peux plus te défaire?

Le relationnel, qui est beaucoup plus simple car plus direct. J’avais un a priori sur l’impolitesse des Israéliens, mais je me suis rendu compte qu’ils étaient juste plus authentiques et plus cash. Ça me convient bien: ici, quand tu as une question à poser, tu la poses, quand tu as quelque chose à dire, tu le dis. Quand je rentre en France, je dois faire un petit effort pour me remettre dans le carcan.

Le jour où tu t’es sentie chez toi à Tel Aviv?

Quand m’a fille a été invitée à un anniversaire. Ça faisait un an et demi qu’on était là et j’en ai pleuré: je me suis dit “ça y est, elle est intégrée!

Ton plat préféré?

Les jus de fruits frais qu’on trouve à tous les coins de rue. En Israël, ce n’est pas tant la cuisine que les produits qui sont bons: les tomates ou les avocats sont excellents.

Ce qui te manque le plus de la France?

La bouffe! Quand je viens en France, je prévois chaque repas à l’avance, je choisis des bons restos, je demande à ma mère de me préparer des petits plats. Et je me jette sur le fromage, je n’en trouve pas en Israël.

 

Mon carnet d’adresses

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Yafo,  Instagram.com/esther.ajzensztadt

Mon boui-boui:

La Taqueria, dans le quartier de Lewinsky. Un mexicain où on mange sur le pouce, à la cool avec une super ambiance, très tel-avivienne.

Mon bar chic:

La terrasse du Hilton, qui surplombe la plage. C’est sûrement cliché, mais un bon verre de vin blanc face au coucher de soleil, je ne m’en lasse pas.

La visite que je recommanderais à tous mes amis:

Se promener dans Yafo, où il y a le marché aux puces et plein de petits cafés super sympas. C’est un des rares endroits où il reste de la mixité entre juifs et arabes, certains commerçants sont voisins depuis 40 ans. C’est un bel exemple de vivre-ensemble, qui donne de l’espoir pour l’avenir du pays.

Propos recueillis par Myriam Levain


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