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Pourquoi les femmes ont-elles un problème avec Hillary Clinton?

Hillary Clinton pourrait être la première femme à devenir présidente des États-Unis. Tout au long de sa carrière politique, elle a fait de l’égalité des sexes une priorité. Dans son programme, la candidate met la cause des femmes en avant mais pourtant, elle peine à emporter leur adhésion. Pourquoi?
Hillary Clinton avec Katy Perry - Instagram/@karyperry
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La liste des personnalités féminines américaines qui la soutiennent officiellement est impressionnante: Lena Dunham, Eva Longoria, Chloë Grace Moretz, Kerry Washington, Amy Schumer, Katy Perry, etc.. Ces soutiens de choix n’aident pas pour autant Hillary Clinton à faire l’unanimité auprès des femmes. Les débats varient selon les générations ou les différents courants féministes mais une chose est sûre: Hillary Clinton a un problème avec la gent féminine. Sa campagne pour les primaires démocrates contre Bernie Sanders a été révélatrice: dans le New Hampshire, ce dernier a remporté 82% des votes des femmes de moins de 30 ans. Mais pour quelle raison Hillary Clinton n’arrive-t-elle pas à emporter leur adhésion? 

 

 

Pour les électrices appartenant à la même génération qu’Hillary Clinton -celles qui se souviennent d’elle en First Lady-, la candidate à la présidentielle américaine est encore perçue comme une “féminazie”, souvenir d’une époque où elle se déclarait ouvertement féministe. La façon dont elle s’adresse aux médias expliquerait également cette méfiance: comme l’explique la spécialiste de la communication médiatique Donatella Campus dans son livre Women Political Leaders and the Media, les qualités dites “masculines” d’Hillary Clinton -qui serait froide, carriériste et calculatrice- dérangent l’électorat américain. Pour Marianne LaFrance, professeur de psychologie du genre à Yale, ces caractéristiques “masculines” expliquent en partie le manque de soutien des femmes envers Hillary Clinton: “Parce qu’elle est une femme, les gens attendent d’elle qu’elle prouve son humanité. Si elle ne sait pas se montrer ‘assez féminine’, les femmes ne se demanderont pas seulement si elle est féminine, mais également si elle est humaine, c’est-à-dire une personne à laquelle elles peuvent s’identifier. Et pour devenir présidente, elle doit être une personne à laquelle les femmes peuvent s’identifier.

Les jeunes femmes font l’erreur de penser qu’il n’y a plus de discrimination à l’égard des femmes politiques.

Au-delà de l’image véhiculée par Hillary Clinton dans les médias, un autre problème existe, à en croire Elizabeth Holtzman, représentante de New York au Congrès entre 1973 et 1981: les femmes n’ont jamais voté pour d’autres femmes. C’est du moins la leçon qu’elle-même a tiré de ses propres campagnes politiques dans les années 70. Un avis partagé par le spécialiste en sondages Peter Hart qui, dans les années 70 aussi, a travaillé sur la campagne d’Ella T. Grasso, la première femme gouverneure du Connecticut. À l’époque, les femmes ont du mal à soutenir les candidates parce qu’elles n’ont pas confiance dans leurs capacités à assumer leurs responsabilités politiques du fait de leur sexe. Quarante ans plus tard, les choses ont-elles changé? À en croire Elizabeth Holtzman, oui: “Je crois qu’aujourd’hui, les jeunes femmes sont plus ouvertes à élire d’autres femmes. Mais elles font l’erreur de penser qu’il n’y a plus de discrimination à l’égard des femmes politiques. C’est paradoxal: d’un côté, elles sont plus ouvertes à l’idée d’avoir des femmes à des postes de pouvoir, mais d’un autre, elles pensent qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une femme présidente parce qu’elles ne voient pas quelle différence ça apporterait à leurs vies!

 

Les millenials sans pitié avec Hillary Clinton

Pour une grande partie des femmes de la génération Y, le fait que Hillary Clinton soit une femme ne devrait pas la faire bénéficier d’un traitement spécifique. Annabelle Timsit, étudiante au Georgetown Institute for Women, Peace and Security, confirme: “Les jeunes femmes américaines ont envie de se poser dans un espace post-féministe, elles pensent que le fait qu’Hillary Clinton soit une femme ne change rien, et elles aimeraient voter pour un candidat dont les projets les séduisent.” Et d’assurer: “Il y a eu un énorme mouvement de rejet à l’idée qu’elles soient obligées de voter pour Hillary Clinton simplement parce que c’est une femme.

