société

Hors-Série “Génération Féministe” / En kiosque

Ces hommes qui s'engagent dans le combat féministe

De la campagne HeForShe pour l’égalité des sexes de l’ONU aux associations militantes, nombreuses sont les initiatives qui tendent à inclure les hommes dans le combat féministe. 
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR

Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR


Souvenez-vous. Nous sommes en novembre 2015, Justin Trudeau présente le nouveau gouvernement canadien. Parmi ses membres, des représentants de toutes les religions du pays, des handicapés, et autant de femmes que d’hommes: on n’avait encore jamais vu autant d’inclusion à la tête d’un pays. Une journaliste l’interroge: “Pourquoi c’est important, pour vous, la parité au gouvernement?” Et le nouveau Premier ministre canadien de répondre, en haussant les épaules: “Parce qu’on est en 2015 ?!La séquence a fait le tour des réseaux sociaux. Après lui, c’est Barack Obama qui s’est fendu d’une véritable profession de foi féministe.

Côté culture, on a vu l’acteur de Friends, David Schwimmer, produire une série de vidéos contre le harcèlement sexuel, ou, plus proches de nous, les dessinateurs Joann Sfar et Riad Sattouf s’insurger publiquement, en 2016, contre l’absence d’auteures de BD dans la sélection officielle du Festival d’Angoulême. Depuis quelque temps, les hommes s’engagent de plus en plus souvent en faveur des femmes, et certains se revendiquent même ouvertement féministes.

 

Ne pas reproduire le sexisme

L’idée n’est pourtant pas toujours allée de soi, comme l’explique le sociologue Alban Jacquemart: “S’ils étaient environ un tiers des effectifs militants à la fin du XIXème siècle, les hommes sont largement minoritaires depuis les années 70. Les femmes ont gagné en autonomie et les hommes ne leur paraissent plus comme des militants ‘nécessaires’. Au contraire, les militantes sont devenues attentives à ce que le sexisme ne se reproduise pas au sein de leurs collectifs, participant ainsi à les rendre moins attractifs pour les hommes.”

Réjane Sénac, chercheuse CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po et présidente de la commission parité du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, va plus loin: “Si le fait de subir des discriminations -en raison de son sexe, de son orientation sexuelle, de sa couleur de peau ou de son handicap- rend leur dénonciation plus probable et plus rationnelle, cela n’a cependant rien d’automatique.” Le risque, continue-t-elle, c’est que les populations dominant.e.s confisquent la parole des premier.e.s concerné.e.s. Et c’est précisément pour l’éviter que les féministes des années 70 se sont d’abord organisées en non-mixité. Mais, ajoute la chercheuse, “on peut dénoncer et combattre les inégalités sans nécessairement les subir. Ce qu’il faut, c’est être très vigilant.e.s à ne pas reproduire de la domination au sein même des luttes pour l’égalité.

 

Passeurs de relais

Dont acte: l’association #JamaisSansElles a été fondée par sept chefs d’entreprises -hommes, donc-, parmi lesquels on trouve Benoît Thieulin, fondateur de La Netscouade, ou Jean-Michel Blanquer, l’actuel ministre de l’Éducation nationale. Dans un autre genre, Lucas Bolivar, l’initiateur d’une autre association, Ville sans relou, admet que s’il n’est pas “une personne concernée directement”, il peut toutefois “être un auxiliaire, un passeur de relais. Je dois pouvoir m’effacer pour laisser la parole aux premières concernées par le sexisme. Je dois prendre conscience de mes privilèges, et je dois être prêt à comprendre que je ne suis pas le bienvenu à certains endroits, notamment lors de réunions non mixtes”.

