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Instagram nous rend-il obsédé par l’image de notre corps?

Corps galbés, jambes fuselées et fessiers rebondis, les clichés de corps athlétiques envahissent Instagram. Qu’est-ce qui se cache derrière l’engouement pour le fitness sur les réseaux sociaux?
Instagram / @soniatlev
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Soyez la meilleure version de vous-même”, “Devenez votre propre inspiration”, “No pain, no gain”: ces mantras se multiplient sous les photos de sportives accomplies sur Instagram, assortis de hashtags du même acabit. Elles mènent une vie super saine à base de repas équilibrés (smoothie bowl, toasts saumon-avocat et salades en tout genre), de séances de sport intensif et de phrases d’encouragements incitant leurs followers à se surpasser.

Depuis deux ans, on voit fleurir sur Instagram des méthodes pour s’affiner ou se muscler en 12 semaines. Derrières ces “challenges”, des “fit girls” comme l’Australienne Kayla Itsines ou la Française Sonia Tlev -qui a refusé toutes nos demandes d’interview-, devenues de vraies businesswoman. Sonia Tlev vend son “Top Body Challenge” (TBC pour les initiés) 39 euros et, quand on sait qu’elle a plus de 1,8 millions de followers sur les différents réseaux sociaux, l’affaire est lucrative. Pour Isabelle Queval, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation à l’université Paris Descartes et auteure de Philosophie de l’effort, la notion de dépassement de soi est liée à la modernité et propre à notre société. “On a un peu perdu les idéaux collectifs et structurants qui promettaient une vie dans l’au-delà comme les religions. Le corollaire de tout cela, c’est qu’on est devenu responsable de soi, de ses échecs comme de ses succès. Sur les réseaux sociaux, on écrit une histoire dont on est l’auteur, on montre qu’on maîtrise son corps, qu’on le contrôle…

 

Encouragements et motivation

L’une des raisons du succès de ces comptes Instagram, c’est que ces gourous de la forme incitent les adeptes de leurs exercices à se prendre en photo avant et après le challenge, pour montrer leur impressionnante transformation physique et à partager les clichés pour motiver, et on le devine, faire de nouvelles recrues. “Au départ, je partageais mon expérience sur Instagram car je trouve que c’est une inépuisable source d’inspiration, et que la communauté du TBC, programme que je suivais à l’époque, permet de s’entraider, de se soutenir, d’échanger des idées de recettes etc. Cela m’a beaucoup apporté, notamment en termes d’encouragements et de motivation” explique Laura alias Laurita So Caliente, 28 ans, une adepte qui travaille en marketing dans le secteur des voyages.

rose fitness instagram

Instagram / @roseandfit

Beaucoup de filles qui se lancent dans l’aventure des challenges sportifs ouvrent leur propre compte dédié, agrandissant ainsi la “fitfam” et créant une certaine émulation au sein de leur communauté. Les plus populaires devenant de vrais modèles avec une importante audience à l’instar de Rose, 28 ans, consultante dans l’édition de logiciels. “J’aime regarder qui a liké mes photos, j’essaie de répondre quand j’ai le temps ou d’envoyer des Insta direct pour donner des conseils”, confie l’instagrameuse aux plus de 38000 abonnés. Pour Laëtitia, responsable import-export de 36 ans installée à Miami,  “le terme de communauté est en effet rassembleur, c’est motivant, cela vous pousse à progresser. Être dans le même bateau, ça vous permet de ne pas lâcher dans les mauvais moments. Mais, la communauté, c’est aussi sectaire quand on y pense et on peut parfois se sentir piégée ou être blessée par certains commentaires.

 

L’effet Véronique et Davina

L’engouement pour le fitness n’est pas propre aux millennials. Déjà dans les années 80, Jane Fonda faisait un carton avec ses cours de sport sur VHS tandis que Véronique et Davina faisaient transpirer les Françaises grâce à leur émission devenue culte Gym Tonic. Ce qui fait la grande différence, c’est qu’aujourd’hui, avec les réseaux, on se montre et on s’expose à la face du monde en quelques clics. Dans Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire, le sociologue Jean-François Amadieu explique que “les hommes comme les femmes sont de plus en plus victimes d’une tyrannie de l’apparence qui s’exerce d’autant plus facilement qu’on a libéré les corps. Aujourd’hui, nous existons par nous-mêmes et non plus par l’uniforme ou le code vestimentaire que nous impose notre position sociale. Cette liberté entraîne une importance accrue de l’aspect physique”. Isabelle Quéval surenchérit: “Avec l’allongement de l’espérance de vie, on investit sur soi, le corps est une nouvelle valeur. Nous sommes supposés être sculpteur de notre image, auteur de notre apparence.” Un nouveau diktat, certes, mais qui a déjà engendré une nouvelle rébellion. Parallèlement au règne des corps musclés, un autre mouvement de fond à la gloire des corps réels a fait son apparition sur les réseaux sociaux: ça s’appelle le body positive, et on ne peut que s’en réjouir.

Stéphanie Semedo


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