Le mannequin Emily Ratajkowski a d’ailleurs été l’une des figures de proue de ce mouvement en soutenant ouvertement Bernie Sanders dans un post Facebook:

 

Elle écrit: “Oui, je voudrais avoir une femme présidente afin de pouvoir dire à ma fille, un jour toi aussi tu peux devenir présidente des États-Unis. Je crois en cette importance symbolique. Mais j’ai déjà vu le symbole dans les élections, le symbole échoue à aider ceux qui ont besoin d’une action pour créer des changements. Je veux que la première femme présidente soit davantage qu’un symbole, je veux qu’elle ait une politique révolutionnaire.” Cette sortie lui a d’ailleurs valu une petite polémique avec la légende du féminisme américain Gloria Steinem, qui a critiqué son choix, estimant que c’était pour “plaire aux garçons”, avant de finalement s’excuser.

Ce post Facebook d’Emily Ratajkowski montre que les jeunes Américaines en veulent davantage. Elles ont vécu l’élection historique de Barack Obama, elles rêvent désormais de changements radicaux et rejettent les candidats dits “mainstream”, d’où le succès de Bernie Sanders auprès des jeunes.

 

Une société divisée

Hillary Clinton serait-elle trop “mainstream” pour une partie des jeunes Américaines? Aux États-Unis, au-delà du fait d’appartenir à un grand parti (républicain ou démocrate), est considérée comme “mainstream” toute personne blanche, issue d’un milieu favorisé, hétérosexuelle et de sexe masculin. Si Hillary Clinton est une femme, elle est toutefois perçue par beaucoup comme faisant partie de l’establishment. Pour les féministes intersectionnelles qui rêvent d’une société réellement inclusive et multicolore, la candidate à la présidentielle américaine est donc loin de représenter un idéal. Cependant, si l’intersectionnalité est de plus en plus évoquée dans les milieux intellos de New York et de Washington, ce n’est pas le cas partout: “Si on évoque le sujet au Texas, il y a de grandes chances que les gens ne sachent pas de quoi on parle!”, lâche Annabelle Timsit.

Les jeunes femmes ne réalisent pas l’importance d’avoir une femme à la Maison Blanche.

Cette critique pourrait donc être propre aux milieux favorisés: “Pour beaucoup de jeunes femmes qui habitent dans des États progressistes, le droit à l’avortement, elles l’ont déjà, idem avec la sécurité sociale grâce à la loi Obama Care, et l’égalité des sexes, elles ont l’impression de l’avoir aussi, assure Annabelle Timsit. C’est pour cette raison qu’il y a une importante division socio-économique: les femmes qui pourraient bénéficier de la politique d’Hillary Clinton habitent dans des États pauvres, elles n’ont pas accès à certaines choses que la candidate souhaite mettre en place, comme le droit au congé maternité, ou le remboursement de la contraception.” Cette division démographique a d’ailleurs été confirmée durant les primaires démocrates: l’électorat -blanc, universitaire et jeune- de Bernie Sanders était majoritairement situé dans les États dits “progressistes” comme le New Hampshire ou le Vermont, tandis qu’Hillary Clinton a emporté l’adhésion d’un électorat plus âgé ainsi que des minorités noires et hispaniques présentes en grand nombre dans les États du Sud tels que la Louisiane, la Caroline du Sud ou encore le Mississippi.

La situation d’Hillary Clinton est paradoxale: si les minorités la soutiennent, l’élite considère qu’elle n’est pas suffisamment représentative de ces dernières. Et le fait qu’elle soit une femme ne change rien, au grand dam d’Elizabeth Holtzman: “Les jeunes femmes ne réalisent pas l’importance d’avoir quelqu’un à la Maison Blanche qui prenne les problématiques des femmes au sérieux. Un trop grand nombre d’entre elles pensent que l’égalité des sexes est acquise et que plus rien n’a besoin d’être fait.” Et pourtant, il n’y a qu’à écouter Donald Trump pour comprendre que le chemin à parcourir pour y parvenir est encore très long. Rendez-vous le 8 novembre.  

Natacha Bastiat-Jarosz


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