société

Dossier “Le corps” / En partenariat avec le CFPJ

Le body positive est-il réservé aux femmes?

Alors que les femmes cherchent à s’émanciper des stéréotypes liés au corps, les hommes ont au contraire un rapport plus tabou à leur apparence. Enquête.
Campagne #Wearebigandtall, DR
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Plus grand et plus costaud que la moyenne, je ne suis pas dans les critères physiques standards mais je suis bien comme je suis.” Mannequin plus size parisien, David Venkatapen affiche fièrement son corps et se revendique “bodypositiviste” sur son compte Instagram. Si ce mouvement de réconciliation avec son corps fait doucement des émules en France, force est de constater que les hommes sont très peu nombreux à s’emparer du sujet. David Venkatapen lui-même peine à trouver d’autres personnes de sexe masculin qui, comme lui, se revendiquent du body positive. Pour le mannequin, la raison est simple: “L’esthétisme est largement considéré comme étant le domaine des femmes. Les hommes subissent donc moins de pression par rapport à leur corps.”

Cette différence d’injonctions corporelles entre les deux sexes s’explique historiquement par “un contrôle et une appropriation du corps des femmes par les hommes”, à en croire Anne-Charlotte Husson, docteure en science du langage, coautrice du Féminisme en 7 slogans et citations et militante féministe. Dans la longue histoire de ces diktats, “la contestation des standards de beauté n’est pas nouvelle mais s’inscrit dans la dénonciation des pressions inégales exercées par le système de genre sur les femmes et sur les hommes”, assure Anne-Charlotte Husson.

 

L’homme, une femme comme les autres

Pour autant, les représentants de la gent masculine seraient-ils exempts de toute injonction corporelle? Pas sûr. “L’homme est en train de devenir une femme comme les autres. Alors qu’elle ne se trouve jamais assez mince, lui n’est jamais assez musclé”, souligne Sophie Cheval, psychologue, psychothérapeute et autrice de Belle autrement! Pour en finir avec la tyrannie de l’apparence. Si bien que le ventre et les poignées d’amour concentrent la majorité des complexes masculins et féminins, selon une étude menée par le cabinet d’étude Yougov pour Meetic en 2016.

On est moins ouverts face à nos défauts car on sait qu’on ne trouvera pas de réconfort chez nos copains.

Complexé par son poids, Pierre, 24 ans, est sensible au body positive. Mais le jeune barman préfère suivre le “long et difficile processus” d’affiner son corps plutôt que d’assumer publiquement ses complexes. Il s’est donc inscrit dans une salle de sport et a dit adieu à “la crème fraîche et aux viandes grasses”. Un autre de ses complexes porte sur sa barbe jugée “pas complète, avec des zones dénuées de toute pilosité” sur laquelle il applique de l’huile de ricin, réputée pour agir sur la pousse des poils.

 

Cacher à défaut d’accepter

Comme les femmes, les hommes préfèrent donc agir sur leur corps ou camoufler leurs défauts plutôt que de les assumer. “Le rapport à notre corps est tabou”, explique Cyril, 26 ans, qui se juge “moins sexy qu’avant” après avoir pris du poids et perdu sa musculature suite à un problème de santé. “On est moins ouverts face à nos défauts car on sait qu’on ne trouvera pas de réconfort chez nos copains”, poursuit-il. Les complexes masculins seraient en effet “plus solitaires et plus silencieux”, assure Sophie Cheval. En cause, notre culture latine selon laquelle “se soucier de son corps n’est pas viril”. Pourtant, les hommes sont de plus en plus soumis aux idéaux corporels sous l’effet de la publicité et du marketing. L’industrie de la beauté au masculin est “aujourd’hui un marché en pleine expansion”, relève Anne-Sophie Husson. Un marché qui a recours à des “stéréotypes genrés” pour répondre à l’imaginaire de l’homme “plus puissant, fort et viril”.

Quelques initiatives cherchent à faire bouger les lignes. En juin 2017, Anthony Manieri a lancé Arrested Movement, un projet photo qui met en avant des hommes nus, de toutes tailles. Le photographe caresse ainsi l’espoir de créer “un dialogue sur l’amour de soi, et un effet d’entraînement sur la conscience sociale”, explique-t-il sur son site Internet. En France, la marque de soins pour hommes Horace s’est résolument inscrite dans le body positive en mars dernier avec une campagne de publicité pour sa nouvelle gamme de gel douche. Celle-ci met en scène quatre modèles qui soulignent une pluralité de corps qui ne correspondent pas à l’idéal masculin. Cette démarche n’est pas sans rappeler les campagnes de pub de Dove qui, depuis 2004, milite pour une vision du corps des femmes plus diversifiée. 

 

 

🇬🇧 Be fresh, be you @nazar_dancer 🇫🇷 Soyez frais, soyez vous @nazar_dancer

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Le regard des autres

À sa “petite échelle”, David Venkatapen, le mannequin parisien, cherche aussi à faire changer les mentalités. “Quand je suis à la plage, je n’hésite pas à me balader sans t-shirt. Peut-être qu’un homme complexé, qui n’ose pas se dénuder, me regardera et l’enlèvera lui aussi”, explique-t-il. Lui qui vit le body positive comme un “état d’esprit” est formel: peu importe le regard des autres, “l’important est la façon dont tu te sens, toi”. Car “une personne qui a confiance en elle séduira toujours”.

Aujourd’hui, je ne suis plus vu comme un type intéressant mais comme un homme qu’on croquerait volontiers.

Passé d’un physique de “crevette aux cheveux longs” à celui d’un homme musclé aux cheveux coupés après être entré dans l’armée, Sullivan, 27 ans, constate pourtant que le regard porté sur lui a changé. “Quand j’étais plus mince, j’avais la sensation de plaire sincèrement alors qu’aujourd’hui, je ne suis plus vu comme un type intéressant mais comme un homme qu’on croquerait volontiers”. Et il trouve cela “presque dommage”. Une situation que certaines femmes connaissent bien, mais qui ne leur est visiblement plus réservée.

Cécilia Lacour


1. Pourquoi les casseurs sont-ils, en grande majorité, des hommes?

Si vous ne deviez écouter qu’un podcast aujourd’hui, ce serait celui des Couilles sur la table consacré à l’absence de femmes au sein des casseurs dans les manifestations et à la violence d’Etat, considérée comme viriliste.
Campagne #Wearebigandtall, DR - Cheek Magazine
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5. Les femmes chez les gilets jaunes: une visibilisation historique?

On a lu pour vous cet article de TV5 Monde, dans lequel la journaliste Isabelle Mourgere s’intéresse à la place des femmes dans les manifestations des gilets jaunes. 
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