Dans tous les cas, ces hommes engagés ne le sont jamais par hasard. Pour Alban Jacquemart, leur implication est même le résultat de “la combinaison de deux principaux facteurs: d’une part, le fait d’avoir été sensibilisé à la cause des femmes dans son enfance ou sa jeunesse, et d’autre part, les engagements féministes des hommes font quasi systématiquement suite à d’autres engagements militants”. Soit exactement le parcours de François Fatoux, seul garçon dans une famille de quatre enfants, et doté d’une expérience de quinze ans dans le monde syndical.

Pour cet ancien membre du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, il est important que des hommes s’engagent pour l’avancée de l’égalité: “Il existe encore une force de résistance, mais l’on peut justement transformer ces hommes en ambassadeurs de la cause. Si on vient leur dire que le féminisme est une nécessité tactique, si on parvient à leur montrer qu’ils peuvent y gagner, alors on se rapprochera de l’égalité. Et puis, ajoute-t-il, cela permettra aussi de mettre en débat l’injonction à la virilité.

 

Une éducation à repenser

Le féminisme est donc utile à tous. Mais pour inclure toujours plus d’hommes dans la lutte, il faut parvenir à éduquer la population dans son ensemble, à la sensibiliser à la question. Pour Anne-Cécile Mailfert, à la tête de la Fondation des femmes, les hommes politiques ont justement une responsabilité énorme: “Leur parole est imitée par beaucoup de gens, elle a un poids pour faire évoluer l’opinion publique, c’est très symbolique. Quand un.e président.e se dit féministe, cela montre qu’il s’agit d’un combat pour les droits humains. Et que c’est normal d’être féministe quand on est un minimum progressiste.” Encore faut-il, admet-elle, que le discours soit suivi par les actes, notamment dans la constitution des gouvernements.

Outre l’espace public, il existe aussi d’autres lieux de socialisation où travailler pour lutter contre les clichés de la division des sexes, à l’instar de l’école. Pour Anne-Cécile Mailfert, “ce qui est très important, c’est la mixité, notamment dans les jeux. Cela permet de réaliser que l’autre est un.e camarade de jeu, un.e égal.e”. Une idée partagée par Rokhaya Diallo, journaliste et auteure féministe, qui estime que l’Éducation nationale a un rôle à jouer dans la réduction des inégalités: “Il faut travailler sur la vision de la femme dans les manuels scolaires, assure-t-elle. Ouvrir aux enfants le champ des possibles, afin de permettre qu’ils ne participent pas d’eux-mêmes à l’assignation qui est celle des hommes et des femmes une fois adultes.” Comprenez: faire des petits garçons et des petites filles citoyens de demain, des porteurs de l’idéal égalitaire qui anime le courant féministe. 

Manon Michel et Mathilde Saliou

Cet article a été initialement publié dans le hors-série Génération Féministe des Inrocks et de Cheek Magazine, en kiosque depuis le 27 juillet

couverture hors-serie generation feministe inrocks cheek magazine


3. “J'ai été conçue grâce à un don de sperme”

Née d’un don de sperme il y a 28 ans, Pauline Pachot se bat au sein de l’association PMAnonyme pour le droit d’accès aux origines des enfants nés de dons de gamètes en France. À l’occasion de la diffusion sur Téva du documentaire Né d’une PMA, dans lequel elle apparaît, nous l’avons rencontrée à Paris.
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR - Cheek Magazine
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR

4. Lutte contre les féminicides: pourquoi l’Espagne est beaucoup plus efficace que la France

Alors que Marlène Schiappa annonce un “Grenelle des violences conjugales”, Nicole Belloubet révèle une série de mesures pour lutter contre les féminicides. Des dispositions qui, pour la majorité, existent en Espagne depuis plus d’une décennie.
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR - Cheek Magazine
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR

6. Comment la broderie est devenue cool et féministe

Aux quatre coins du globe, des brodeuses inspirées et engagées mettent leur talent au service de la lutte contre les inégalités en publiant des oeuvres émouvantes et militantes.
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR - Cheek Magazine
Campagne HeForShe avec Ruben Alves, DR